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Sans-Titre XIV

8 octobre 2008

Sur la placette sans charme ni beauté de ce petit bourg du Conflent, l’oisiveté revêt un habit d’importance. La chaleur est menaçante, le gris changeant du ciel (sombre et changeant du ciel) point entre les branches alors que le soleil pèse encore, à petits poings serrés. Une brise agréable nous rappelle que ce petit conflit, de rien du tout, je répète, de rien du tout, est bien estival.

Coincée entre une terrasse de café et le parvis de l’église, la petite place à l’asphalte irrégulier, bordée de 6 bancs, deux par deux se faisant face. Trois d’entre eux sont occupés par des touristes, qui attendent de tuer le temps. Deux autres par deux vieilles dames du village, prenant là leur pause dans leur promenade quotidienne. Le dernier est le plus comble. Quatre vieux messieurs devisant en silence. Contemplent indifférents et bougons. Replets et satisfaits. L’un d’eux exhibe sa ronde bedaine, sa planète de graisse stomacale, assis bien droit, laisse son regard hautain balayer la place. De là-haut laisse tomber de temps à autres un commentaire que ses voisins font semblant d’écouter.

L’un va peut-être se lever, aussitôt remplacé par un autre, au physique semblable. Et ainsi l’après midi roule, lentement, pesamment, avec ce sens de la majesté qu’ont les hommes imposants dans la force de l’âge, boursouflés d’une importance illusoire. S’écoule comme la Seine de Flaubert à Rouen, qui charrie à un train de sénateur tout ce que Seine peut bien charrier, comme sa langue implacable et paresseuse, sans le regard acéré qui va.

Les gens, touristes ou non, sont tristes. Ont l’air d’attendre quelque chose de plus.

L’une d’elle, plus grasse et solitaire, s’échine sur son téléphone, désespère un contact incertain.

Société individualiste où chacun cherche à s’assurer de sa singularité, de son essence et essentialité.

On scrute sévère. On ignore plus sévère encore. On se refuse même un sourire. On s’enfonce doucement dans cette tristesse solitaire que nulle ivresse ne fuit. Raison apprise, sagesse trompeuse.

Envie de l’orage comme j’ai eu envie de pluie. Envie d’un froid pétillant qui me rendrait mon humeur. Me laverait de ce vide.

(12 août 2008 – 15 h)



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