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9 juin 2007 (en fait 10 juin 2007 — minuit et demie)

3 juin 2008

Mes deux voisines sont d’une bourgeoisie moyenne nouveau riche typique. Vêtements, chaussures, préjugés ignobles et stupides, racisme latent, antisémitisme ouvert.

Mais ce ne sont pas elles qui attirent mon attention, malgré toutes ces évidentes qualités. C’est cette blonde, accoudée au bar. Ce samedi soir, le bar comble, elle se mêle et se perd à la foule des fêtards en passe d’être alcoolisés pour partir ensuite vers d’autres lieux de perdition. On la voir, mais elle ne se détache pas nettement de ceux qui l’entourent. Mais, en fin d’après midi — son heure de prédilection pour sa visite au bar —, on la remarque tout de suite, sans qu’elle se mette davantage en avant que les autres. Assez petite, fluette, un visage fin aux traits réguliers (avec juste ce qu’il faut de vulgarité), une poitrine mise en valeur sans être montrée, ni imposante, ni petite… très honnête, des jambes idéales et un cul, Oh ! My God !, un cul aux formes parfaites, moulé dans un jean ou une robe, un cul qui me fait rêver et bondir mon cœur à chaque fois que je la revois, depuis tout ce temps que je la vois.

Un cul (y a pas d’autres mots) parfait, hallucinant. Que ne donnerait-on pas pour le caresser et le mordre à pleines dents ? Bref, un cul fabuleux.

Depuis deux ans et demie, donc, nous jouons à nous regarder de temps en temps, à se fixer parfois, quand il n’y a rien de mieux à faire. Je la contemple à l’envi et elle se laisse faire, plutôt heureuse semble-t-il de mes regards. J’ai découvert par hasard (en la voyant entrer ou téléphoner assise sur les marches devant la porte) qu’elle habitait rue du Four, sur un chemin que j’emprunte fréquemment. Et, quand je ne sais pas avec certitude qu’elle accoudée au bar, conversant avec d’autres habitués ou avec les serveurs (qu’elle connaît tous et avec lesquels elle flirte manifestement sans déplaisir), je me prends à la guetter quand je passe devant chez elle, comme, quand j’étais adolescent, je ne pouvais passer devant la maison de celle pour qui je soupirais sans y jeter un coup d’œil. Aujourd’hui, j’ai plus de chance, je n’ai pas même à faire de détour. Naturellement, je ne l’y vois jamais, sauf une fois, alors qu’hélas je me promenais avec mes parents. L’ironie sans doute (je l’ai recroisée une nouvelle fois, bien des mois plus tard, au bras d’une jeune fille qui n’était même pas ma petite amie !).

Avant, elle soignait mieux sa chevelure. Portant plus court, elle la lissait chaque matin et c’était chaque jour un brushing plus parfait que la veille. Depuis, ils ont poussé : aujourd’hui, elle les a à mi dos et ils esquissent de petits frisottis ridicules (mais si attendrissants) vers les pointes.

Et son cul qui me fait toujours rêver.

Ce soir encore, elle est à sa place habituelle au bar, fait la conversation avec un type court, trapu, lunetteux, aux cheveux rares et noirs. Elle se fait aborder de temps en temps, comme d’habitude. Elle porte un T-Shirt moulant sans trop et un jean qui, comme tous ses jeans, est idéal pour son cul merveilleux et la ligne de ses cuisses et de ses jambes.

Cette fille me fascine.

Parfois, quand elle sort de mon champ de vision et que je recouvre pour un instant, un instant seulement, mes esprits et le contrôle improbable du cours de mes pensées, je suis enfin capable de me demander ce qu’elle fait dans la vie. Elle est trop souvent fourrée ici pour avoir un job régulier, un job de bureau ou assimilés. Peut-être, comme moi, se prétend-elle artisss… mais rien n’est moins sûr. Qu’en sais-je ? Peut-être est-elle comédienne, ou modèle, ou quelque chose en rapport avec le Show Biz. C’est la première fois que j’en parle ici, non parce qu’elle n’a jamais été présente dans les scènes précédentes de cette Tentative d’Assèchement d’un Bar Parisien, mais parce que, d’une, quand je la vois, je suis subjugué et je ne peux détourner mon regard d’elle (cette nuit encore, il m’a bien fallu une demie heure pour me décider à écrire ces lignes), et, de deux, en tant qu’habituée fidèle et presque quotidienne, elle est devenue pour moi un des principaux attraits de l’endroit. Sans vouloir la réduire à une bonne bière fraîche ou à un bon café serré, à un élément de décor ou à l’accueil des serveurs, elle ajoute au lieu une beauté (même en son absence, l’expectative et l’attente suffisent à faire naître le trouble), un charme, un regard sympathique qui vous fixe, vous couve et vous rassure quand vous êtes assis face à elle.

À ce propos, elle s’assoit rarement. Généralement, elle est debout, au bout du bar, en bord de salle, en face de la caisse enregistreuse du barman, où celui-ci s’attarde souvent pour bavarder avec elle. Ce soir, pourtant (environ dix lignes plus haut), elle s’est assise sur la table la plus proche de son perchoir de prédilection. Je ne vois que son dos, côté droit, sa belle jambe étendue, son bras, le derrière de sa tête couvert de cheveux. Qu’y fait-elle ? Je ne vois personne assis en face d’elle.

Pendant toute la première année, elle fumait ces cigarettes très fines de filles (comment disait l’autre ? cette attachée de presse d’Universal ? cigarettes de salopes ? ou de pétasses ?), mais elle a depuis changé pour des cigarettes plus civilisées, sans doute des Malboro Light, même si, ce soir, c’est en effet un paquet de Vogue qui est placé devant elle, avec un petit briquet.

Remarque, à l’attention de toutes les filles de ce digne ( ?!) établissement et de tous les autres du même acabit : arrêtez de vous recoiffer ou de corriger votre mise toutes les cinq secondes ! C’est très agaçant, pour tout le monde ! Vous pouvez jouer avec vos cheveux tant que vous voulez (j’aime ça, quand c’est bien fait) mais les réarranger constamment ! NON !

Autre nouveauté ce soir : elle porte une mini barrette dans les cheveux, sur la gauche au dessus de la tête, et je devine, grâce à ses jeux de chevelure justement (qu’elle fait quant à elle fort bien, avec tout le naturel sensuel qu’il faut) qu’elle aimerait les attacher (en chignon ou en masse) pour rafraîchir sa nuque et son dos, qu’on devine si beau. Je pense que mon personnage de Laura (qui est, à la base, inspiré naturellement par Gene Tierney) pourrait très bien être elle, cette jeune femme. Elle incarne pour moi un certain fantasme. Et, pour cette raison même, me demeurera sans doute inaccessible. Sauf si elle fait un jour un pas vers moi. On peut toujours nourrir quelque espoir, ça n’a jamais fait de mal à personne.

Arrive un groupe de gros beaufs, gueulant et vitupérant stupidement. Non seulement ils font beaucoup de bruit, et m’emmerdent donc déjà pas mal, mais ils me bloquent aussi la vue de ma blonde. Et ça, c’est un crime inqualifiable. Heureusement, deux jeunes filles se sont installées à la table immédiatement à ma droite, et celle qui me fait face a l’air bien jeune mais est assez jolie. Elle raconte à sa copine une sombre histoire de mec qui, comme d’habitude, ne sait pas ce qu’il veut et lui fait des coups plus ou moins pendables (à mon avis, il sait très bien ce qu’il veut, au contraire…). Evidemment, elle dramatise à outrance. Il semblerait qu’il ait une autre affaire avec une autre fille, qui bouleverse un peu les plans ma jolie. Elle pense que c’est superficiel, mais ça ne doit pas l’être tant que ça, pour avoir ainsi convoqué son amie un samedi soir à 1 h 15.

Un mec qui enterre sa vie de garçon vient leur quémander à toutes deux un baiser, qu’elles donnent de très bon cœur. L’enterrement de vie de garçon est justement ce groupe de gros beaufs qui a envahi le bar et me gâche mon whisky. D’ailleurs, si ça continue, ils vont me chasser d’ici à grand renfort de cris et de blagues crasseuses, sitôt mon verre et ma cigarette finie.



Dernier ajout : 21 septembre. | SPIP

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