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Esquisse

21 janvier 2010

Projet Schumann

(Quel coup de génie, ce Schumann : subordonner la forme classique au récit !)

Le projet n’est certes pas des plus simples — le support formel de la musique est une contrainte qui apporte quelques solutions (la forme, bien sûr, mais aussi le ton, le rythme de chaque passage), mais n’est pas sans tendre aussi quelques pièges : comment faire valoir les nuances, les tempos, les articulations différentes de chaque itération du (des) thème(s) (préserver la mélodie de chaque phrase en en changeant le caractère, etc.) ou le rythme, la silhouette ascendante ou descendant d’une formule, une figure, un ornement, etc.

Certes, le quintette est très narratif, mais je pourrais toutefois, éventuellement, torturer orthographe et syntaxe (pas de problème là-dessus), user d’astuces de ponctuation (pauses figurées par des virgules, point virgules et autres, contresujet entre parenthèse, accompagnement dans une subordonnée (ou mélodie, d’ailleurs, c’est parfois l’accompagnement qu’on écoute)) — ah bah oui, parce qu’il y a aussi et toujours ce problème des perceptions, de l’organisation de l’écoute, de la focalisation de l’attention — ou bien dois-je justement laisser tout ça, comme Schumann au bon soin de ses interprètes et auditeurs, au bon soin de mes interprètes et lecteurs ? — et puis donc aussi, pour y revenir encore, user peut-être de la typographie, de la mise en page, mise en espace et volume du texte lui-même (chose qui m’est, disons le tout net, assez étranger — il suffit de jeter un coup d’œil à mes carnets pour le constater).

Et la couleur de la page ? Le travail devient non plus seulement littéraire, mais visuel, transdisciplinaire (à la manière de ces œuvres musicales qui relèvent davantage du théâtre musical). Puis-je me contenter d’outils purement verbaux ? Purement littéraires du moins ? Dois-je m’en contenter ? Ou dois-je en appeler au ballet, à la narration visuelle ?
La question est évidemment biaisée dès le départ. La ponctuation, la notion de paragraphe, comme celle de pagination, sont immédiatement visuelles, qu’on le veuille ou non — ou du moins théâtrales —, qui inscrivent l’acte de lecture dans le temps et l’espace.

Le travail de la langue lui-même fait inéluctablement intervenir un travail musical. C’est incontournable. Même dans l’écriture instinctive qui me sert à présent — que j’asservis ou assers à présent — le son des mots, la courbe même de la phrase résonne (intérieurement) à mes oreilles à mesure que j’écris (c’est d’ailleurs très agaçant, d’autant plus agaçant que, maintenant que je l’ai noté, je n’arrive plus à ne plus entendre cette voix d’un lecteur, d’un écriveur, plutôt, qui écrirait par dessus mon épaule comme on lit, en bougeant les lèvres, en plus, c’est très énervant).

Résultat, ça me coupe la chique et j’arrête pour ce soir mes idioties.

Ça travaille, ça travaille.

Première étape : analyse musico-littérairo-narrative de la partition... (en cours)



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