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Mardi 9 juin

9 juin 2020

Entre-deux

« Revenons à nos moutons. »
C’est, finalement, le leitmotiv de ces dernières semaines. Sans cesse distraits, sans cesse revenant à nos agneaux.
C’est un appel professionnel interrompu par un réveil de sieste intempestif. Une phrase commencée, à moitié écrite, interrompue par la demande d’un enfant en mal d’activités, ou par les pleurs suscités par une petite dispute fraternelle. Une solution de garde temporaire, qui s’arrête puis reprend, puis s’arrête à nouveau. Une livraison prévue un jour et livrée une semaine plus tard, qui oblige à tout racheter au jour le jour. Un mail de l’école ou de la crèche nous informant que oui, mais non, et puis peut-être. Mais sans doute pas pour nous, et puis si, et puis non. Un travail commencé qui n’a plus lieu d’être, et puis si, mais pas tout à fait pareil, pas autant, et puis peut-être que si quand même parce que ça vaut le coup, mais n’en faisons pas trop parce qu’on ne sait jamais. Une machine qui réclame l’attention, interrompant de fait une entrée de journal (démonstration là, tout de suite, maintenant, en direct).
« Revenons à nos moutons. »
C’est un texte écrit pour un autre, sous un angle validé par icelui, mais qui soudain doit faire un tête-à-queue, suivi d’un autre, tout aussi brutal, et nous voici, sur les nerfs, poursuivant le chemin premier — et on se demande pourquoi tant de revirements alors que le vent n’est pas de face. C’est une collègue qui tergiverse sans cesse, trop gentille pour dire clairement ce qu’elle veut, sa gentillesse n’aboutissant alors qu’à une exaspération fatiguée.
C’est un projet laissé en suspens pour suivre, moutonnier, la horde d’écrivaillons saisis par le virus du confinements — on se dit que c’est trop bête de ne pas saisir sa chance de faire ainsi passer sa marque littéraire à la postérité, comme si les circonstances faisaient figure d’accélérateur de reconnaissance, au moins a posteriori. Quelque part en moi, il doit y avoir cela, pourtant, si j’examine sincèrement mes motivations premières de tenir ce journal : ainsi de tous ces écrivains qui, voilà trois mois, enjoignaient leurs semblables à les imiter, ne serait-ce que pour donner matière aux historiens de demain. Qui sera le Saint-Simon du coronavirus ? Je ne suis pas suffisamment au fait des choses du pouvoir pour espérer que ce soit moi. Non, mon journal ne servira au mieux que de chronique, qu’on citera en note de bas de page, pour corroborer telle ou telle hypothèse de travail, en faisant sans doute des contresens dans la lecture de ma prose trop emberlificotée.
Et pourtant, j’aimerais bien y revenir, moi, à mes moutons. Je me suis donné une date butoir. J’espère bien la tenir. On verra. La question sera alors : que faire des nouveaux textes ainsi composés : les mettre en ligne à leur tour ? Ce qui est quand même une excellente motivation pour produire sa page quotidienne : je me sentirais coupable si je n’en mets pas une en ligne chaque jour. Documenter ainsi en public l’avancée d’un travail ? Ou les garder au chaud ?
Je n’ai pas encore tranché. Poils aux pieds.
« À propos d’pieds, chantons jusqu’à demain ! »



Dernier ajout : 4 décembre. | SPIP

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