C’est une voix qui s’élève. Si si, je t’assure, une voix parmi la cacophonie des voix. Elle est rauque et lasse, voilà quelques siècles qu’elle se bat sans relâche, fatiguée par tant d’années de lutte, tant d’hivers qui ont voulu l’éteindre.
C’est une voix qui s’élève. Elle bourdonne à nos sens, sans répit. Elle se noue à la gorge, s’accroche à l’estomac. Son onde est délicate et diaphane, elle assourdit le nombril du monde. Aussi (peu) assurée que son impéril, elle se lézarde comme un (…)
Site de création littéraire plus ou moins expérimentale
Articles les plus récents
-
C’est une voix qui s’élève
3 septembre 2010, par Jérémie Szpirglas -
Déclamation
2 septembre 2010, par Jérémie SzpirglasDéclamation, j’écris ton nom.
Déclamation, je contemple tes quatre syllabes qui me laissent sans voix.
Déclamation, je t’essaie, je me retire tout seul dans mon coin, caché aux regards et aux oreilles, caché aussi du silence, auquel je ne saurais adressé ces quelques mots.
Déclamation, j’aimerais t’aimer autant que tu t’aimes.
Déclamation, j’entends ta voix, j’entends ton bourdonnement qui pavent le sentier de mon verbe.
Et pourtant, j’écris ton nom, et je me rapetisse derrière (…) -
L’ami Schubert
9 août 2010, par Jérémie SzpirglasOn le dit hanté par le spectre de Beethoven, inhibé par la puissance et l’ampleur de sa vision. Mais peut-être est-ce justement l’ombre de ce monument qui fait de Schubert ce qu’il est : le compositeur de l’intime et de la mélancolie. Ce n’est en échouant à l’entreprise beethovenienne qu’il se libère de son emprise et devient l’ami Schubert.
Aux antipodes d’un Beethoven engagé dans une lutte prométhéenne avec le transcendant, Schubert est le contraire d’un démonstratif. Le sentiment (…) -
Inachever le jour
6 août 2010, par Jérémie SzpirglasDix jours loin, sans ville, sans horaire — sans connexion et sans même téléphone : ici, je dois être au beau milieu de cette zone non couverte par les réseaux (moins de trois pour cent du territoire) — il y a un endroit où je peux recevoir internet, signal faible. Je ne l’aurai utilisé que deux fois : la première, deux jours après mon arrivée, pour recevoir un mail attendu. La seconde, demain sans doute, pour envoyer ce texte.
Le jour, on entend le ciel coulisser contre lui-même, et tous (…) -
je lis
29 juillet 2010, par Jérémie Szpirglasje lis
sans penser
je lis
sans se soucier du sens
je lis
sans essayer de comprendre
je lis
je me laisse porter, je me laisse charrier tel lourd alluvion par le courant tranquille du fleuve de ton verbe, sans regarder, sans prêter attention à autre chose que cette simple sensation de glisser, d’être porté, d’être supporté, de planer au-dessus en-dessous du sens, du beau, de l’équilibre
je lis
plutôt que de deviner perspective improbable, je laisse fuir au-delà mon regard (…) -
sans place
28 juillet 2010, par Jérémie Szpirglassans place, les yeux au raz de l’eau, j’en suis tranquillement, consciencieusement le cours, je scrute la berge sans savoir qu’attendre, contemple les falaises abruptes, dont l’à pic rougit dans le soir
l’eau fait masse sur mon corps, les menus arbustes défilent décharnés, vert domine sur bleu, le silence réverbère quelques murmures sur la froide paroi, j’avance sur place, déterminé, les pieds levés en signe d’acceptation
majestueux et froid, indifférent à tout et surtout à moi, le lieu (…) -
Improvisation
27 juillet 2010, par Jérémie Szpirglasdénouer, ôter, abandonner le manteau-carapace qui brille pourtant si fort au soleil, coquille dorée que tu as mis tant de temps à te forger, patiemment, au jour le jour, souffrant à chaque coup de marteau sur les doigts, ne plus avoir ce trait d’ombre dans lequel se fondre
dénouer, ôter, glisser d’un uniforme l’autre, jusque dans cette tenue fameuse qui te vit chuter sans appel, qui te voit sans défense enfin, face contre l’oreiller, face à la nuit dans laquelle tu sais enfin sortir de (…) -
Évidence
11 juillet 2010, par Jérémie Szpirglasvoir enfin l’évidence s’imposer
le vol est souverain — la pièce est écrasée de lumière
visage mêlé, image baigné du jaune éblouissant des mémoires argent(ées)iques
l’élan spontané, comme un geste de dernier espoir, de dernier désespoir, réciproque, assoiffé, plein de gorges serrées
la culpabilité fait détourner la tête, repousser l’évidence
traduction à la terrasse ensoleillée d’un café — débat — sur le tableau noir, l’évidence à nouveau écrite : « (s’)curl up into bed together » (…) -
Surf sur le vague ?
8 juillet 2010, par Jérémie Szpirglassans savoir pourquoi, cette sensation de vague — dérive dans la nuit (souvenir des étonnements d’enfant lors de voyage en train, défilement devant fenêtre imperturbable), flottement des lumières urbaines qui s’écoulent sur l’asphalte chaud — l’oreille cherche, interne, l’équilibre, les repères manquent
le basculement est imperceptible — le visage ne verdit pas, pâlit à peine — les yeux sont secs — les pieds foulent
vague sensation de vague qui l’emporte vers la grève de l’âme — vague (…) -
Dreaming / No Dreaming
7 juillet 2010, par Jérémie SzpirglasRêve à deux pendants.
Deux pendants aux prémices identiques, aux dénouements tout à fait différents.
Dans le premier — sans doute beaucoup plus long que les seuls fragments qui reviennent en mémoire — je sors d’un appartement. Pas le mien (conquête d’un soir ?). Dans le même temps, un narrateur "omniscient" (muni de sa caméra panoramique personnelle) me montre l’entrée dans l’immeuble (immeuble de banlieue, ou de faubourg, résidence dans le jardin propret parsemé de verdure partage les (…)
Inachevé.net