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Samedi 28 mars

28 mars 2020

Le virus se rapproche

La réalité de l’épidémie se fait de plus en plus prégnante dans notre famille confinée. Voilà presqu’une semaine à présent que notre fils aîné présente des petits symptômes. Comme un syndrome grippal à bas bruit : petite fièvre (rarement au-dessus de 38,5°), petits maux de tête et de ventre, une pincée diarrhéique — le tout traité par quelques guilis bien sentis et une dose de doliprane occasionnelle. Le second a présenté des signes similaires 48h plus tard, et la petite dernière il y a deux jours. Mais là où l’aîné (de six ans) semble vouloir parfois en jouer pour attirer l’attention de ses parents (et donc exagère peut-être un brin la gravité de ses symptômes pour arriver à ses fins), les deux autres ont l’air beaucoup moins gênés. Est-ce le virus ? Je ne sais.
Ce que je sais, c’est que les récits que me fait Laure en rentrant du travail sont loin d’être glorieux et/ou rassurants. Et si les tests sont rares, les suspicions de cas sont nombreuses dans son service — lequel réunit des patients souvent déments et séniles, dont le confinement est illusoire et pour lesquels le concept même de gestes barrières est chimérique. Quant aux équipements de protections (qui, de la tête au pied, devraient être changés à chaque fois qu’on voit un patient), ils sont quasi inexistants. L’hécatombe est plus que probable — et l’absence de confirmation par des tests permettra sans doute de passer ces décès sous silence. Du moins dans un premier temps.
Ce que je sais aussi, c’est que, hier soir, en rentrant, Laure était elle-même fiévreuse et très fatiguée, se plaignant de la gorge. Bref, ça se rapproche. Et si je ne suis pas particulièrement inquiet, c’est peut-être parce que je suis dans le déni. Je suis très fort pour ça s’agissant de santé.
Dois-je dès lors cesser tout contact avec elle ? Et les enfants ? Personne n’étant testé, on ne peut que supposer. Faut-il espérer une forme d’immunité acquise ? Et si nous tombons tous deux malades : « qui va s’occuper des enfants ? », comme dirait Fabius… Qu’a prévu le gouvernement dans ce cas ? Je ne suis même pas certain qu’ils y aient songé — ils ont d’autres chats à fouetter. Mais à envoyer les soignants au casse-pipe, les médecins des divers conseils scientifiques dont ils se sont entourés devaient bien imaginer que cela pourrait arriver, non ?
Espérons que ce ne soit pas trop violent.
En attendant, le week-end, je peux travailler. Et cette simple reprise de contact avec une vie un tant soit peu normale me fait l’effet d’un bol d’air.
Et, tant qu’on parle de bol d’air : quelle ironie, n’est-ce pas, que ces deux dernières semaines de confinement aient été bénies d’un temps merveilleux ? Comme si le climat se payait notre tête… On en deviendrait presque animiste : Ô Gaïa, pardonne-nous nos offenses ! Nous essaierons de ne plus (trop) recommencer !



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