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Strasbourg — 24 septembre 2008 — 8 h

24 septembre 2008

C’est sans doute la seule chose que j’aie jamais aimée à la rentrée et pendant les quelques semaines qui suivaient.

Sortir de chez soi et découvrir, en descendant vers l’école collège lycée, qu’on a affaire à l’une de ces belles journées, rémanence ou persistance de l’été. La lumière la douceur la caresse du soleil qui n’a plus rien de menaçant comme il a pu l’être, même à la fin des vacances, font qu’on ne regrette pas (trop) de s’être levé si tôt.

Et puis c’est le début, on ne connaît pas encore tout et on a encore un peu l’espoir — on est stupide, que voulez-vous, on n’apprendra jamais, on gardera toujours un peu l’espoir — que ce sera cette année un peu mieux que les années précédentes. Les visages qu’on croise en chemin portent le même sentiment. On est à peine sorti du repos, on sait qu’on est déjà dans le train-train, les habitudes, mais on fait comme si on n’était pas déjà las, on fait comme si les habitudes n’avaient justement pas repris leurs droits fatigants et fatigués, on fait comme si on avait encore quelque souvenir, quelque anecdote d’été qu’on n’aurait pas encore racontée à l’un ou l’autre — on fait comme si, cette anecdote, on s’en souviendra toute sa vie. Bref, c’est le renouveau des illusions. Pour nous aider à poursuivre. Et toute cette ronde qui semble reprendre vie après deux mois de suspension, les pelouses qu’on tond — odeur herbe fraiche coupée — les cartables neufs les vêtements neufs aussi — encore raides encore brillants éclatants — ces habitudes vestimentaires qu’on reprend — sans regret.

C’est une de ces matinées aujourd’hui, une de ces matinées, une de ces journées qu’on finira invariablement en bras de chemise ou en T-Shirt. Mais ici, à Strasbourg, il fait encore très frais (9-10°C) malgré le soleil et les gens que je croise dans la rue ne sont pas dupes de ce tour que joue l’automne. Ils sont couverts, pas un qui soit légèrement habillé.

Ils n’ont pas tort car, alors que le TGV s’ébranle, des cumulus d’un gris clair et sale apparaissent un peu partout. L’air se fait moins clair, la lumière plus nébuleuse diffuse. Plus cette précision, ce sentiment de couteau aiguisé dans chaque rai de lumière. C’est une lumière contondante — que je ne montrerai pas à qui veut, non mais, même un boxeur du dimanche a sa pudeur.



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