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Sans-Titre I

23 juin 2008

Suite I

Résumé des épisodes précédents : Romain est un jeune homme discret, petit, qui habite un appartement étrange et polymorphe, et travaille en cravate. Il ne lui pas encore arrivé grand chose.

Un jour qu’il ne s’y attend pas, mais alors pas du tout, il est appelé en plein travail par le directeur de la boîte. Son bureau est au sommet de la tour, quarante intimidants étages au-dessus.

L’ascenseur est vide. Bizarre, normalement, y a tout le temps plein d’allers et venues entre les étages dans les bureaux à travers les interminables rangées de petits bureaux décorés de cravates multicolores : une vraie fourmilière comme on en voit dans les films muets.
Tant pis. Il rentre, appuie sur le bouton. Une voix quelque part lui confirme l’étage choisi, puis le complimente sur sa cravate, une belle jaune, vert et bleu, avec des petits points artistement disposés. Quelques instants plus tard, les portes s’écartent et l’ascenseur s’ouvre, donnant de plain-pied dans une vaste pièce qui doit bien occuper la moitié de l’étage.

Loin, loin, loin… presque à côté de la large baie vitrée dotée d’une superbe vue en noir et blanc de la ville — une belle baie vitrée dernier cri, de celles qui rendent tous les contrastes du paysage en vous débarrassant de toutes ces couleurs inopportunes bien trop réalistes pour en saisir l’essence — loin, loin, loin au fond de la pièce, tournant le dos à la baie vitrée, trône un superbe bureau — en technicolor cinémascope, celui-là — : le bureau du directeur. Avec le directeur en tout petit assis derrière.

Quand on regarde le directeur, ce qu’on voit d’abord, c’est une superbe cravate chamarrée, élégante et large, au nœud altier… puis ce sont de petites lunettes cerclées argent, et, enfin, le bon sourire de cet homme qui, en trente-trois ans de pouvoir sur son entreprise, n’a jamais licencié personne. S’il continue comme ça, l’an prochain, il battra le record national et, trois mois plus tard, le record du monde.

Xavier s’avance timidement jusqu’à deux trois mètres du gigantesque bureau. Aussitôt le petit homme jaillit de son siège et en trois bonds, — un sur sa chaise, un sur le tremplin au bout du bureau et un dernier (avec entrechat) pour se replacer — serre la main de Romain : une poignée de main généreuse, franche, heureuse, de celles qu’on fait en vacances quand on rencontre un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps — ça m’fait plaisir de t’voir ! Vraiment. Ah si j’m’attendais, ben tiens…

Bref, l’entretien se passe, Romain est promu, avec tout plein de petites cravates et de petits nœuds papillons à la clef, et transféré dans un autre service de la grande entreprise : la branche conseil.

Et non, ne faites pas de mauvais esprit. Le conseil en cravate, ce n’est pas conseiller les porteurs de cravates. C’est conseiller les cravates, quoi, j’en sais pas plus que vous là-dessus. Une manière de s’inclure, de se fondre et d’avoir des vacances. Plus de vacances qu’avant, d’ailleurs, pour Romain, puisqu’il est promu. (Bah oui, quoi ! Suivez un peu que diable).
Et le petit bonhomme de conclure : « avec quelques chouchous et rubans, si on en trouve, vous serez superbement attifé — euh, entouré. »

Par ici la suite ...



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