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Dimanche 7 juin

7 juin 2020

Retour au parc

Ils n’en veulent plus.
Depuis deux mois et demi, pourtant, pas un seul jour sans qu’ils le réclament. Aujourd’hui qu’il leur accessible, c’est fini, ça ne les intéresse plus. Et tout le trajet, qui n’est d’ordinaire que rires et impatiences, n’est que râleries et protestations.
Outre l’inclination naturelle des enfants pour les caprices, les geignements et l’emmerdement des parents, il faut les comprendre. Mettons-nous à leur place : depuis deux mois et demi, ils ont inventé de nouveaux jeux, établi de nouvelles routines, constaté de nouvelles récurrences, en dehors de leurs habitudes « normales ». Ils s’y sont attachés, au point, non seulement de ne plus vouloir s’en détacher, mais surtout d’oublier qu’ils n’ont peut-être plus cours à présent.
Ainsi, le cadet ne veut plus aller au parc, parce qu’il est persuadé que ses camarades n’y seront pas : désormais, il pense ne les retrouver que sur l’esplanade du stade, qui fut effectivement notre cour de récréation pendant les longues semaines de confinement. C’est un enfant : sa mémoire est à peine plus longue que celle d’un poisson rouge et, surtout, il refuse de croire en l’éventualité que ses camarades, eux aussi, se seront détournés du stade pour se reporter sur le parc…
Quant à l’aîné, deux mois et demi de confinement ont suffi à lui faire penser qu’il n’avait plus l’âge du parc et de ses agrès. Hop. Comme une poussée de croissance quantique. Il est passé à l’étape suivant sans prévenir et sans transition.
À moins que…
Oui oui, à moins que… parce que les désirs des enfants sont presque aussi peu fiables que les connaissances médicales sur la Covid-19 et les plans afférents des gouvernements. Et les allers-retours de maturité sont monnaies courantes.
Si les parents de jeunes enfants ont sans doute, toutes proportions gardées bien sûr, fait partie des populations les plus touchés par la crise (à tous égards, même si j’ai découvert récemment que les télétravailleurs avec jeunes enfants se sont avérés… plus productifs que ceux sans enfants. De 1% peut-être, mais 1% quand même), ce sont peut-être aussi ceux qui y étaient le plus préparés. Les enfants sont plus que d’autres, des créatures de rituels, mais ceux-ci sont en constante évolution, glissant d’un jour sur l’autre, d’une semaine à la suivante : un œil extérieur ne s’en apercevrait pas nécessairement, mais les détails ne cessent de changer, souvent sans crier gare — exactement comme les louvoiements des états face à la Covid. Et chaque détail a son importance, parfois cruciale : tel légume, tel doudou, telle quantité de lait dans le biberon, tel chant au coucher, tel livre…
Je m’aperçois au passage que l’un des sujets les plus fréquemment abordés dans ces Virus Diaries est les habitudes, la routine — et leurs nécessaires et quotidiens chambardements.
Il va falloir voir à voir à chambarder moi-même ce rituel quasi liturgique. Difficile, quand cet exercice est justement un rituel quotidien auto-contraint.



Dernier ajout : 18 septembre. | SPIP

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