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Mercredi 20 mai

20 mai 2020

General Pause — Chapitre 12

Le basson n’est pas contagieux : voici le titre d’un grimoire que l’on a retrouvé dans la fameuse amphore de métal incroyablement résistant, au cœur d’un bloc de roche métamorphique. Les avanies du temps nous privent, j’en ai peur, de l’essentiel de son contenu — qui, du reste, ressemble remarquablement à un article d’une revue scientifique spécialisée en histoire et archéologie —, mais cette simple maxime qui lui tient lieu de titre a ouvert la voie à une nouvelle hypothèse, radicale. Celle d’une étrange maladie, au tableau symptomatique encore trouble et diffus, et aux modes de transmission très étrange.
À l’époque, des scientifiques de tous horizons — dans des domaines aussi variés que la médecine, la philosophie, les sciences humaines, l’artisanat et même l’instrumentation — se penchent sur cette maladie funeste. Comme souvent en ces temps obscurantistes, les descriptions sont à la fois très précises et très vagues, procédant autant d’exposés observationnels et pratiques que de convocations divines et croyances chamaniques. Des concepts reviennent sans cesse, mais, nous semble-t-il, sans jamais revêtir le même sens : cette polysémie complique considérablement la compréhension et l’interprétation des textes et, partant, du phénomène en lui-même. Parmi eux, on notera la récurrence des termes « porte » (et ses diverses déclinaisons : portée, portable, import, export, transport, vapor…), « clef » (ou clé, chiffre, déchiffrer, décoder…), « note » (notation, notamment…), « dynamique », « divin » (sphère, religion, liturgie, communion), « oreille » (oreiller, sommeil…) (liste évidemment non exhaustive).
Ces précautions d’usage étant posées, tentons une synthèse de nos connaissances actuelles en la matière.
Le vecteur de cette maladie serait de mystérieuses « notes », qui se déplacent souvent par grappes (ou « clusters ») à la suite les unes des autres ou superposées, toutes ensemble. Elles naissent par « portées » entières, et ce sont également ces « portées » qui les transportent. Ces portées sont aussi des portes, puisqu’elles portent des clefs — pas de clef sans porte.
La maladie serait la plupart du temps asymptomatique et procèderait par crises, souvent violentes, et de durées variables. On observe assez couramment une foule entière prise dans une même crise, collectivement — et même lorsque les membres de cette foule se trouvent à grande distance les unes des autres, connectées seulement par les ondes que nous mentionnions plus haut comme hypothétique cause de la General Pause —, ce qui nous amène à imaginer une réactivation du mal chez un individu, lorsque les individus qui l’entourent sont en pleine crise. Une autre maladie mal connue, et manifestement tout aussi létale, aurait le même comportement : le rire, dont les éclats auraient été contagieux et mortels — même à grande distance.
Mais le transport de ce vecteur semble à la fois immatériel et tout à fait palpable : certains parlent d’éther, de son (une sorte de céréale alors largement utilisée par les médecins pour faciliter le transit — ce qui nous amène à formuler l’hypothèse selon laquelle cette maladie toucherait préférentiellement le système digestif), mais aussi des fameuses ondes dont nous parlions encore à l’instant.
Et c’est là que la chose devient très intéressante : car il semble que, à l’époque qui nous occupe, lesdites ondes ont servi de mode de contagion de la maladie à l’échelle de pays, voire du monde entier. Les personnes atteintes auraient été prises d’une urgence fiévreuse de se filmer en pleine crise. Sachant la propension que la crise d’un individu se communique à un autre, du moment que celui-ci la perçoit, de quelque manière que ce soit, on imagine les chaînes de contagion que cela a pu provoquer, plongeant le monde entier dans une vaste crise collective.



Dernier ajout : 18 septembre. | SPIP

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