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Lundi 1er juin

1er juin 2020

Scientifique née

À l’heure où la méthode scientifique est placée comme jamais sous le feu des projecteurs, et en dépit des efforts de certains de s’en affranchir, de la tordre pour servir leurs propres desseins, ou de la faire entrer au chausse-pied dans leurs visions étriquées du monde, je me trouve ébahi, et un bras abruti, face à une constatation fascinante : nous sommes tous des scientifiques nés.
Il suffit de regarder les bébés !
Alors oui, peut-être, vous avez raison : ils manquent un peu de rigueur et de méthodologie. Mais combien de scientifiques bardés de diplômes peuvent se targuer de leur arriver à la cheville, s’agissant du nombre d’expériences livrées en une journée, et des connaissances qu’ils en tirent ?
Et la méthode est au moins aussi éprouvée que celle des scientifiques, appliquée à deux domaines préférentiellement : la physique et la psychologie (principalement parentale).
Les bébés ne se satisfont jamais d’un résultat unique. Ils n’ont de cesse d’éprouver leurs résultats encore et encore, afin de vérifier qu’ils sont reproductibles : quand je lance un cube en l’air, il retombe en faisant du bruit. Je renouvelle l’expérience — même résultat.
Et je ne m’arrête pas là, je ne me fie qu’à la loi des grands nombres. Idem dans le domaine de la psychologie : je fais tomber mon doudou par terre, mon père me le ramasse. Recommençons pour voir ? Ah oui, ça marche encore, et encore, et encore.
Je me suis aperçue que mes parents se précipitent vers moi pour me prendre dans leurs bras lorsque je m’approche de tel objet brillant, ou que j’essaie d’attraper tel parallélisée rectangle, superposition de centaines de couches fines et douces au toucher, et qui font un drôle de bruit quand on tire dessus.
Pour chaque expérience, nos bébés scientifiques font inlassablement varier les conditions initiales : nature, forme, couleur de l’objet, nature du sol, présence d’un élément liquide ou solide, hauteur, angle de jet… mais aussi horaire dans la journée, température et pression atmosphérique, localisation, obstacles, témoins, acteurs… Les possibilités sont infinies.
Ils mènent bien souvent deux expériences de front, voire trois ou quatre simultanément — une cinquième expérience totalement sans rapport avec les précédentes s’ajoutant même parfois par hasard, au gré des découvertes (quand je lance un peu fort dans telle direction, je m’aperçois que je suis déséquilibrée, et je bascule vers l’arrière).
Et quel plaisir de les voir en séminaire, partageant leurs découvertes respectives, sans égoïsme aucun : aucun n’exigera de l’autre de prendre ses résultats pour argent comptant. Au contraire, chacun sera invité à refaire par lui-même l’expérience. Comme quoi, The Lancet n’a rien inventé.
Et ils ne sont pas là pour leur gloire personnelle, pour les récompenses ou compliments, mais bien pour apprendre et mettre à l’épreuve les lois intrinsèques qu’ils devinent derrière les phénomènes.
Et quelle joie de l’expérience et de la découverte ! Quel appétit toujours renouvelé ! Quelle leçon de choses…



Dernier ajout : 4 décembre. | SPIP

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