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Au violon

13 juin 2010

Je le vois, il a les yeux qui brillent. Là, oui, là, juste au-dessus des chevilles. Et il me sourit, un sourire large, lumineux, il m’attend sans craquer, il m’attend sans grincer (des dents). Curieusement allongé, le violon offre aux regards ses courbes indécentes, et siffle derrière ses lunettes les filles qui passent. Un vieil ado, le violon. Il n’a pas grandi, ne grandira pas. Pas plus que ça. Trop heureux de tenir là, dans le creux de l’épaule. Il en a connu des épaules, c’est un violon libéré, mon violon. Je ne le crois pas infidèle — juste volage. Une décennie sur deux, il change de compagnon, comme ça, pour voir, pour goûter la chair fraîche, mordre un cou innocent, déchirer quelque nouveau tympan. Il aime la première rencontre, quand on le prend doucement, au creux de la paume, qu’on en contemple les courbes et les couleurs, les détails de son dos, les nœuds de sa table. Il aime sentir la nouvelle haleine caresser ses ouïes, faire vibrer son âme. Il aime le soin minutieux, le silence de la main qui l’effleure. Il aime sentir contre lui la respiration de son nouvel amant, qui anime sa poitrine et fait vivre son bras.

Je le vois de loin qui déjà soupire. Son sourire accrocheur, sa petite boucle accroche-cœur... Tu ne m’auras pas ! Non non pas cette fois. Mais son œil enjôleur, ses manières de séducteur. Il chante, il brille, il gazouille, il charme, il boîte, il rugit, il me parle enfin, me dit quelques mots que je n’entends point.

J’ai peur — encore un qui va me briser le cœur.

Petit jeu : un piège s’est glissé dans cette page. Vous y laisserez-vous prendre ?



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