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Jeudi 28 mai

28 mai 2020

Des débuts à foison

Chaque jour, écrire au moins une page. Quoi qu’il arrive. Avancer. C’est dur. Une discipline de fer. Certains jours, ça vient avec simplicité, naturel. On croirait un jeu d’eau ravélien (même si je suis à peu près certain que ces jeux d’eau ne devaient pas lui venir aussi simplement que ça non plus). D’autres jours, c’est beaucoup laborieux. Ça s’en ressent sur la page, à la lecture. Hier par exemple, c’était compliqué.
Ces difficultés peuvent bien évidemment s’expliquer de multiples façons, qui ne sont d’ailleurs pas exclusives : l’humeur, le contexte, la température, la nuit passée, l’onirisme… Le sujet aussi.
J’ai dans mes tiroirs (d’ordinateurs) des dizaines de débuts de texte. Commencés par une de ces journée pétillante et pleine d’entrain, ils s’arrêtent au bout de quelques pages, voire quelques lignes. Ce peut être parce qu’on n’a pas la force, pas la motivation nécessaire pour la prolonger le lendemain. C’est si dur de se remettre dans l’état d’esprit bien particulier, le sceau sous lequel est né le texte en question. Ce qui est déjà sur la page semble tellement parfait ! On a l’impression que tout ce qu’on fera souillera cette pureté. Parfois, parce que le texte nous tient à cœur, on poursuit, bien sûr. Et, à force de travail et de labeur, on retrouve (en partie seulement) cette qualité originelle, cette fluidité. Mais d’autres fois, le texte paraît plus anecdotique, et les éventuelles récompenses aux efforts moins attirantes.
Pour d’autres ébauches, on se rend compte qu’on n’a pas les outils nécessaires. Je me sens par exemple particulièrement démuni lorsque j’essaie d’écrire un texte policier, ou théâtral. J’ai essayé plusieurs fois, je ne maitrise pas la chose. J’y vais petit à petit, et je dois jeter beaucoup. Je commence par des fictions avec beaucoup de dialogues, par exemple, pour s’entraîner à l’oralité. Ou à ménager un suspense le temps d’une page, ou d’un chapitre. On verra plus tard pour un livre entier.
D’autres fois encore, cette idée qu’on croyait formidable s’avère un cul-de-sac. Je me demande si ce n’est pas le cas pour Et puis on s’habitua, que j’ai initié au cours du confinement. Les prémisses étaient simples : la situation paraissait (et paraît toujours) tellement dystopique, que j’ai voulu effectivement la traiter comme un récit d’anticipation — en anticipant, aussi, justement ce qui pourrait se passer par la suite.
Hier, cela m’a donné bien du mal. Je me suis demandé comment continuer. Difficile de faire de l’anticipation quand l’avenir semble toujours rattraper le temps de la narration, en la contredisant. Comment parvenir à rester dans sa voie, quand le présent lui-même nous dit que ce n’est vraisemblablement pas la bonne. C’est peut-être la raison pour laquelle la plupart des récits d’anticipation se situe dans un avenir assez lointain pour être déconnecté du présent, et assez proche pour qu’on puisse s’y identifier. Ou alors ils se détachent totalement du réel, par la grâce d’un Deus ex Machina quelconque, qui permet la fameuse « suspension consentie de l’incrédulité » (Willing suspension of disbelief).
Ici, nous sommes au présent, dans un récit d’anticipation qui colle à la réalité.
C’est la quadrature du cercle.



Dernier ajout : 18 septembre. | SPIP

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