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Jeudi 26 avril 2007 — 22 h 45

31 mai 2008

Dur de faire plante verte quand on est musicien. Petit concert de deux guitaristes chanteurs au Zoo. Leurs propres chansons sont d’une indigence étonnante. En reprenant quelques titres, ils attirent quelques voix (en période d’élection, ce vocabulaire me paraît très adapté).

Le Zoo est très rempli pour un jeudi soir. Personne n’écoute, pourtant, à quelques exceptions près, quelques groupes venus là sans savoir, et dont les conversations sont décousues et tuées par ce semblant d’animation (un peu comme une télé et un match de sport inintéressant).

Quelques personnes en terrasse (il fait 23-24 degrés) parviennent à faire comme si de rien n’était. Mais, qu’on les écoute distraitement ou pas, ces deux hurluberlus bouleversent sensiblement la vie du bar. C’est bien normal, mais ça n’enlève rien de la condition de plante verte à laquelle ils sont réduits ce soir.

Dommage, car ils sont motivés (on peut leur accorder ça, à défaut d’autre chose, talent ou humour, à ces jeunes cadres bourgeois pas encore trop blasés pour ne s’intéresser qu’à leurs carrières). Au début de chaque chanson, annoncés par une plaisanterie sans esprit, même les plus distraits lèvent la tête, comme interpellés par le silence et les quelques mots prononcés. Ils font bien des efforts, allant même jusqu’à tenter quelques refrains polyphoniques. Ce n’est pas pathétique, non, loin de là. Ça fait de la peine, à la limite, mais c’est surtout assez triste.

On tourne la tête, on ne sait pas vraiment comment se placer pour ne pas offenser l’ami assis de l’autre côté de la table. Le Zoo est vraiment un zoo : les coiffures et les chemisettes sont significatives ; chez les filles, elles sont tellement typées 6ème et 7ème qu’il faudrait toutes les décrire, une à une — projet sociologique de faible portée scientifique, mais de haut potentiel comique. Parmi elles, il en est deux ou trois dont j’aimerais entendre les conversations. De quoi discutent les gens dans pareille situation ? Sans doute pas, comme moi avec certains de mes amis, de littérature avant-gardiste, d’Adorno ou de Wozzeck (d’un autre côté, ils ont bien raison, c’est super chiant comme sujets). Il n’empêche. J’aimerais savoir.

Tout ça est somme toute bien gentil. Et, paradoxalement, beaucoup moins m’as-tu-vu que d’autres bars.

Le concert prend fin sur deux nouvelles blagues médiocres, non sans protestation de la foule en délire. Et je fume, j’écris, je fais des ronds de fumée. Je suis seul (est-il besoin de le rappeler ?). Du travail m’attend, là-haut. Que dire d’autre ? Quelques conversations se lient.



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