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Lundi 25 mai

25 mai 2020

Joyeux anniversaire

On n’écrit pas, on ne crée pas, pour être aimé. Cela paraît une évidence. Mais c’est une évidence parfois difficile à accepter : pas intellectuellement, bien sûr, mais psychologiquement, certainement.
On ne crée pas pour être aimé. Surtout pas de ceux qui nous aiment déjà.
N’en demeure pas moins une petite pointe de déception, lorsque l’on constate que ce qu’on crée ne joue manifestement aucun rôle dans l’affection que certains nous porte — et parmi les plus proches. C’est-à-dire que ce qui, à défaut de nous définir, nous semble l’un des aspects les plus fondamentaux de notre existence, n’augmente ni ne réduit ladite affection.
J’imagine que c’est un reste de cette soif de reconnaissance que l’enfant veut à tout prix étancher auprès de son parent, à tous égards : un jeu, une cabane, un dessin, une danse, un morceau de piano.
Je crois que, voilà quelques années, cette déception frisait presque pour moi la frustration — même si je ne me mettais nullement martel en tête. Aujourd’hui, si elle est toujours là, elle ne provoque plus même un petit pincement.
Je pourrais presque dire que ce petit pincement a laissé la place à une forme d’amusement. Peut-être suis-je finalement sur la bonne voie ? Si ce que j’écris, ce que je crée, commence à intéresser un tant soit peu cette personne qui m’aime, sans rapport avec ce que je crée ou écris, alors peut-être me faudrait-il m’inquiéter ?
Non plus, je pense. Si ça l’intéresse, tant mieux, si ça ne l’intéresse pas, tant pis. La question n’est pas là. N’est plus là. Ne l’a jamais vraiment été.
Une autre question, corollaire, se fait jour toutefois — et on en arrive au sous-titre que j’ai donné à ce texte — : arrivera peut-être un jour (et je crois que, effectivement, c’est arrivé, même si je n’ai pas encore terminé) où je voudrais créer, écrire, quelque chose dont l’objet principal sera d’être un cadeau à cette personne. Ce cadeau doit-il s’adapter à ce que cette personne aime, comme une célébration de cette personne en même temps qu’une confirmation de l’affection qui nous unit ? Ou ce cadeau doit-il être plus clairement l’expression de mon affection pour elle, et donc se manifester par une création, un écrit, qui part de mon moi profond, un écrit dont la sincérité est essentielle, et qui sera donc plus fidèle à ma manière d’écrire (mon « esthétique », si tant est qu’elle existe) qu’aux goûts de la personne ?
C’est, en d’autres termes, le dilemme qui se présente à nous tous, dès lors qu’on veut faire un cadeau à quelqu’un qu’on aime : ce cadeau doit-il lui plaire (et donc correspondre en tout point à ses goûts, à la manière d’un algorithme de site internet commerçant) ? Ou doit-il lui ouvrir de nouveaux horizons (et dont correspondre plutôt aux goûts de celui qui offre) ?
D’un côté, la satisfaction immédiate des besoins de la personne à qui l’on offre — et après tout, pourquoi pas, si c’est son anniversaire par exemple, le principe premier est de lui faire plaisir —, de l’autre, une manière d’enrichir la relation (et, peut-être, de la consolider sur le long terme, mais au prix d’un certain effort, de part et d’autre) en présentant à la personne à qui l’on offre des facettes qu’elle ne soupçonnait de la personnalité de celle qui offre ?
J’avoue : mon choix est fait depuis longtemps. Mais les risques de se planter sont démultipliés : il ne faut pas non plus que ce que la personne à qui je fais un cadeau passe complètement à côté de ce que je veux lui faire découvrir. Je veux quand même lui faire plaisir. Mais je veux lui faire plaisir avec ce que j’aime…
C’est l’un des grands enjeux d’un de mes travaux d’écriture en ce moment. D’autant plus grand que, en réalité, ce n’est pas un cadeau simplement pour un de mes proches, mais pour trois au moins, sinon plus.



Dernier ajout : 30 novembre. | SPIP

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