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Rien que pour moi

17 mars 2010

Et ce sentiment qui parfois descend sur moi comme un voile, diffus, rémanent, —dé—raisonné, que la ville n’existe que pour moi — destination stricte, individuelle, toujours détournée. Lignes et rames sont miennes, véhicule personnel ; les rues sont pavées (et bitumées) pour mes seuls promenades et itinéraires ; les lieux publics sont mes antichambres, n’attendent que mes pas pas perdus pour tout le monde (pas pour moi en tout cas) ; la ville me porte, m’apporte, à ma porte, à sa portée. Dans ces instants infimes de détachement de l’esprit (comme on lâcherait une seconde une baudruche à l’helium), l’autre est éphémère, meuble, distraction, divertissement, obstacle.

Non pas centre, gravitationnel, plutôt électron, libre, circuit, asservi, toit et outil démesuré, jeu de contraintes imposé par moi seul pour moi seul.

Ainsi à chacun sa ville, indifférent. Les rues que j’abandonne dans mon sillage cessent d’exister, entrent en léthargie, jusqu’à ce que mon regard à nouveau les réveille — serais-je prince charmant qui d’un coup d’œil redonne vie au bleu suspendu.

Émerveillé, j’entre, je plonge, je me noie, en contemplation de cette marée accessoire, qui m’emprunte chaque jour chaque instant mes affaires, les détourne de leurs propos, les gâche et le salit. Et tous ceux-là qui m’écrivent et me dédient tout œuvre.



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