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1er avril 2008

29 mars 2009

T.A.B.P. — Fin

Je n’y mets plus les pieds.

Mon projet n’a plus de sens, s’il en a jamais eu — (vain) exercice de style dégénératif, envahissant ma vie à la manière d’une tumeur (bénigne, j’espère) et échappant à ma plume. Il m’a échappé. Tout à fait. Ou raté. Tout à fait. Je ne sais plus que faire de ce lieu, de ces milliers de personnes qui peuplent les pages de mon carnet, de ce foisonnement incessant et impénétrable, de ces vies qui m’échappent, imprescriptibles, indiscernables, incernables.

Quand je passe devant — cela m’arrive encore de temps en temps —, je jette un coup d’œil rapide à l’intérieur, sans jamais la revoir.

Et puis j’ai trop conscience de sa présence pour y remettre les pieds. De la rupture, de l’interruption de cette nuit-là… Ça aurait pu être un début. C’en est un autre. Le début de la fin des bars ? Non sans doute. Le début de quoi, alors, de la vie d’une vie d’adulte, ou de la solitude… de la solitude quoi ? Comme si on pouvait véritablement qualifier la solitude. Comme si on pouvait véritablement qualifier, « valoriser », quoi que ce soit.

Mais depuis, tu ne dis — tu n’écris — que des conneries. Alors arrête ! Pourquoi arrêterai-je ? Si tout le monde arrêtait de dire des conneries, ce serait bien silencieux ; on ne trouverait plus rien, sans ces montagnes-là — quelle montagne, mais que racontes-tu là ? Tu ne vas plus dans les bars, mais tu as toujours l’esprit aussi embrumé.

Tu ne sais plus. Que pourrais-tu savoir ?

Tu ne sais plus pourquoi tu es venu ici la première fois : la musique, une jolie brune, un café un matin en attendant je ne sais trop quoi. Parce qu’il fallait bien prendre un café, parce qu’il fallait bien tuer le temps ; et que les cafés voisins avaient été visités plus tôt dans la semaine, alors pourquoi celui-là est-il resté ?

Aucune raison particulière ? Rien qui distingue véritablement celui-ci de ses voisins, sauf peut-être le prix de son espresso, assez bas pour le quartier.

Alors pourquoi ?

Et pourquoi devrait-il y avoir un pourquoi ? C’est peut-être ça, la vraie question. C’était ça, juste ça. Un exercice, une ré(re)création. On arrive, on est jeté là, on se prend au jeu, on n’en sort plus. On oublie qu’on n’est pas obligé d’y être, et on se laisse emporter.

FIN

Fin de T.A.B.P., enfin ! J’ai cru ne jamais en sortir. Enfin sevré.



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