Depuis quelques semaines, je suis confronté à des artistes (souvent des musiciens) qui vont chercher, non seulement leur inspiration, mais leur langage et leurs structures formelles dans d’autres arts que le leur, dans d’autres voyages que ce qui leur est a priori familier. J’ai ainsi, une compositrice qui transpose des techniques cinématographiques (montage, traveling, zoom, profondeur de champ) dans son processus de création et ses méthodes d’écriture, un autre qui, ayant besoin de (…)
Site de création littéraire plus ou moins expérimentale
Articles les plus récents
-
« Ecrire » la musique
9 juillet 2009, par Jérémie Szpirglas -
De la météo dans l’écriture
6 juillet 2009, par Jérémie SzpirglasAssommé les yeux sous le poids ont peine à s’ouvrir. Le corps n’est qu’embarras du choix sans espoir de (éviter la complaisance, éviter le nombrilisme) retrouver le sommeil (ça va, un peu nombriliste, mais ça peut encore passer (mais que dire d’ailleurs du “sans espoir”, pourquoi toujours ce désespoir affiché, comme si je me devais cette noirceur pour justifier, légitimer, ma prose) allons donc).
Ces derniers jours, je me suis surpris travaillant (écrivant, jetant, déchirant, découpant, (…) -
« Pas de mal à une mouche »
3 juillet 2009, par Jérémie SzpirglasC’est fou ce que les hommes, même les plus brillants, peuvent être longs à la détente. C’est peut-être une question d’éducation. Ils restent ingénus toute leur vie.
Celui-là, il lui a bien fallu cinquante mètres pour enfin comprendre. Ce n’est qu’après avoir traversé la rue, s’être arrêté ahuri un bon moment devant la vitrine du magasin de fringues en face, que ses yeux se sont enfin écarquillés, dans un béatement enfantin. Il est trop gentil, que voulez-vous. Mais il y a des moments où ça (…) -
IV
21 juin 2009, par Jérémie SzpirglasIl est là, face à toi, et tu as presque oublié qui il est. Tu as oublié pourquoi il est là et même ce que tu lui racontes. Tu parles, et tu es ailleurs. Voilà à quel point tu as l’habitude de ces choses-là. Mécanique. Bien huilée. Tu n’as plus même besoin d’y songer pour les raconter, de les rappeler, de les convoquer — le cliché est là, à disposition, comme s’il était posé sur le buffet, tout près, sous ta main, avec dessus le fantôme magnifique et sublimé, et le sourire qui va avec, prêt à (…)
-
« With a limp »
16 juin 2009, par Jérémie SzpirglasPersonne ne sait ce qui s’est passé, comment c’est arrivé, ni pourquoi. Un jour, tout le monde s’était mis à boiter. Comme ça, du jour au lendemain, de droite ou de gauche sans distinction, on s’était levé un matin et, sans effort ni douleur, on boitait, comme si on avait fait ça toute notre vie. Au bout de quelques semaines, toutefois, plus personne ne s’en étonnait, on acceptait ça comme une nouvelle normalité, c’est tout — un tour de plus que la vie nous jouait, comme l’appendice ou le (…)
-
Plaisir d’écrire
13 juin 2009, par Jérémie SzpirglasRetour sur un travail ébauché — plaisir d’écrire, plaisir de cette sensation de ne plus pouvoir s’arrêter d’écrire, de ne pas vouloir interrompre ce flux qui shunte l’arc synaptique par un sommeil malvenu, tragique de ces nécessités physiques, de ces urgences absurdes qui font venir les larmes pour un rien, intensité exacerbée du sentiment qu’on veut à tous prix éviter de retrouver sur la page — s’éloigner du pathos, se rapprocher de la distance, écrire au loin de soi, écrire cet éclair de (…)
-
J&C (suite)
11 juin 2009, par Jérémie SzpirglasSuite.
Il ne s’est jamais réellement posé la question de quand ou comment ça arriverait. (Comme tout le monde aujourd’hui,) il est tellement persuadé que ça n’arrivera justement jamais, qu’il ne parviendra pas à surmonter sa peur, cette timidité exquise qu’il éprouve auprès d’elle (femme accomplie et décidée — sait ce qu’elle veut et hésite peu pour l’obtenir), cette fidélité aussi, cette amitié absolue qu’il éprouve pour ce maître tout aussi absolu qui a bien voulu le prendre (lui, qui (…) -
Paris — 8 juin 2009 — 5 h 30
9 juin 2009, par Jérémie SzpirglasLa terre lève le soleil, ça a l’air facile, comme si elle le faisait tous les jours. Et pourtant, ce n’est pas rien.
Dans le bleu pâle qui s’annonce, le moindre immeuble — la carcasse vide et décharnée d’un chantier — prend des airs de noblesse et d’éternité — nul besoin d’allure pour avoir la fierté.
Les lumières jaunes et blanches sont éteintes, les fenêtres sont encore neutres.
Il est un moment, dans ce demi-jour, dans cette aube précoce, quelques minutes à peine, où la ville (…) -
Sans-Titre XVIII
29 mai 2009, par Jérémie SzpirglasL’air vibre, tout autour de moi.
Les gestes sont hachés, frénétiques.
Les mots manquent, trébuchent.
Je bégaye, pour la première fois.
Les muscles convulsent, Parkinson n’est pas loin, crispations et tics.
Je bredouille, les syllabes qui viennent sont les mêmes que je babillais enfant, avec des m et du nasal.
La coordination fait soudain défaut, je tomberais à chaque pas. -
Pathos
26 mai 2009, par Jérémie SzpirglasÇa y est.
Il est là.
Il envahit la salle.
L’air en est saturé.
Une torpeur larmoyante nous avale. Tout rond.
Comme une tortue sur le dos, le combat est désespéré, ridicule, risible, perdu d’avance.
On ne pourra y résister, sauf à s’engoncer dans l’armure qu’on aura préparée au préalable, et qui, si du moins elle est suffisamment hermétique, parviendra peut-être à protéger, à abstraire des autres qui communient et vibrent de leurs cinq sens — on les voit, on pourrait, dans (…)
Inachevé.net