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Des grues (bis)

23 février 2010

On croirait pas comme ça, mais c’est une machine délicate, une grue — un animal doux et familier, dont il faut s’occuper avec amour. J’en suis entouré, de grues. Y en a des tas, par troupeau, qui battent le gravas, font le pied de girafe, en bas de chez moi.

Evidemment, quand je dis ça, on me prend tout de suite pour un ignoble macho, on m’insulte, on me déteste, on me jette des verres d’eau à la figure.

Mais est-ce ma faute, à moi, la polysémie ? Est-ce que je suis responsable, moi, de ceux qui inventent l’argot ? De ces lapsus, ces phonèmes échappés, égarés, qui soudain glissent de sens, comme sur une peau de banane, ou une flaque d’huile.

Suis-je responsable de leur air benêt ? De leurs nez baissés, de leurs têtes détournées ? De leur effronterie sans pudeur ? De cette manière qu’elles ont de toujours s’élever, avec cet air de ne point juger ?

Cendrée, couronnée, royale, perchée sur ses échasses, sur leurs échafaudages troués comme du gruyère, et la petite, minuscule cabine (qui, en comparaison, doit être quand même plus petite que le cerveau de l’animal, non ?), elles inspirent la pitié, cette commisération bienveillante et supérieure qu’on ne peut s’empêcher de leur impartir.

Et on aimerait qu’elles partent, qu’elle aillent gruter ailleurs, gratter à d’autres portes, trouer d’autres tympans.

Pas super content de ce texte-là, mais je reviens de ma randonnée photo, et je suis un peu fatigué. Vous me pardonnerez...



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