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« Ecrire » la musique

9 juillet 2009

Depuis quelques semaines, je suis confronté à des artistes (souvent des musiciens) qui vont chercher, non seulement leur inspiration, mais leur langage et leurs structures formelles dans d’autres arts que le leur, dans d’autres voyages que ce qui leur est a priori familier. J’ai ainsi, une compositrice qui transpose des techniques cinématographiques (montage, traveling, zoom, profondeur de champ) dans son processus de création et ses méthodes d’écriture, un autre qui, ayant besoin de narration (quelle qu’elle soit) pour créer, s’appuie sur la visite d’un site exceptionnel, ou sur le menu d’un festin de gourmet, un autre encore qui imagine un opéra à partir d’une théorie scientifique (voire une cosmologie), un écrivain qui écrit un film (comme on écrirait la ville, il l’écrit après coup, le décrit — je ne sais pas encore comment, je n’ai pas encore lu le livre en question), et j’en passe et des meilleures. Si cette tendance à l’interdisciplinarité, à la perméabilité entre les arts, n’est pas pour me déplaire, loin de là, elle soulève quelques intéressantes questions quant à mon propre travail — questions que je me suis déjà plusieurs fois posée, mais jamais réellement sous cette forme là.

Il y a quelques temps, en effet, je me demandais comment je pourrais, dans une écriture strictement littéraire, non orale, transposer, par exemple, la fugue, ou le contrepoint, forme si spécifiquement musicale.
Aujourd’hui, la réflexion s’élargit et devient : comment écrire une œuvre littéraire en s’appuyant, pour la forme et les méthodes d’écriture, sur une œuvre musicale — de quelque genre, de quelque période, et de quelque forme qu’elle soit — ?

Pourrai-je jamais écrire une Chaconne ? Ou des variations sur un thème de Diabelli (ça, en fait, ça me paraît beaucoup plus faisable — voir les Exercices de Style de Queneau) ? Une fresque épique sur la Neuvième Symphonie de Beethoven ? Une histoire d’amour sur le Quintette de Schumann (écrire cette histoire est un rêve que je caresse depuis longtemps, et que, d’une certaine manière, j’ai déjà mis en œuvre) ? Un mélodrame tragi-comique sur une symphonie de Mahler (j’ai longtemps cru — avant de le lire, induit en erreur, sans doute, par le film de Visconti — que c’était ce qu’avait fait Mann dans Mort à Venise) ? Un Hai-Ku sur les Cinq pièces pour orchestre opus 10 de Webern ?

Bien sûr, certains chefs-d’œuvre s’y prêteront plus que d’autres : quelques pièces à programme (souvent tirées de livres, ce ne serait que faire le travail inverse… Retomberait-on sur l’original ? ou même approchant ?), les Préludes de Debussy…



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