Encore un.
Ils sont nombreux. Nombreux, ceux qui essaient de lui ressembler. Qui imitent son look, cultivent le mal rasé, le plus ou moins sale.
Ils oublient toujours que tout ça n’était pour lui qu’apparence. Ce look n’avait de sale et de mal ficelé que ce qu’il renvoyait à l’œil indiscret et myope.
Encore un.
On les repère de loin. Pas même besoin d’être vous. Même moi. Je me dis : encore un.
Ils sont nombreux. Nombreux, ceux qui essaient de lui ressembler. Qui imitent ce qu’ils (…)
Site de création littéraire plus ou moins expérimentale
Articles les plus récents
-
Fragment II
24 février 2010, par Jérémie Szpirglas -
Des grues (bis)
23 février 2010, par Jérémie SzpirglasOn croirait pas comme ça, mais c’est une machine délicate, une grue — un animal doux et familier, dont il faut s’occuper avec amour. J’en suis entouré, de grues. Y en a des tas, par troupeau, qui battent le gravas, font le pied de girafe, en bas de chez moi.
Evidemment, quand je dis ça, on me prend tout de suite pour un ignoble macho, on m’insulte, on me déteste, on me jette des verres d’eau à la figure.
Mais est-ce ma faute, à moi, la polysémie ? Est-ce que je suis responsable, moi, de (…) -
Une grue
22 février 2010, par Jérémie SzpirglasOn croirait pas comme ça, mais c’est une machine délicate, une grue — un animal familier et doux, dont il faut s’occuper avec amour.
Le nom, certes, est mal choisi. Grue — laid, lourd, râpeux en fond de gorge, nécessairement vulgaire. Girafe serait plus approprié, non ? Ce long cou, ces oreilles étranges qui ressemblent à des yeux de poissons fa, cet allure maladroite, gauche, ce déhanché d’adolescente qui a grandi trop vite — et surtout cet air perpétuellement naïf, ingénu, qui semble (…) -
VI
21 février 2010, par Jérémie SzpirglasIl est là, face à toi, et tu as presque oublié qui il est. Tu as oublié la raison de sa présence, ce que tu lui racontes. Tu parles, tu es ailleurs. Voilà à quel point tu as l’habitude de ces choses-là. Mécanique. Bien huilée. Tu n’as plus même besoin d’y songer, de les rappeler, de les convoquer pour les raconter — le cliché est là, à disposition, comme posé sur le buffet, tout près, sous ta main, avec dessus le fantôme magnifique et sublimé, et le sourire qui va avec, prêt à apparaître au (…)
-
Inactivité
20 février 2010, par Jérémie SzpirglasL’inactivité pèserait sur la ville — comme un éternel jour chômé. Même le vent et les nuages sembleraient avoir abandonné leurs postes. Ce ne serait plus que silhouette figée et vaine. Pour la première fois, on entendrait le petit déclic mat et sec des permutateurs électroniques qui continueraient imperturbables à régir les feux de circulation, le grésillement persistant des néons, le battement paresseux de quelque drapeau sur une façade officielle, le souffle des souffleries et chauffages (…)
-
V
19 février 2010, par Jérémie SzpirglasLe téléphone sonne. C’est une ligne spéciale — sonnerie froide et impersonnelle, que tu as fait installer il y a une bonne dizaine d’années. Tu sais que ces appels ne te sont pas vraiment destinés. Un peu comme les vendeurs de fenêtres et double vitrage, les démarcheurs en service commandé pour banques/assurances/agences de voyage, machines loteries. Ces appels ne te sont pas destinés, ils sont pour la veuve, non pour la femme. Depuis le temps, tu sais à quoi t’en tenir.
Tu sais qu’un (…) -
Fragment I
18 février 2010, par Jérémie SzpirglasOn fait un pas en arrière. On s’écarte, les jours passent.
On aura bientôt oublié ce qui faisait le jour hier. Et pourquoi pas ?
Qu’avait-il, ce jour d’hier, de si séduisant, de si confortable ? Juste quelques sentiments à nourrir, quelques susceptibilités à ménager.
S’affranchir — quel beau mot — dépasser — trop juste —
Les talents sont pour si peu dans ce que les rêves suggèrent. Compter sur la force incertaine de la peur pour attiser l’espoir — fatigant.
Pourquoi pas refaire ce (…) -
Fragment
17 février 2010, par Jérémie SzpirglasFragment, éclat, bribe, bris, lambeau, poussière, instant inquantifiable, flash, chute... L’immédiat est indifférent, imperturbable, d’une incohérence propre à son enchaînement, d’une inconsistance propre à son éphémère. L’état d’âme n’est plus, bien trop réservé, bien trop discret. On n’a plus le temps pour ses tours et détours, ses liens vers le désordre. Ou alors mis à l’écart, au ban, inconsidéré. Les yeux fuyants, on lui dénie le droit de s’affirmer, le loisir de se regarder en face. (…)
-
Il pleuvait ce jour-là, mais
16 février 2010, par Jérémie SzpirglasUn an auparavant, il faisait grand beau, une lumière sublime, étincelante, un ciel vierge et presque gai. Ce jour-là, il pleuvait, mais on a eu droit à une brève éclaircie. Non pas une vraie éclaircie — pas souvenir d’un coin de ciel bleu — mais un bref répit parsemé de quelques gouttes qui rendait vains les parapluies, comme sait si bien en offrir les froides perturbations d’avril. Le chargé des pompes funèbres — un costaud, un mastar, un gars bien barraqué, ancien batteur de rock (…)
-
Égarée
15 février 2010, par Jérémie SzpirglasMince, j’étais sûr de l’avoir mise dans ma poche. Ma poche droite, là, celle-là. Je perds jamais rien d’habitude. Et c’est justement ça, la première chose que je perds. De ma vie. Une forme de fatalité, j’imagine. Pas de trou au fond — pantalon neuf. Saloperie de pantalon neuf, elle a du glisser, quand je me suis assis dans le métro. Imagine la gueule du type qui va la retrouver. Et mince, j’ai même pas mis mon nom dessus. J’ai encore mes sens, ceux-là, je ne les ai pas égarés, mais...
Et (…)
Inachevé.net