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Détour — Découragement

16 avril 2010

Ça pèse, le découragement, faut le soulever, porter ses cent kilos sur ses épaules, avancer.

Mêlons les époques, faisons de tous ses instants un seul. Le même, convergent, vers ce point d’équilibre incertain, d’une voix pleine de reproches.

Un haussement d’épaules, une pilule oblongue et blanche au creux de la paume inerte. On contemple sagement, sans une pensée — toutes les longues poses de contemplations qu’on qualifier sans réfléchir de « pensive », alors que l’esprit est le plus souvent vide (à quoi penses-tu ? (je ne sais pas, se dit-on et) pour sauver la face, les apparences, on cherche à toutes forces ce à quoi on aurait bien pu penser (sans passer pour un idiot) (improvisation ardue)).

Une vergence de peinture, une tache d’encre sur un tapis, et cette pilule qui s’impose, telle corde ou falaise, innocente.

Ça pèse, l’insouciance.

On cherche un assentiment, une lueur, une main amie humide. Pas celle-là — parce que tu fais le difficile, en plus. Et puis quoi ?

C’est pas un rêve, tout ça, ce sang, ce chien qui aboie, ce collier mutilé, cette odeur de souffre au fond du verre, ce rythme entêtant aux tempes, au coup de pied… c’est un carré de métal sombre à texture de chair, qui travers ton champ de vision sans te prêter attention.

C’est pas sérieux tout ça. On te mettrait un écureuil boiteux, le bras dans le plâtre, sous le nez, que tu ne réagirais pas davantage. Ou un uniforme à lunettes — vision comique de centaines de paires défilant en rang, au pas.

Tu restes l’œil torve, l’index fumant, une vaguelette sur ton sein, un voile entre toi et la pluie bondissante.

La vie et ses cris s’écrient, s’échappent soudain d’une chambre au fond d’un couloir. Tu sursautes.



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