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	<title>Inachev&#233;.net</title>
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	<description>Site de cr&#233;ation litt&#233;raire plus ou moins exp&#233;rimentale</description>
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		<title>Inachev&#233;.net</title>
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		<title>La Chute</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parfois, &#231;a vient d'un coup, sans pr&#233;venir. La commotion est telle que la conscience se suspend quelques instants, on prend cong&#233; de soi, et rien ne parviendra &#224; reconstituer l'absence.
&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre fois, &#231;a vient doucement. On la voit arriver, comme dans un ralenti de cin&#233;ma. On sait ce qu'il faut faire pour l'&#233;viter, on le fait d'ailleurs, mais le destin en a voulu autrement : qu'importe, &#231;a continue, imperturbablement, in&#233;luctablement, fatalement. In&#233;branlablement &#8212; ce qui est quand m&#234;me le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Langues oubli&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parfois, &#231;a vient d'un coup, sans pr&#233;venir. La commotion est telle que la conscience se suspend quelques instants, on prend cong&#233; de soi, et rien ne parviendra &#224; reconstituer l'absence.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre fois, &#231;a vient doucement. On la voit arriver, comme dans un ralenti de cin&#233;ma. On sait ce qu'il faut faire pour l'&#233;viter, on le fait d'ailleurs, mais le destin en a voulu autrement : qu'importe, &#231;a continue, imperturbablement, in&#233;luctablement, fatalement. In&#233;branlablement &#8212; ce qui est quand m&#234;me le comble s'agissant d'une chute. Quelle impuissance ! On retourne en enfance, lorsqu'aucune maitrise n'&#233;tait accord&#233;e. L&#224; aussi, il y a comme une suspension &#8212; mais non pas de conscience, non : de prise sur le monde. L'esprit agit sur le corps, mais le r&#233;el semble avoir d&#233;cid&#233; que le corps est ailleurs, qu'il est comme d&#233;cousu du tissu du monde. En d&#233;rapage incontr&#244;l&#233;, mais sans rien de spectaculaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le choc est moins violent, certes. Les d&#233;g&#226;ts apparents, physiques, manifestes, sont moindres. Mais le trouble psychique, lui, est d&#233;cupl&#233;. Comme une stup&#233;faction qui perdure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bande annonce</title>
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		<dc:date>2026-10-26T10:20:47Z</dc:date>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, et plus largement dans toute l'Am&#233;rique latine, on les appelle &#171; telenovelas &#187; : c'est bien la preuve qu'une certaine filiation existe entre roman et s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e. Les lecteurs du XIXe si&#232;cle suivaient-ils avec autant d'app&#233;tit et d'enthousiasme les Myst&#232;res de Paris que les fans de Game of Throne attendent le prochain massacre ? Ils &#233;taient sans doute moins nombreux en valeur absolue, mais en proportion de la population lettr&#233;e, le club des accrocs devait &#234;tre &#224; peu pr&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, et plus largement dans toute l'Am&#233;rique latine, on les appelle &#171; telenovelas &#187; : c'est bien la preuve qu'une certaine filiation existe entre roman et s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e. Les lecteurs du XIXe si&#232;cle suivaient-ils avec autant d'app&#233;tit et d'enthousiasme les &lt;i&gt;Myst&#232;res de Paris&lt;/i&gt; que les fans de &lt;i&gt;Game of Throne&lt;/i&gt; attendent le prochain massacre ? Ils &#233;taient sans doute moins nombreux en valeur absolue, mais en proportion de la population lettr&#233;e, le club des accrocs devait &#234;tre &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, les images ayant remplac&#233; le verbe, il n'existe plus gu&#232;re de roman feuilleton aujourd'hui &#8212; m&#234;me si BD, comics et mangas, &#233;galement publi&#233;s de mani&#232;re s&#233;quenc&#233;e, incarnent comme un entre-deux entre production &#233;crite et audio-visuelle. Pas s&#251;r qu'un public soit pr&#234;t &#224; suivre non plus &#8212; le potentiel de r&#233;conciliation avec la lecture m&#233;riterait toutefois d'&#234;tre creus&#233;, sinon explor&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours est-il que l'approche litt&#233;raire du feuilleton m'attire ces jours-ci. L'exercice est tr&#232;s diff&#233;rent du roman classique, que l'on peut retravailler constamment, bouleverser dans sa forme et son fond &#224; tout instant &#8212; jusqu'&#224;, bien entendu, l'imprimatur finale. Produire quelques pages coh&#233;rentes au quotidien est d&#233;j&#224;, en soi, un travail colossal. M&#233;nager un suspense, cultiver une attente &#8212; chaque jour renouvel&#233;e &#8212;, voil&#224; encore un d&#233;fi. En revanche, l'&#233;criture feuilletonesque permet des libert&#233;s : digressions, adaptation &#224; l'&#232;re du temps et &#224; l'actualit&#233;, au jour le jour. On peut m&#234;me, a posteriori, recontextualiser un &#233;pisode d&#233;j&#224; publi&#233; &#8212; il suffit de dire, par exemple, que ledit &#233;pisode &#233;tait un r&#234;ve, ou un plan sur la com&#232;te, et pas du tout la r&#233;alit&#233;, quand bien m&#234;me ce n'&#233;tait pas du tout le cas lors de l'&#233;criture. Et rien n'emp&#234;che non plus les flash-backs &#8212; quand bien m&#234;me on ne les aurait pas imagin&#233; a priori. J'aime assez cette mani&#232;re de jouer avec l'&#233;crivain que je fus quelques jours ou quelques mois auparavant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je m'y int&#233;resse aujourd'hui, c'est &#233;videmment que j'ai envie de m'y essayer. Et une derni&#232;re question jaillit alors : le roman feuilleton se pr&#234;te-t-il &#224; tous les genres indiff&#233;remment ? Aujourd'hui, on se rappelle les grandes fresques et &#233;pop&#233;es (et qu'est-ce donc que l'Odyss&#233;e sinon un roman feuilleton ?). Mais peut-on &#233;crire une histoire d'amour feuilletonn&#233;e ? La romance peut-elle se mouler dans les ressorts &#233;pisodiques, c'est-&#224;-dire relevant d'une lecture qui se tiendrait elle-m&#234;me, tout en nourrissant le suspense et l'attente ? &#199;a fonctionne &#224; la t&#233;l&#233;vision&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#231;a pour annoncer l'arriv&#233;e, ici m&#234;me, d'un roman feuilleton dans les prochains mois. Qui sera sans doute une histoire d'amour. Dont j'ai les &#233;l&#233;ments de base, mais aucun des d&#233;veloppements : on verra o&#249; me porte l'inspiration quotidienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; bon lecteur, salut !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Extrapolation III</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article686</link>
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		<dc:date>2026-10-23T12:06:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Petit exercice : se saisir d'un &#233;v&#233;nement anecdotique du quotidien, d'une anfractuosit&#233; du r&#233;el, et l'extrapoler en fiction &#8212; du moins dans ses grandes lignes. &lt;br class='autobr' /&gt; Ils &#233;taient l&#224;, tous les deux, devant moi, et je ne savais auquel m'adresser. Impossible de d&#233;m&#234;ler la hi&#233;rarchie entre les deux. Certes, l'un semblait plus &#226;g&#233;, mais l'autre d&#233;gageait bien plus d'assertivit&#233;. On en serait presque r&#233;duit &#224; recourir &#224; ses pr&#233;jug&#233;s. Ce n'est que plus tard, lorsqu'ils se sont mis &#224; travailler, que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Petit exercice : se saisir d'un &#233;v&#233;nement anecdotique du quotidien, d'une anfractuosit&#233; du r&#233;el, et l'extrapoler en fiction &#8212; du moins dans ses grandes lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ils &#233;taient l&#224;, tous les deux, devant moi, et je ne savais auquel m'adresser. Impossible de d&#233;m&#234;ler la hi&#233;rarchie entre les deux. Certes, l'un semblait plus &#226;g&#233;, mais l'autre d&#233;gageait bien plus d'assertivit&#233;. On en serait presque r&#233;duit &#224; recourir &#224; ses pr&#233;jug&#233;s. Ce n'est que plus tard, lorsqu'ils se sont mis &#224; travailler, que j'ai enfin compris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et que j'ai aussi pu appr&#233;cier ce personnage totalement hors du temps, hors des normes. Rien dans son allure n'impressionne au premier regard. &#199;a vient par petites touches et d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord cette fine barbe, d&#233;sordonn&#233;e : manifestement sans appr&#234;t mais assur&#233;ment gard&#233;e &#224; cette longueur modeste, comme pour ne pas avoir &#224; s'en soucier. Ce corps sec et noueux ensuite, un corps de grimpeur, compromis complexe entre explosivit&#233;, endurance et l&#233;g&#232;ret&#233;. Un corps qui donne le sentiment que tous ses gestes sont mesur&#233;s, habit&#233;s jusqu'au moindre millim&#233;tre, et d&#233;nu&#233; de tout parasite &#8212; v&#234;tu d'un simple T-Shirt malgr&#233; la fraicheur du vent automnal, il ne d&#233;gage pas de puissance, mais de la pr&#233;cision, de la r&#233;flexion : ce sont justement sa pr&#233;cision et son attention qui lui donnent sa force. Tout cela transparait &#233;galement dans son regard, d'une douceur sous laquelle perce une d&#233;termination d'acier &#8212; non pas de r&#233;ussite, mais de r&#233;solution, au sens de la r&#233;solution d'un probl&#232;me apr&#232;s l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis il y a cette voix. Cette voix assez avare de ses mots, mais d'un calme, d'un d&#233;licatesse. Le timbre est soyeux, melliflu. Le genre de voix qui, malgr&#233; sa retenue constante, captive l'oreille. Quand il parle, on se met &#224; &#233;couter de tout son &#234;tre, quand bien m&#234;me ce qu'il dirait n'a que peu d'int&#233;r&#234;t. On l'&#233;coute pour cette seule beaut&#233; de la voix, pas pour ce qu'il dit &#8212; m&#234;me si je suis persuad&#233; qu'un discours port&#233; par cette voix serait bien plus &#224; m&#234;me de convaincre que d'autres, m&#234;me plus affirm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il repart, une question me taraude : comment est cet homme dans son intimit&#233; ? Cette voix est-elle aussi celle qu'il utilise pour parler &#224; ses proches, ceux qui l'aiment ? Celle qu'il utilise lorsqu'il a des remontrances &#224; leur faire ? Je me demande si c'est homme peut &#234;tre violent &#8212; je sais bien que l'habit ne fait pas le moine, et que le plus immonde salaud peut se cacher sous les traits les plus ang&#233;liques. Mais se pourrait-il qu'une telle voix soit capable d'ignominie ? Certainement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est bien ce qui m'attriste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bonimenteur</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article685</link>
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		<dc:date>2026-10-22T08:05:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Au hasard d'une lecture , j'ai r&#233;cemment appris que, outre l'&#233;ventuel musique improvis&#233;e, les premi&#232;res s&#233;ances de cin&#233;ma &#233;tait souvent accompagn&#233;s d'un bonimenteur. Sorte de Monsieur Loyal des (&#233;)toiles, il racontait autant qu'il commentait, expliquait, mettait en exergue, attirait l'attention sur tel ou tel d&#233;tail. Tenant tout &#224; la fois de l'a&#232;de, du conteur, du conf&#233;rencier, du cin&#233;matologue avant l'heure, c'&#233;tait un com&#233;dien, un improvisateur, un ambianceur, toujours &#224; l'&#233;coute de son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Musique(s)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au hasard d'une lecture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; coups de points, de Peter Szendy, &#201;ditions de Minuit, 2013, que je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'ai r&#233;cemment appris que, outre l'&#233;ventuel musique improvis&#233;e, les premi&#232;res s&#233;ances de cin&#233;ma &#233;tait souvent accompagn&#233;s d'un bonimenteur. Sorte de Monsieur Loyal des (&#233;)toiles, il racontait autant qu'il commentait, expliquait, mettait en exergue, attirait l'attention sur tel ou tel d&#233;tail. Tenant tout &#224; la fois de l'a&#232;de, du conteur, du conf&#233;rencier, du cin&#233;matologue avant l'heure, c'&#233;tait un com&#233;dien, un improvisateur, un ambianceur, toujours &#224; l'&#233;coute de son public. Au Japon, on les appelait &#171; benshi &#187;, et de v&#233;ritables comp&#233;titions &#233;taient organis&#233;es pour r&#233;compenser le meilleur &#8212; sur quels crit&#232;res ? &#212; comme j'aimerais le savoir. C'&#233;tait donc &#224; tous &#233;gards une v&#233;ritable performance, une discipline artistique &#224; part enti&#232;re &#8212; h&#233;las &#233;ph&#233;m&#232;re, m&#234;me si le principe de la voix off en est comme une r&#233;manence d&#233;tourn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les benshi ont d&#233;sert&#233; les bords de toile et de sc&#232;ne, les bonimenteurs perdurent &#8212; un peu transform&#233;s toutefois, ils se sont adapt&#233;s. Je ne parle pas des politiques, &#233;ditorialistes ou des influenceurs de tout poil &#8212; ceux-l&#224; abiment le nom de &#171; bonimenteur &#187; d'une mani&#232;re parfaitement inf&#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Votre serviteur, par exemple, en est un. Et fi&#232;rement. N'est-ce pas en effet ce que je fais, au quotidien, lorsque j'&#233;cris par exemple, le texte pour un programme de concert ? Ne suis-je pas l&#224; en train de bonimenter ? De commenter, d'expliquer, d'attirer l'attention. Qu'on appelle &#231;a &#171; donner des clefs d'&#233;couter &#187;, &#171; contextualiser &#187;, &#171; m&#233;diation &#187; ou &#171; vulgarisation &#187;, &#231;a revient au m&#234;me, peu ou prou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, loin de d&#233;consid&#233;rer ce pan-l&#224; de mes activit&#233;s, j'ai plut&#244;t le sentiment qu'il lui conf&#232;re un surcroit de noblesse. Qu'y a-t-il de plus noble pour l'artiste que de revenir &#224; ces racines de saltimbanques &#8212; chaque fois que j'&#233;cris ce mot &#171; saltimbanque &#187;, la premi&#232;re image qui me vient est celle de ces innocents si aimables du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Septi&#232;me_Sceau&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Septi&#232;me Sceau&lt;/i&gt; d'Ingmar Bergman&lt;/a&gt;. Et la seconde, c'est la troupe bigarr&#233;e du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Capitaine_Fracasse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Capitaine Fracasse&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette g&#233;n&#233;alogie du m&#233;tier me confirme en outre dans mon approche de la chose : &#233;crire ce genre de texte, aussi contraint et format&#233; soit-il, exige la m&#234;me rigueur, la m&#234;me fantaisie, la m&#234;me joie du verbe que la plus haute litt&#233;rature. Il n'est pas de &#171; petit &#187; texte et de &#171; grand &#187; texte &#8212; de m&#234;me qu'il n'y a pas de grande et de petite musique &#8212;, que des textes r&#233;ussis et des textes rat&#233;s. &#192; moi d'en r&#233;ussir plus que je n'en rate.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-A_coups_de_points-2925-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#192; coups de points&lt;/i&gt;, de Peter Szendy, &#201;ditions de Minuit, 2013&lt;/a&gt;, que je recommande chaudement&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise d'ado</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article684</link>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En fait, c'est &#231;a. Ce n'est pas plus compliqu&#233; que &#231;a. On est en pleine crise d'ado. On le sait, un ado ne grandit pas de mani&#232;re uniforme : il gagne en maturit&#233; dans certains aspects de sa personnalit&#233;, peut m&#234;me exceller dans certains domaines bien particuliers, mais reste enfant dans d'autres. L'humanit&#233;, c'est pareil, non ? On a des prix Nobel et des psychopathes. Au sein d'un m&#234;me ensemble, l'humanit&#233; excelle dans certains domaines de la connaissance, tout en continuant &#224; jeter son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;En vrac&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En fait, c'est &#231;a. Ce n'est pas plus compliqu&#233; que &#231;a. On est en pleine crise d'ado.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le sait, un ado ne grandit pas de mani&#232;re uniforme : il gagne en maturit&#233; dans certains aspects de sa personnalit&#233;, peut m&#234;me exceller dans certains domaines bien particuliers, mais reste enfant dans d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'humanit&#233;, c'est pareil, non ? On a des prix Nobel et des psychopathes. Au sein d'un m&#234;me ensemble, l'humanit&#233; excelle dans certains domaines de la connaissance, tout en continuant &#224; jeter son jouet pour &#233;prouver la patience de son parent, voir si ledit parent continuera &#224; le lui ramasser pour le lui rendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois ce sont les m&#234;mes. Il suffit de voir certains ing&#233;nieurs de la Tech : des esprits brillants, mais si obnubil&#233;s par leurs d&#233;sirs, si peu enclins &#224; la frustration &#8212; des gamins, il n'y a pas d'autres mots.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, avec les ados, c'est toujours pareil : pas moyen de leur faire ranger leur chambre. Au bout d'un moment, on l&#226;che l'affaire. On se dit que cette envie de r&#233;pandre du p&#233;trole partout, &#231;a lui passera avec l'&#226;ge. Ce je-m'en-foutisme des cons&#233;quences de ses actes, ce d&#233;sir de mort &#233;troitement li&#233;e &#224; sa conviction d'invincibilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me les adultes sont de grands enfants. Et ceux qui sont cens&#233;s enseigner, encadrer, sont les pires ados de tous : incapable de supporter la moindre frustration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, bien s&#251;r, la chambre elle-m&#234;me, elle s'en fout bien si elle est rang&#233;e ou pas. &#199;a ne lui change pas la vie, &#224; la chambre. En revanche, &#231;a va commencer &#224; &#234;tre compliqu&#233; d'y entrer, ne serait-ce que pour l'a&#233;rer, &#233;vacuer l'air vici&#233; qui y stagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand ils auront fini de tout casser, de tout ruiner, &#231;a va co&#251;ter bonbon. On n'aura pas les moyens, &#231;a c'est s&#251;r.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vraiment donner de la confiture &#224; des cochons, moi, je vous le dis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Ce que l'IA fait &#224; la langue</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que &#231;a m'a frapp&#233; &#8212; &#231;a m'est saut&#233; aux oreilles m&#234;me &#8212;, c'&#233;tait il y a presque vingt ans. Au cin&#233;ma. Un film d'espionnage &#171; made in France &#187; &#8212; quand le cin&#233;ma fran&#231;ais voulait encore imiter les audaces d'un Bourne, h&#233;las, sans y mettre ma moindre once d'originalit&#233;. Et cette r&#233;plique, prononc&#233;e par une h&#233;ro&#239;ne en mauvaise posture, ligot&#233;e sur une chaise et en passe d'&#234;tre tortur&#233;e : &#171; Pas moyen que je parle &#187;, dit-elle, pleine de fiel et de provocation. &#171; Pas moyen que je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Langues oubli&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que &#231;a m'a frapp&#233; &#8212; &#231;a m'est saut&#233; aux oreilles m&#234;me &#8212;, c'&#233;tait il y a presque vingt ans. Au cin&#233;ma. Un film d'espionnage &#171; made in France &#187; &#8212; quand le cin&#233;ma fran&#231;ais voulait encore imiter les audaces d'un Bourne, h&#233;las, sans y mettre ma moindre once d'originalit&#233;. Et cette r&#233;plique, prononc&#233;e par une h&#233;ro&#239;ne en mauvaise posture, ligot&#233;e sur une chaise et en passe d'&#234;tre tortur&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pas moyen que je parle &#187;, dit-elle, pleine de fiel et de provocation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pas moyen que je parle &#187;. Du point de vue strictement syntaxique, rien &#224; y redire, c'est fran&#231;ais. Mais c'est en v&#233;rit&#233; une traduction quasi mot pour mot du &#171; No way I'll talk &#187;, qu'on entend si souvent dans les sc&#232;nes du m&#234;me type des s&#233;ries B am&#233;ricaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment cet anglicisme s'est-il gliss&#233; ainsi dans un film fran&#231;ais pur beurre ? Mon explication (qui vaut ce qu'elle vaut), c'est que le sc&#233;nariste &#233;tait biberonn&#233; auxdites s&#233;ries B am&#233;ricaines, mais en version (mal) doubl&#233;e, avec une traduction ni faite ni &#224; faire, et, surtout, contrainte par les besoins du doublage (faire correspondre, &#224; toute force ce qui est entendu avec ce qui est vu).&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis, ce genre de phrase s'entend partout et est entr&#233; dans le langage courant.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me chose pour le &#171; juste &#187; horripilant, que l'on glisse &#224; tout bout de chant &#224; la place d'un &#171; tout simplement &#187; par exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que l'imp&#233;rialisme culturel am&#233;ricain a fait, lentement, s&#251;rement, &#224; notre langue, l'IA est en train de le faire &#224; toute vitesse &#8212; et &#231;a commence encore une fois par les traductions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un grand quotidien fran&#231;ais, je lis ce matin : &#171; Le combat sera long. Une fois qu'on aura atteint la borne, le jour de l'&#233;lection, ils passeront des efforts pour supprimer des &#233;lecteurs &#224; des efforts de subversion &#233;lectorale. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En anglais, j'imagine quelque chose comme &#171; efforts to suppress voters &#187; et &#171; efforts to subvert elections &#187; &#8212; ce qui serait plus justement traduit par &#171; diminuer les droits de vote &#187; ou &#171; restreindre l'acc&#232;s au vote &#187; dans le premier cas et, dans le second, &#171; miner le processus &#233;lectoral &#187;. C'est effectivement plus direct en anglais, plus sinueux en fran&#231;ais, mais plus juste &#8212; m&#234;me si on en comprend parfaitement le sens dans la version publi&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#231;a pour dire qu'on s'habitue vite.&lt;br class='autobr' /&gt;
La langue de l'IA est tr&#232;s polie &#8212; &#224; tous les sens du terme &#8212;, d'une fluidit&#233; exemplaire, et si lisse ! Voil&#224; donc ce vers quoi on va dans notre langue du quotidien, d'abord, singuli&#232;rement, dans nos &#233;crits, puis, rapidement dans nos discussions : du ripolin&#233;, non pas ass&#233;ch&#233;, mais uniforme, sans anfractuosit&#233;, sans faille, sans rien &#224; creuser. Bref : sans individualit&#233;. Exactement comme ces sc&#233;narios qui se ressemblent tous &#224; s'y m&#233;prendre &#8212; jusqu'ici, c'&#233;tait plut&#244;t par peur d'un &#233;chec commercial ; &#224; pr&#233;sent, ce sera par aplatissement des imaginaires. Sans parler des effets r&#233;cursifs de la chose : &#224; force de faire appel &#224; l'IA pour toute production, l'IA produit aujourd'hui, au quotidien, presque plus d'&#233;crits que l'humanit&#233; toute enti&#232;re depuis ses d&#233;buts, et c'est sur ces &#171; nouveaux &#187; &#233;crits que les IA de demain s'entra&#238;nent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des si&#232;cles qu'il s'invente, l'argot s'int&#232;gre toujours, un jour ou l'autre, dans le langage courant &#8212; mais il doit pour s'imposer infuser d'abord lentement de couche sociale en couche sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'IA, elle, infuse toute la soci&#233;t&#233; d'un coup, et ses indiosyncrasies et autres hallucinations auront t&#244;t fait de s'installer parmi nous. &#192; une vitesse vertigineuse !&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas s&#251;r qu'on y gagne autant qu'avec l'argot&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Ville de r&#234;ve</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parmi mes r&#234;ves r&#233;currents, il en est un en inlassable d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ratif &#8212; &#224; la crois&#233;e des chemins entre le &#171; r&#234;ve &#233;trange et p&#233;n&#233;trant / D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime, / Et qui n'est, chaque fois, ni tout &#224; fait la m&#234;me &#187; de Verlaine et &#171; la forme d'une ville / Change plus vite, h&#233;las ! que le c&#339;ur d'un mortel &#187; de Baudelaire. Entre les deux, je suis bien barr&#233; : va falloir &#234;tre au niveau. C'est donc une ville r&#234;v&#233;e. Ville de r&#234;ve, ville dont je r&#234;ve et que je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Et Freud dans tout &#231;a ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parmi mes r&#234;ves r&#233;currents, il en est un en inlassable d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ratif &#8212; &#224; la crois&#233;e des chemins entre le &#171; r&#234;ve &#233;trange et p&#233;n&#233;trant / D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime, / Et qui n'est, chaque fois, ni tout &#224; fait la m&#234;me &#187; de Verlaine et &#171; la forme d'une ville / Change plus vite, h&#233;las ! que le c&#339;ur d'un mortel &#187; de Baudelaire. Entre les deux, je suis bien barr&#233; : va falloir &#234;tre au niveau. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc une ville r&#234;v&#233;e. Ville de r&#234;ve, ville dont je r&#234;ve et que je r&#234;ve &#8212; au sens d'une pure construction de mon onirisme &#224; partir de fragments de cit&#233;s connues, travers&#233;es, visit&#233;es, conjectur&#233;es, entraper&#231;ues au travers d'iconographies diverses &#8212; r&#234;ve d'une ville fantasm&#233;e, &#224; la g&#233;ographie mouvante, qui tient autant de l'italo-espagnole (avec ces couleurs &#224; la dominante brune-orang&#233;e de Sienne) que la flamande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#234;ve commence bien souvent dans la ville basse, au c&#339;ur de laquelle prend naissance une sorte de souterrain &#8212; &#224; moins que ce ne soit une arche per&#231;ant une enfilade de b&#226;timent, &#224; l'instar de ces arcades qui ouvrent vers la Place de l'Amphith&#233;&#226;tre de Lucques. On traverse alors un c&#339;ur historique, qui tient autant du souk que des ruelles &#233;troites pour &#233;viter de cuire au soleil brulant de l'&#233;t&#233;. Au d&#233;tour d'une venelle s'ouvre une placette au chevet d'une cath&#233;drale dont le gothique flamboyant (les sculptures et gargouilles me rappellent le cloitre des Hi&#233;ronymites &#224; Lisbonne) est imm&#233;diatement contredit par les dimensions r&#233;duites. On contourne par le nord pour atteindre le portail et p&#233;n&#233;trer dans l'&#233;difice. Par la magie du r&#234;ve, l'int&#233;rieur semble beaucoup plus vaste qu'attendu. Parfois, la sacristie, au sud de la cath&#233;drale, est flanqu&#233;e des restes d'un cloitre : seul demeure un unique pan du cloitre, ajour&#233;, sur trois &#233;tages, o&#249; l'on peut admirer une statuaire &#233;tonnante m&#234;lant imaginaires antique et chr&#233;tiens. Parfois, une abbatiale aux beaux volumes se trouve l&#224; aussi, accol&#233;e au cloitre et &#224; la cath&#233;drale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du c&#339;ur historique part &#233;galement une petite rue en pente qui rejoint les remparts. Ceux-ci, tr&#232;s hauts, enceignent &#233;galement un vaste terrain vague que j'imagine &#234;tre un cimeti&#232;re, et qui s&#233;pare la ville basse du sentiment d'une citadelle. Entre les remparts et l'&#233;troit lacis de ruelles de la ville se d&#233;veloppe un r&#233;seau complexe et sens dessus dessous &#224; la Maurits Cornelis Escher, on passe des uns aux autres souvent sans s'en rendre compte. En continuit&#233; des remparts, dominant comme elle la ville basse et le terrain vague, elle m'&#233;voque une place forte arabo-andalouse &#8212; mais je ne suis jusqu'ici jamais parvenu &#224; l'atteindre et &#224; l'arpenter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce terme d'arpenter me vient naturellement, et qui me renvoie imm&#233;diatement au m&#233;tier de K. dans Le Ch&#226;teau de Kafka. Et il y a l&#224; en effet quelque chose de cela dans cette silhouette fi&#232;re et inaccessible, dont l'ombre port&#233;e semble prot&#233;ger et menacer en m&#234;me temps. &#192; la r&#233;flexion, le caract&#232;re arabo-andalous de la citadelle me fait penser aux origines jud&#233;o-espagnoles d'une partie de ma famille &#8212; de cette histoire familiale vieille de cinq si&#232;cles que je suis bien incapable de reconstituer, malgr&#233; mes efforts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, des &#233;l&#233;ments s'ajoutent &#224; cette architecture urbaine prolif&#233;rante. Ce week-end, un t&#233;l&#233;ph&#233;rique qui permet de monter du chevet de la cath&#233;drale vers les remparts de la ville haute.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, d'habitude, l'acc&#232;s aux remparts est gratuit. Cette fois, il est payant. Je fais visiter la ville &#224; mes fils et quelques-uns de leurs copains, et je paie 9&#8364; pour tout le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;sert</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est parfois une vision vague, les yeux clos. Une simple s&#233;paration g&#233;n&#233;siaque de deux masses au milieu du noir des paupi&#232;res, anim&#233;s en miroir de vagues vagues aux ondulations &#233;trangement visqueuses. Sentiment d'un soleil couchant.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas &#231;a, le d&#233;sert. Pas &#231;a du tout. Ce n'est pas non plus le vide que le mot convoque tel un synonyme. C'est une image satur&#233;e : satur&#233;e de soleil, satur&#233;e de grains, aux couleurs &#233;galement satur&#233;es. Un vide plein, en somme.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vide sur lequel le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Langues oubli&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est parfois une vision vague, les yeux clos. Une simple s&#233;paration g&#233;n&#233;siaque de deux masses au milieu du noir des paupi&#232;res, anim&#233;s en miroir de vagues vagues aux ondulations &#233;trangement visqueuses. Sentiment d'un soleil couchant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas &#231;a, le d&#233;sert. Pas &#231;a du tout. Ce n'est pas non plus le vide que le mot convoque tel un synonyme. C'est une image satur&#233;e : satur&#233;e de soleil, satur&#233;e de grains, aux couleurs &#233;galement satur&#233;es. Un vide plein, en somme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vide sur lequel le regard achoppe, s'accroche, au moindre d&#233;tail, s'efforce de deviner, de projeter, d'imaginer. L'image est d'une clart&#233; indomptable : elle est figurative, et symbolique, vanit&#233; parabolique. Et dans le m&#234;me temps, c'est sans doute le paysage le plus abstrait qui soit. Qui dit tout et son contraire &#8212; en m&#234;me temps que tout et le contraire de tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce cela, l'abstraction : un vide s&#233;mantique sur lequel projeter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; moins que ce ne soit la d&#233;finition du d&#233;sert : un lieu, un paysage, d&#233;sert&#233; par le sens. Une absence aux fronti&#232;res troubles et incertaines. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sert, oc&#233;an, banquise.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avenir du vide.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Lou</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je ne sais si c'est tous les jours, mais c'est tout comme : je pense &#224; toi. Si souvent. Bouff&#233;es de tendresse et d'images &#8212; de m&#233;moire et de fantasme m&#234;l&#233;s. Tes fr&#232;res et s&#339;ur &#233;galement, du reste. Ton a&#238;n&#233;, c'est souvent avec un peu de fiel accusateur &#8212; envers nous, je te rassure, jamais envers toi, bien au contraire. Il est celui qui a failli te connaitre, qui sans doute a autant esp&#233;r&#233; que redout&#233; ton arriv&#233;e. Celui, aussi, qui a assist&#233; impuissant &#8212; aussi impuissant que nous &#8212; &#224; notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;En vrac&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne sais si c'est tous les jours, mais c'est tout comme : je pense &#224; toi. Si souvent. Bouff&#233;es de tendresse et d'images &#8212; de m&#233;moire et de fantasme m&#234;l&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tes fr&#232;res et s&#339;ur &#233;galement, du reste. Ton a&#238;n&#233;, c'est souvent avec un peu de fiel accusateur &#8212; envers nous, je te rassure, jamais envers toi, bien au contraire. Il est celui qui a failli te connaitre, qui sans doute a autant esp&#233;r&#233; que redout&#233; ton arriv&#233;e. Celui, aussi, qui a assist&#233; impuissant &#8212; aussi impuissant que nous &#8212; &#224; notre d&#233;sarroi, &#224; notre d&#233;sespoir. Celui, enfin, qui se demande peut-&#234;tre, au fond de lui, pourquoi toi et pas lui, et pourquoi pas lui, justement &#8212; pens&#233;e insupportable, tu l'imagines. Pour lui, ton nom prend trop fr&#233;quemment des accents accusateurs, vindicatifs. Un temps, ce fut presque une arme, retourn&#233;e dans une plaie encore b&#233;ante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ton cadet &#233;voque parfois ton immanence dans la famille, rappelant qu'ils sont quatre, et non trois, avec ce sourire lumineux, magique &#8212; &#244; comme j'eusses aim&#233; que tu le connaisses : mais il aurait &#233;t&#233; absolument impossible que vous coexistiez, et il m'est impossible d'imaginer un monde dans lequel il ne serait pas. Se rend-il compte du baume qu'il a d&#233;pos&#233; sur notre blessure ? De quel poids avons-nous inconsciemment charg&#233; ses &#233;paules ? Pour lui, ton nom est comme une &#233;vocation joyeuse des jeux que vous n'auriez finalement jamais pu partager &#8212; ses questions d'une innocence d&#233;sarmante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ta petite s&#339;ur, enfin. Tu es pour elle plus lointain. Elle ne nous entend pas beaucoup parler de toi &#8212; elle te connait sans doute mieux par ce que lui en disent ses fr&#232;res. Il n'emp&#234;che. Elle sait. Elle connait ton existence. Elle s'interroge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous ? Jamais vraiment remis, toujours dans l'appr&#233;hension &#8212; d'&#234;tre orphelins d'un autre enfant. Toujours aussi parents, toujours aussi impuissants, h&#233;las. Face aux avanies de l'intime comme du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je pense &#224; toi. Que serais-tu aujourd'hui ? Tu t'appr&#234;terais &#224; f&#234;ter tes 11 ans. 11 ans ! Je n'aime pas t'imaginer malade. Je pr&#233;f&#232;re t'imaginer joyeux et en pleine sant&#233; &#8212; mais alors pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je replonge dans ces deux mois d'horreurs et d'incertitudes &#8212; sans cependant jamais remettre en question la d&#233;cision, si douloureuse fut-elle. Tout est all&#233; si vite, si vite et si lentement. &#192; peine le temps de te connaitre. Une &#233;toile filante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que serais-tu ? &#192; qui ressemblerais-tu ? Que serait notre vie ? Quel grain de fantaisie y ajouterais-tu ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pour ceux qui seraient int&#233;ress&#233;s par les &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents, je vous invite &#224; lire mon livre &lt;a href=&#034;https://www.le-passeur-editeur.com/catalogue/essais-actualit&#233;/pater-dolorosa/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pater Dolorosa, Le Passeur &#201;diteur&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ceux qui, h&#233;las, seraient en train de traverser cette &#233;preuve, je ne saurais que recommander chaudement les associations : &lt;a href=&#034;https://www.petiteemilie.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Petite &#201;milie&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.association-spama.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;SPAMA&lt;/a&gt; ou encore &lt;a href=&#034;https://www.association-agapa.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Agapa&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;sert(s)</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article679</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.inacheve.net/spip.php?article679</guid>
		<dc:date>2026-10-14T08:14:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;D&#233;sert ?
&lt;br class='autobr' /&gt;
Vide &#8212; &#224; perte de vue.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais encore ?
&lt;br class='autobr' /&gt;
Car l'&#339;il accroche, mouvant, incertain &#8212; for&#231;ant
&lt;br class='autobr' /&gt;
imaginaires, esquisses, reconnaissance.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de plus abstrait &#8212;
&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de moins abstrait &#8212;
&lt;br class='autobr' /&gt;
que le d&#233;sert &#8212; fractalisation
&lt;br class='autobr' /&gt;
du regard &#233;perdu.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Inspire &#224; bout de souffle, &#224; bout d'horizon &#8212;
&lt;br class='autobr' /&gt;
cillement de paupi&#232;res et d'oreilles
&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvertes &#224; tout bruissement
&lt;br class='autobr' /&gt;
Grain de sable,
&lt;br class='autobr' /&gt;
Grain de glace,
&lt;br class='autobr' /&gt;
Grain de son,
&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;cume l&#233;g&#232;re
&lt;br class='autobr' /&gt;
fouettent l'air
&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le souffle imperceptible ou d&#233;chain&#233;.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Moins que le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Langues oubli&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sert ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Vide &#8212; &#224; perte de vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais encore ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Car l'&#339;il accroche, mouvant, incertain &#8212; for&#231;ant&lt;br class='autobr' /&gt;
imaginaires, esquisses, reconnaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de plus abstrait &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de moins abstrait &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
que le d&#233;sert &#8212; fractalisation&lt;br class='autobr' /&gt;
du regard &#233;perdu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inspire &#224; bout de souffle, &#224; bout d'horizon &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
cillement de paupi&#232;res et d'oreilles&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvertes &#224; tout bruissement&lt;br class='autobr' /&gt;
Grain de sable,&lt;br class='autobr' /&gt;
Grain de glace,&lt;br class='autobr' /&gt;
Grain de son,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;cume l&#233;g&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
fouettent l'air&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le souffle imperceptible ou d&#233;chain&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moins que le vide et tout entier rempli &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;nergie min&#233;rale, brute et froide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Diamant pur d'une abstraction primitive et premi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fines veines de sables &#8212; flux d'h&#233;moglobine &#233;corch&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis cette musique inentendue, assourdie, vol&#233;e par l'assoiff&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#338;uvre est consomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



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