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13 février 2007

30 mai 2008

Trying to be mean. Try it for tonight, see how it fits. Seems to me that, even so, it’s not going to make any difference.

Mardi 13 février, en fait, il est minuit passé, nous somme donc le 14 février. Ce qui, vu la date, n’est pas un mince détail. Y a-t-il ce soir ici des gens qui se cherchent quelqu’un mue par la seule répugnance de n’être pas seul la soirée prochaine ? Sans doute.

Il y a des couples bizarrement assortis.

Quelques tables se sont vidées dans les cinq dernières minutes (quatre, pour être exact : deux étaient détenues par trois filles, une prise par deux filles et la dernière par un mec et une fille).

À ma gauche, immédiatement, deux jeunes gars, typés bourgeois du sixième ou septième, papotent sans intérêt.

À ma droite, un couple mal assorti, mais tous deux vêtus intégralement de noir. Le mec est un beauf, qui veut s’en sortir (et il a encore du chemin à parcourir).

Sur ma gauche, quatre américains (accent nasal, sain, bien mis sans trop, deux garçons, deux filles) viennent de s’installer.

À ma droite (en face d’eux), trois personnes s’apprêtent à payer et à se lever (un couple plus une fille, mignonne).

Le reste est trop loin et trop peu accessible pour une description exhaustive. Quelques visages sortent du lot. Une jeune fille brune, joli sourire, pendentifs originaux, oblongs, dessinant un œuf ou une larme, recherche de temps en temps mon regard qui a croisé le sien alors que je m’asseyais. Elle est en pleine discussion avec le mec assis en face d’elle.

À droite, un couple — que je ne peux, là, tout de suite, dans l’instant, à défaut d’autre chose, que qualifier de commun — s’est assis et se murmure à l’oreille. Ils ont l’air sympathique et charmant, l’une comme l’autre.

À la table ronde, près de la fenêtre, un groupe important, dont un homme mûr à lunettes, une brune qui a l’air très jolie (comme pourraient le suggérer l’assurance de son port et le choix de ses vêtements), mais dont je ne vois que le dos, le bras droit étendu sur le dossier de la chaise de sa voisine, le manteau rouge (j’aime le rouge).

La musique (du jazz, comme souvent ici) est bien plus calme ce soir que d’habitude. Le brouhaha est sympathique, grisant, jamais forcé. L’ambiance rouge lumineuse est très appropriée.

Autre visage : une blonde aux traits réguliers, beauté ordinaire, penchée, en pleine conversation avec sa voisine que je ne distingue pas (elle est cachée par le dos du type du couple commun sus décrit).

La brune du couple mal assorti à ma droite me plait, même si, bon, soyons pragmatiques… Elle parle justement de ses goûts et de sa vie amoureuse.
La blonde à ma droite (visage) se lève et s’en va, avec son amie.

Dans le miroir à ma gauche, je vois un type debout au bar, buvant un verre de vin rouge. Beauté frustre (mignon, sans doute, j’imagine) mais très à la mode. Gilet blanc côtelé verticalement ouvert sur une chemise noire elle-même déboutonnée. Sourire niais. Discussion erratique avec le barman.

Les américains (trois mojitos, un kir royal) prennent des photos avec un reflex numérique : Flashs.

Mal assorti, certes, le couple à ma droite, mais elle donne tous les signes de détermination à conclure. Et ça se présente bien, à mon avis.

Une femme d’âge incertain (30 ? 40 ?), contrefaite, vient de s’asseoir sur la droite, à côté de deux blondes (une plus vieille, une plus jeune) en pleine conversation.

En face d’elle, un petit black chauve (crâne rasé) qui l’embrasse à pleine bouche (encore une peur d’être seul demain ?). Baisers goulus (et laids) au-dessus de la pauvre table qui n’en demandait pas tant.

Ai Saisi « Washington » à la table américaine.

Le serveur apparaît (je le vois peu, même s’il doit être omniprésent dans l’image).

Le mec du couple mal assorti à ma droite vient de sortir un téléphone décoré « Gothic » (qu’a à voir le gothique là-dedans ?) et parle de voiture. Sa copine est partie aux toilettes. Elle revient, se regarde dans le miroir, regarde autour d’elle, la main devant la bouche, en attendant qu’il raccroche. Il reprend la conversation en continuant de jouer avec son portable, et sur son portable.

Il m’a adressé la parole (ce qui, normalement, le personnifie ici au point de regretter d’avoir écrit tous ces commentaires à son propos). Toujours la même question, la même inquiétude qui turlupine les fêtards en me voyant travailler : comment parvins-je à réunir la concentration nécessaire dans un tel bruit.

Il est peintre, iranien, travaille sur le Bouddha, et m’invite au vernissage de son exposition.

Il partent tous les deux, cédant la place à deux brunes sensuelles que j’imagine aisément italiennes.

Elles commandent une bouteille de champagne et, en effet, sont italiennes. Tous mes doutes sur la langue qu’elles parlent sont en effet confirmés lorsqu’elles m’adressent la parole, me demandent un petit renseignement anodin, puis mettent rapidement un terme à la conversation et partent, m’offrant le reste de sa bouteille de champagne !

Partie aux toilettes, l’une des américaines (qui me reluquait auparavant brièvement de temps en temps) a échangé de place avec l’un des types, se retrouvant plus près de moi, avec une possibilité accrue de me regarder.
Les deux niais à ma gauche se décident enfin à se barrer.

Le groupe Table Ronde du fond se lève. La jeune fille s’est retournée : déception, elle est laide. Enfin, pas vilaine, mais vraiment quelconque.

L’américaine l’est beaucoup, presque trop (américaine, entendons-nous) : dans sa gestuelle, dans sa coiffure et ses bijoux, dans son accent et son vocabulaire, dans le chaos sans goût de sa mise.

Le serveur a voulu reprendre la bouteille puis s’est rattrapé (ouf !).

Le couple sympa se déplace et se rapproche de moi, d’une table.

Je viens de me servir un verre de champ’s. La bouteille est presque pleine ! Je me marre doucement, personne ne remarque.

La copine américaine de l’américaine l’est presque encore plus (du genre Teen Movie).

Le niais du bar de tout à l’heure vient de s’installer à la table des deux blondes aux âges si différents et commence à draguer.

Le black s’est assis à côté de sa copine, qu’il pelote allègrement. Comprends pas.

Et maintenant, je fais quoi avec cette bouteille pleine ? hein ? J’suis pas dans la merde, tiens.

Qu’est-ce qu’il fait avec toutes ces petites minettes en fleurs, le vieux à lunettes, au fond, sur la table ronde ? What’s up with him ?

Après le film que je viens de voir (Little Children), des tas de soupçons me viennent à l’esprit. He seems really familiar but no name comes to mind (but one : P., most unlikely). Est-il un boss qui invite ses jeunes et jolies assistantes dans un bar branché ?

La bouteille et la soirée se terminent en compagnie du couple commun : deux italiens qui ne sont d’ailleurs pas en couple (D. et E.), forts sympathiques, et devisant comme moi avec une agréable ironie sur nos frères humains. La fermeture du bar nous sépare et nous nous promettons de nous revoir, ce qui, alors que je recopie ces lignes, ne s’est jamais fait, malgré des coups de téléphone répétés, de la part des deux parties incriminées.



Dernier ajout : 23 juillet. | SPIP

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