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Sans-Titre I

13 juillet 2008

Suite amoureuse

Résumé des épisodes précédents : Xavier est un jeune homme discret, petit, qui habite un appartement étrange et polymorphe, et travaille en cravate. Enfin, non, plus maintenant. Le patron de la boite est mort et la nouvelle direction impose un changement de cap : plus de cravates, on s’occupe à présent de jeans serrés slims et de cheveux longs volant au vent.

Le métro, ce soir là. Comme l’humeur peut vite changer, tout de même !

« Plus je vous regarde, plus j’ai envie de vous regarder. » Elle vient de lever une nouvelle fois les yeux au-dessus de son livre de poche dont elle n’a pas tourné de page depuis trois stations. Elle a un rire dans les yeux, et une joie sur les lèvres. Son coup d’œil est rapide et gai comme un rire d’enfants l’été sur une plage.

Lui, y a bien longtemps que son volume est fermé sur ses genoux. Ne peut détacher son regard. C’est fini.

Un nouveau. Une nouvelle. Une flèche regard, un éclat d’œil qui va se ficher au fond de lui, je l’aime, ça y est.

« Je vous aime, ça y est, tout est fini. »

Elle rit encore. Une cascade, un noyau de soleil dans la cascade. La fraicheur. La chaleur.

Je sais plus où j’en suis. Ah si, ça y est. Je suis toujours face à elle.

Face à face métropolitain.

Il ne sait plus où mettre ses jambes. Aimerait toucher de ses genoux les siens.

Elle baisse son livre, le pose sur ses genoux, se penche dessus.

Son regard se glisse dans le mouvement. C’est pas un décolleté. juste un petit triangle de chair tendre très légèrement bronzée et mouchetée. entre son cou et son écharpe. mais ça suffit. Il est pris.

A présent c’est elle. C’est ses genoux. Moi, j’ai rien fait ! C’est elle qui a commencé (enfin, ça dépend, commencé quoi ?). Son genoux droit contre le sien. Le point de contact est ridiculement minuscule, mais c’est tout chaud. Il se met à suer discrètement.

Y faisait pas si chaud tout à l’heure. Forcément, plein de monde est monté à Châtelet, ça fait monter la température, ça. Mais ce genoux. Ah là là ! Mal à l’aise à présent. Ne peut plus dire qu’il l’aime, qu’il voudrait la regarder plus longtemps, autour d’un verre par exemple. Se sent ridicule. Le livre sur les genoux, le petit sac posé soigneusement. La coiffure en pétard. Et puis pourquoi ? pourquoi ?

Maintenant qu’il est privé de cravate au bureau, il se sent tout nu, ne sait plus s’habiller. Autant il avait un goût suprême quand il s’agissait de cravates, autant le reste le laisse complètement démuni, désarmé, nu.

Et hop ! Voilà, il est amoureux, en un tournemain. Trop bien, non ?



Dernier ajout : 21 novembre. | SPIP

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