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(h)istoire

14 janvier 2011

Étranges ces moments où l’on a la sensation de passer à côté de l’Histoire, de glisser dessus — comme protégé de ces heurts par une fine pellicule, sous-couche limite entre laminaire et turbulent.

Étrange, ce sentiment exaltant d’une liberté conquise et pourtant incertaine, d’un point de non retour, d’une aveugle balance, à portée de main, qui décidera du destin et peut-être de la mort de millions.

Étranges cette indifférence constatée dans les rues de la ville, la froideur intacte de la pierre et du ciel.

Étrange ce vide en moi-même — cette envie d’y croire sans y croire — cette stupeur qui me murmure aussi àquoibon, et que j’aimerais ne pas entendre.

Étrange de n’être qu’un lecteur — au mieux un commentateur — mais à tous égards passifs — à moins que, tels des sportifs sur un terrain, ceux qui souffrent et luttent aujourd’hui n’entendent mes encouragements silencieux qui s’étranglent je ne sais où au-dessus de la Mare Nostrum — croisant peut-être sans le voir, dans le ciel pur qui surplombe quelque ruine romaine, l’avion qui par son départ leur a offert l’espoir.

Étrange de me savoir vivant en cet instant, comme j’aurais pu l’être et l’ai sans doute été en des milliers d’autres instants semblables, cette possibilité ouverte de dire bientôt je me souviens, j’étais occupé à ça, j’ai écrit ce texte à chaud, je l’ai appris par tel article heure par heure de Libération.fr et LeMonde.fr — immédiateté de la chose, plus besoin d’attendre un éventuel bulletin.

Étrange enfin la bassesse de mes préoccupations en cet instant — culpabilité — vanité.



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