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Où ira-t-il ?

3 février 2009

Improvisation I

Certains lui ont dit que ce n’était pas bien. Il ne les a pas cru. Peut-être n’a-t-il pas voulu. Peut-être n’a-t-il pas réfléchi. Moi, je crois qu’il ne les a même pas écouté, mais rien n’est sûr. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’en a fait qu’à sa tête. Suffit de regarder le résultat. Et puis comme il rame à présent. Alors, bien sûr, quand on lui dit qu’on l’avait prévenu, il dit que c’est facile, ça, et qu’on peut bien prévoir l’avenir rétrospectivement, ça ne change rien, et que bon, c’est aussi oublier tous ceux qui ont dit le contraire — mais qui, on lui demande parce que bon, on n’est pas sûr, mais qui a dit le contraire ? — y en a, j’t’assure, ils m’ont dit le contraire.

Bon, on hoche la tête, on dit bon. Intérieurement, on hausse les épaules même. Qu’est-ce qu’on y peut, on s’en fiche un peu. L’autre, il est tombé et il a tout cassé dans sa chute, mais bon on pourra toujours dire qu’il croyait bien faire, qu’il avait la meilleure volonté du monde. Moi, je crois pas, je crois qu’il n’a pas réfléchi, mais rien n’est sûr. Ce qui est sûr, c’est que maintenant, il fait la tête, il boude tout le temps. Il ne devrait pas, ce n’est pas très beau de bouder — enfin ça non plus c’est pas sûr, moi, j’aime bien bouder de temps en temps, je croise mes bras, je me campe bien droit sur mes jambes, le buste amené en arrière, les lèvres pincées, les yeux ronds, et je boude — je suis sûr que je suis très beau comme ça, je vois pas pourquoi pas. Enfin bon, lui, il n’est pas beau quand il boude, et puis ce n’est pas beau quand il boude, parce que finalement, il ferait mieux de rester au lit en comptant les mouches au plafond, et en fumant cigarette sur cigarette — j’ai jamais fait ça, moi, mais bon, c’est peut être sympathique, mais rien n’est sûr.

Et alors, quand il passe, que lui dire ? Il ne veut pas croire ce qu’on lui dit, moi je crois qu’il ne veut pas croire l’accroire et accroître l’incrédule. Bref on n’y peut rien. On n’y peut plus rien. Mais d’un autre côté y a-t-on jamais pu quelque chose ? En vrai ? Moi je ne crois pas. Et lui non plus sans doute. Alors bon, c’est facile de le dire quand on n’y croit pas soi-même.

J’aurais mieux fait de rester au lit et de regarder les mouches au plafond, la neige au balcon, la ville hors saison.

Le froid gagne doucement — le froid et l’humidité — il n’y aura bientôt plus rien à casser. Le pauvre que fera-t-il alors, que fera-t-il quand il n’y aura plus rien à casser. La fin, la fin de rien de fin. Alors il restera sur sa faim de la fin du fin à casser. Et j’y peux rien moi, si si, je vous assure, j’y peux rien.

Je ne lui ai rien dit quand il a commencé, ce n’est pas ma faute. Je lui aurais dit qu’il aurait fait comme pour les autres. Il ne m’aurait pas cru. Peut-être n’aurait-il pas voulu, peut-être n’aurait-il pas réfléchi, tout simplement. Mais j’aurais voulu qu’il m’écoute, quand même, mais rien n’est sûr. Il en fait à sa tête.

Il sort, il éteint encore ce qu’il trouve à éteindre, compulsif, il a toujours été comme ça. Dès qu’il y a quelque chose qui dépasse, il faut l’éteindre, alors forcément, y a beaucoup de choses qui dépassent, il n’aime pas, il devient fou, il va où, il va aller où après, quand il aura fini de tout éteindre de tout casser ici, et moi j’irai où, à la fenêtre, pas sûr, il l’aura cassée, ou obturée, plus de lumière pour moi, plus pour lui non plus il aura cassé.

Et puis il rentre, après tout. Il rentre et il a peur. Il a peur de ne rien casser, de ne rien éteindre. Quand il rentre il angoisse, il s’affole, il ne sait pas quoi faire, il ne sait pas dormir — plus dormir. C’est peut-être pour ça qu’il n’écoute pas. Si je n’écoutais pas, je ne sais pas si j’arriverais à dormir. Et si je ne dormais pas, je ne sais pas si j’arriverais à dormir. Alors le pauvre. Où ira-t-il ?



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