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Faconde

4 mars 2010

Il est des mots que j’aimerais utiliser davantage. Des mots que j’aime à dire, que j’aime à entendre ou à lire, que j’aimerais écrire. Des mots qui désignent en outre une opulence verbale, une richesse pleine de couleurs et de pittoresque qui me font rêver d’être autre, et de maîtriser du bout des doigts un torrent scintillant de syllabes — rapidité d’élocution — musique volubile de la voix en cascade. Abondance. Jusqu’à l’absurde.

Imaginez la rencontre.

Chacun arrivant cahin-caha sur une vieille rosse, l’un du septentrion, l’autre du midi flamboyant et aride, sans oublier celui à l’accent gascon, chantant et pirouettant, un masque sur les yeux, la cape ramenée sous les yeux.

Longs nez, silhouettes incongrues, ombres à la maigreur d’automne, sourires dévorants, voici s’avançant, leurs vieilles rapières à la main, les jactateurs prolixes, maîtres des mots, poètes intarissables, rêveurs diserts, affabulateur incurables.

Ils sont la faconde incarnée, ne vivent que par la truculence et l’invention, chacun traînant derrière lui sa vieille lune à lui.

Munchausen, Cyrano, Quichotte — toujours en retard.

Imaginez la rencontre.

À la croisée des chemins, se dévisageant les uns les autres incrédules, ne sachant trop que faire — se mettre en garde, Artaban, fuir, s’évanouir d’un trop-plein de courage... — j’en entends un dont le ventre gargouille. Ils ont faim, c’est certain.

Qui parlera en premier ? Qui écoutera qui ? Qui, poussé par l’enthousiasme et la (saine ?) émulation de ses semblables, gesticulera la plus improbable des aventures ?



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