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Montreux — Nuit du 7 au 8 septembre 2008

8 septembre 2008

Ça devait être comme ça au temps de Stravinsky, de Nabokov, de Sissy l’Impératrice.

La fin des beaux jours, la bonne société suisse (Oh ! quelle belle allitération !), la haute vaudoise, se retrouve sur cette Riviera d’un autre genre d’un autre monde. Vue sur le Léman, sur Évian et les Alpes françaises en face.

La fin des beaux jours, un vent d’ouest a soufflé toute la journée, repoussant les nuages dans le goulet de l’est, assombrissant le ciel montreusien (je suis désolé, c’est horrible, je n’ai appris que ce soir que c’est ainsi que cela se dit).

Après concert devant audience pleine de perles, de bijoux, de lunettes, de sonotones, après dîner après concert avec convives beaucoup d’argent peu d’esprit (pas tous, mais bon, comment ne pas céder à la tentation du jeu ?), après avoir décliné une proposition peu décente, mais financièrement si alléchante (pourquoi, déjà, l’avoir déclinée ?) — on trouve ici plus de riches héritières que de sabots de cheval —, sur le balcon d’un bel hôtel d’époque (on ne dira pas laquelle) qui donne sur le lac, qui domine le lac — à tel point que, si je fumais encore et lançais ma cigarette, elle ne manquerait pas d’atterrir dans l’eau dans l’eau clapotante, dix étages plus bas.

Il fait bon, le ciel est couvert, tout là-haut. Les lumières de la France scintillent distinctement, comme les musiques de fêtes de Pétrouchka, au loin. Le vent s’est assagi, le lac aussi.

Il est tard, Montreux s’est endormie. Intégralement. Elle a encore ce pouvoir si rare. Je n’ai aucune envie de regagner le lit dans lequel j’ai si mal dormi la nuit dernière, si bien cauchemardé (pourquoi l’avoir déclinée, encore une fois ?). Je me repose goûte l’air du soir silence du lac.

Une soirée au bord d’un lac suisse. Quelle que soit l’époque, la soirée est la même, aussitôt identique. Les convives avinés sont les mêmes. Sauf qu’ils parlent de ceux qui les y ont précédés.

Quelques étoiles se détachent une à une. Mais leur lueur, et les lueurs urbaines, sont bien insuffisantes. Aucun moyen de deviner les contours imposants de la majestueuse Alpe qui me fait face.

On comprend enfin Obélix, qui disait de l’Helvétie : "C’est plat !"

P.S. : Il faudra leur dire que les troupes de César ont reconstruit le pont.



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