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Lundi 18 mai

18 mai 2020

General Pause — Chapitre 11

Nous sommes donc en présence d’une addiction aux informations, permise et nourrie exponentiellement par une occupation toujours plus puissante de toutes les fréquences électromagnétiques. Laquelle, en retour, semble provoquer d’étranges maladies chez les individus. Une véritable pandémie, lit-on souvent dans les journaux intimes qui nous sont parvenus.
Troubles neurologiques, douleurs induites insupportables, vascularites, myocardites, troubles de l’humeur, troubles de la sociabilité, fuite de la société et repli dans des ermitages, hypersensibilité… Le tableau symptomatique est large, varié et inquiétant. Et le plus grave, toujours selon nos témoins, ce sont ces « tumeurs » tueuses qui se développent, de plus en plus nombreuses et de plus en plus meurtrières, ces « cancers » menaçant toutes et tous. Certains de ces témoins, aux invocations plus alarmistes, vont même jusqu’à avancer qu’une forme de sélection naturelle est à l’œuvre pour ne retenir que les individus capables de survivre à ces douches électromagnétiques implacables et inlassables. [1]
Des millions de personnes semblent mourir de ces maladies particulièrement « malignes » nous dit-on. Étonnons-nous ici que les Perséides ne se soient pas saisis de ces témoignages pour appuyer leur théorie guerrière extraterrestre : le terme de « malin » suggère une intelligence supérieure. Mais revenons à l’hypothèse qui nous occupe.
La pandémie ne semble pas avoir commencé à l’époque de la General Pause. Elle lui est largement antérieure. Peut-être de quelques décennies — même si des occurrences du terme « cancer » semble remonter à plus d’un siècle auparavant, avant même que les ondes électromagnétiques ne soient mises au service de l’addiction informationnelle : mais le sens exact de ce terme, hérité de la mythologie antique, aura très bien pu muter entretemps.
Il n’en demeure pas moins que ces témoignages établissent un rapport direct, de cause à effet, entre l’occupation toujours plus généralisée des ondes, et l’explosion pandémique.
Ajoutons ici une petite réserve : l’essentiel de ces témoignages nous vient manifestement de personnes qui sont elles-mêmes victimes de ces maux mystérieux, et on ne peut totalement écarter l’éventualité d’un biais de leur part.
Il n’en demeure pas moins que, les gouvernements mondiaux, sentant le pic pandémique arriver, auraient décidé dans un vieux réflexe qui date des grandes épidémies de pestes quelques siècles plus tôt, de la General Pause. Tout arrêter, dans l’espoir que la pandémie elle-même s’arrête. Sauf que, pour éviter des décompensations parfois violentes, les gouvernements, peut-être sous la pression de groupes d’influenceurs rendu particulièrement puissant par leur richesse, auraient dans le même temps décidé de laisser aux populations le loisir de nourrir les addictions : tabac et alcool, restèrent en vente libre. Et, plus surprenant, les canaux d’addiction informationnelle restèrent également ouverts. Les gouvernements n’avaient-ils pas compris l’origine première de la pandémie ? Et, si oui, quels étaient leurs objectifs ?
Il y a là comme un petit grain de sable dans cette belle théorie, que nous espérons un jour éclaircir. Le résultat aurait cependant été catastrophique : les mesures prises pour lutter contre la pandémie entraînent en effet une saturation des ondes plus importantes encore — et ainsi se serait enclenché un véritable cercle vicieux. La General Pause ne pouvait alors avoir que les conséquences extrêmement néfastes qu’on sait.
Aux quelques menues réserves que nous pouvons émettre au sujet de cette élégante théorie (dont l’ironie mordante n’est pas le moindre des attraits, surtout quand on est familier du genre humain), s’ajoute un problème de taille : que sont ces « cancers » ? Les grimoires parlent en longueur de tumeurs en divers endroits du corps, de maladies systémiques généralisées, de tout un tas de choses très inquiétantes… Mais comment homo sapiens sapiens n’avait-il pas compris comment se débarrasser de ces petites choses ? C’est tellement simple pourtant ! Et qui a jamais entendu parlé d’une tumeur maligne, qui irait jusqu’à tuer le patient ? Quelle idée…

[1C’est d’ailleurs une idée très intéressante, mais ce n’est pas ici l’endroit pour l’explorer plus avant : je n’ai pas la place dans la marge Hé ! Hé ! J’y reviendrai donc dans un prochain opuscule : la fin de l’espèce Homo Sapiens Sapiens, et le trou qu’elle laisse dans l’arbre des grands singes qui permet à toute une biodiversité radicalement nouvelle de l’occuper, a toujours été un phénomène fascinant pour moi !



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