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	<title>Inachev&#233;.net</title>
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	<description>Site de cr&#233;ation litt&#233;raire plus ou moins exp&#233;rimentale</description>
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		<title>Inachev&#233;.net</title>
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		<title>Regard vide</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



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&lt;p&gt;Petit exercice : se saisir d'un &#233;v&#233;nement anecdotique du quotidien, d'une anfractuosit&#233; du r&#233;el, et l'extrapoler en fiction &#8212; du moins dans ses grandes lignes. &lt;br class='autobr' /&gt; Le parking est quasi d&#233;sert &#8212; il attend son heure, il est encore t&#244;t. Sur l'avenue en contrebas, en revanche, la circulation est dense. Les v&#233;hicules nombreux roulent &#224; petite vitesse, s'immobilisent fr&#233;quemment. On sent dans les br&#232;ves embard&#233;es et les freinages abrupts la nervosit&#233; matinale. Pi&#233;tons et cyclistes apportent une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Petit exercice : se saisir d'un &#233;v&#233;nement anecdotique du quotidien, d'une anfractuosit&#233; du r&#233;el, et l'extrapoler en fiction &#8212; du moins dans ses grandes lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le parking est quasi d&#233;sert &#8212; il attend son heure, il est encore t&#244;t. Sur l'avenue en contrebas, en revanche, la circulation est dense. Les v&#233;hicules nombreux roulent &#224; petite vitesse, s'immobilisent fr&#233;quemment. On sent dans les br&#232;ves embard&#233;es et les freinages abrupts la nervosit&#233; matinale. Pi&#233;tons et cyclistes apportent une touche de fantaisie, comme esquissant des pas de valse au milieu d'un d&#233;fil&#233; militaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce spectacle somme toute sans v&#233;ritable int&#233;r&#234;t que l'homme consid&#232;re, l'air placide. De loin, sa posture sombre et hi&#233;ratique au bord du plateau et l'immobilit&#233; de son visage &#233;voquent celles des sentinelles britanniques dans leurs gu&#233;rites devant Buckingham Palace. Son uniforme d&#233;ment rapidement toute confusion : noir et sans forme, il fond la silhouette dans l'arri&#232;re-plan de bitume.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; y regarder de plus pr&#232;s, sa m&#226;choire est serr&#233;e, presque crisp&#233;e. Son regard est fixe. Il ne semble s'attacher ni &#224; un v&#233;hicule, ni &#224; un passant &#8212; mais bien plut&#244;t contempler ce que ces apparences banales cacheraient : la m&#233;canique &#224; l'&#339;uvre du quotidien, une force myst&#233;rieuse qui conf&#232;rerait une certaine coh&#233;sion au d&#233;filement des images instantan&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
De loin, il paraissait grand, sa stature dominant presque la cl&#244;ture. Camp&#233; sur ses jambes, il semblait maitre de lui-m&#234;me et de ses &#233;motions. &#192; mesure qu'on approche, on observe que ses &#233;paules sont l&#233;g&#232;rement incurv&#233;es vers l'avant, comme m&#233;fiant, en retrait du monde, se gardant d'une incertaine menace.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est bien possible que son esprit soit aussi vide que son regard : il est t&#244;t, il s'est lev&#233; plus t&#244;t encore, et c'est la force machinale de l'habitude qui l'a port&#233; l&#224;, dans un demi sommeil dont il &#233;merge &#224; peine. Mais il est aussi possible qu'il songe &#224; ce qui l'a men&#233; ici, ceux qu'il a laiss&#233;s l&#224;-bas, le p&#233;riple et ses dangers, les morts autour de lui qui continuent de le hanter, les labyrinthes bureaucratiques dont il n'est pas encore sorti &#8212; alors ce vide, cet apparent non-&#233;v&#233;nement qui l'entoure &#224; cet instant, est en comparaison un immense soulagement, presque un bonheur. Ou tout du moins une ti&#233;deur. Il ne sait si &#231;a durera, mais il cueille le jour. Longtemps il n'a pas compris le sens de la formule. &#192; pr&#233;sent il sait. Il sait que cela n'exorcise aucune menace, que cela ne rel&#226;che nulle tension, que cela ne change absolument rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est l&#224;. Pr&#233;sent. &#192; cet instant pr&#233;cis. Personne ne pourra le lui enlever.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un point c'est tout.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'IA d&#233;j&#224; obsol&#232;te : et si le prompt suffisait ?</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'art du prompt ne date pas de l'av&#232;nement des grands mod&#232;les de langage. Bien au contraire. Il remonte bien plus loin dans l'histoire de la cr&#233;ation (artistique ou non). N'&#233;tait-ce pas ce que faisaient d&#233;j&#224; les tenants de l'art conceptuel ? L'&#339;uvre, et par extension, ce qu'ils vendaient aux collectionneurs, n'&#233;tait bien souvent pas un objet mat&#233;riel concret, sur lequel on pouvait mettre la main. C'&#233;tait, comme son nom l'indique, le concept. Libre ensuite &#224; celui qui le souhaiterait de le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'art du prompt ne date pas de l'av&#232;nement des grands mod&#232;les de langage. Bien au contraire. Il remonte bien plus loin dans l'histoire de la cr&#233;ation (artistique ou non).&lt;br class='autobr' /&gt;
N'&#233;tait-ce pas ce que faisaient d&#233;j&#224; les tenants de l'art conceptuel ? L'&#339;uvre, et par extension, ce qu'ils vendaient aux collectionneurs, n'&#233;tait bien souvent pas un objet mat&#233;riel concret, sur lequel on pouvait mettre la main. C'&#233;tait, comme son nom l'indique, le concept. Libre ensuite &#224; celui qui le souhaiterait de le mettre en &#339;uvre. Exemple de concept (que j'invente &#224; l'instant, mais qui existe peut-&#234;tre d&#233;j&#224; : d&#233;corer une pi&#232;ce circulaire d'une frise d&#233;roulant en spirale, du haut jusqu'en bas, toutes les d&#233;cimales de Pi, &#233;crites de plus en plus petit. Un.e commissaire d'exposition ou un.e collectionneur.se se portant acqu&#233;reur de l'&#339;uvre peut, &#224; sa guise (parfois en collaboration avec l'artiste mais pas toujours), construire une pi&#232;ce circulaire ou en utiliser une existante et r&#233;ifier le concept, en choisissant la police, taille, la couleur &#8212; ces choix, auxquels s'ajoute la circonf&#233;rence de la pi&#232;ce, d&#233;terminant le nombre de d&#233;cimales qu'on pourra afficher. L'art conceptuel a donn&#233; naissance &#224; une collection pl&#233;thorique d'&#339;uvre, souvent rest&#233;e &#224; l'&#233;tat virtuelle, ou y &#233;tant retourn&#233;e, imm&#233;diatement l'exposition termin&#233;e. Il n'en demeure pas moins que le concept n'est rien d'autre qu'un prompt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Idem pour les &#171; pitchs &#187; : ces id&#233;es encapsul&#233;es en peu de mots, que l'on sert &#224; un &#233;diteur, producteur et autre financeur, pour vendre un produit (artistique ou non du reste). Le pitch, l&#224; encore, est un prompt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus loin encore dans l'histoire, il me semble me souvenir d'un membre du Cercle d'I&#233;na, ce premier romantisme allemand, qui faisait l'impasse sur l'&#339;uvre litt&#233;raire en tant que telle, pour lui pr&#233;f&#233;rer son principe g&#233;n&#233;rateur, qui pouvait mentionner le sujet (ce qui est &#224; l'&#339;uvre, les enjeux majeurs &#233;voqu&#233;s), les personnages principaux et leurs caract&#232;res saillants, l'intrigue, bross&#233;e &#224; grand trait, voire le ton. Bref : un prompt.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l&#224; cette pens&#233;e radicale : a-t-on vraiment besoin de l'&#339;uvre r&#233;ifi&#233;e, contrainte dans les pauvres limites de sa r&#233;alisation ? La beaut&#233; ne serait-elle pas tout enti&#232;re dans le concept, le prompt ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains professeurs dans mon entourage demandent maintenant &#224; leurs &#233;tudiants, non pas leur copie, mais le prompt qu'ils ont utilis&#233; pour la produire &#8212; le prompt dit parfois autant de la mani&#232;re dont on s'est appropri&#233; un sujet, sans parler de l'angle personnel selon lequel on l'a abord&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En v&#233;rit&#233;, en art comme dans tous les autres domaines, les grands mod&#232;les de langage ne servent &#224; rien, sinon &#224; cela : en exigeant de nous un prompt, ils nous forcent &#224; synth&#233;tiser notre pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au point de devenir totalement inutile.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si un prompt se vendra sans doute moins cher qu'un roman de 250 pages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un g&#233;nie pas comme les autres</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un homme sans qualit&#233; ? Non. Certains ont du g&#233;nie &#8212; du g&#233;nie pour cr&#233;er, du g&#233;nie pour innover, du g&#233;nie pour sublimer, pour transcender, pour galvaniser, transporter, &#233;merveiller, r&#233;volutionner, bouleverser, &#233;mouvoir, &#233;branler, s&#233;duire, hypnotiser, gu&#233;rir, consoler, ranimer, stup&#233;fier, d&#233;couvrir, conceptualiser, r&#233;chauffer les &#226;mes et chauffer les foules. Lui, non. Rien de tout cela. Il &#233;tait pourtant dou&#233; d'un talent absolument unique et fabuleux : celui de ressentir, mieux que quiconque, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un homme sans qualit&#233; ? Non.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains ont du g&#233;nie &#8212; du g&#233;nie pour cr&#233;er, du g&#233;nie pour innover, du g&#233;nie pour sublimer, pour transcender, pour galvaniser, transporter, &#233;merveiller, r&#233;volutionner, bouleverser, &#233;mouvoir, &#233;branler, s&#233;duire, hypnotiser, gu&#233;rir, consoler, ranimer, stup&#233;fier, d&#233;couvrir, conceptualiser, r&#233;chauffer les &#226;mes et chauffer les foules.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lui, non. Rien de tout cela. Il &#233;tait pourtant dou&#233; d'un talent absolument unique et fabuleux : celui de ressentir, mieux que quiconque, les moindres intentions artistiques des &#339;uvres qu'il appr&#233;hendait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'une musique retentisse et il l'&#233;coutait avec une virtuosit&#233; sans pareille : il en ressentait la moindre inflexion, la moindre nuance, son sens cach&#233; le touchait jusqu'au plus profond de son &#234;tre &#8212; tout entier, il &#233;tait empathie, il vivait l'&#233;motion dans sa puret&#233; brute. Pareil lorsqu'il lisait un livre : aussit&#244;t l'intimit&#233; de l'&#233;crivain &#233;tait la sienne, il se retrouvait comme projet&#233; jusqu'aux tr&#233;fonds de son &#226;me, vibrait aux moindres sentiments des personnages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette hypersensibilit&#233; artistique lui procurait des extases sans fin &#8212; et son m&#233;decin s'inqui&#233;tait du reste parfois de ce qu'il prenait pour les sympt&#244;mes d'une maladie cardiaque ou nerveuse myst&#233;rieuse. Il suffisait que notre homme ait lu dans sa salle d'attente un chapitre de roman, un po&#232;me, ou m&#234;me un article de mode d'un magazine f&#233;minin, pour que l'onde des frissons provoqu&#233;es se poursuive en &#233;cho jusque sur la table d'examen.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces &#233;motions avaient &#233;galement un retentissement fort sur son &#233;tat de forme : constamment au bord de l'orgasme artistique, il s'&#233;puisait sans cesse. Quand le besoin irr&#233;pressible le prenait d'&#233;chapper &#224; toutes ces sollicitations, il tentait d'aller se ressourcer &#224; l'&#233;cart de la civilisation, au fond d'une vall&#233;e, dans les confins d'un d&#233;sert, au large, perdu sur la banquise &#8212; et c'&#233;tait alors la beaut&#233; de la nature qui le saisissait, plus imparable encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son m&#233;decin &#233;tait d'autant plus interloqu&#233; qu'il &#233;tait bien incapable, comme tout le monde du reste, de deviner chez son patient ce talent cach&#233;. Ce dernier &#233;tait en effet si d&#233;muni face au verbe qu'il ne trouvait jamais les mots pour exprimer ces s&#233;ismes intimes qui le secouaient &#224; la moindre lecture, au moindre son entendu. Si exceptionnel soit-il, son talent se cantonnait au ressenti, le commentaire lui &#233;tait inaccessible et il apparaissait &#224; tous d'une m&#233;diocrit&#233; fabuleuse. Il ne pouvait faire profiter personne de son don &#8212; pas m&#234;me les artistes qui auraient pourtant beaucoup &#224; apprendre des effets, d&#233;sirables ou secondaires, de leurs &#339;uvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que son c&#339;ur l&#226;cha, &#224; la lecture d'un roman &#224; l'eau de rose &#8212; au moment de l'in&#233;vitable dispute entre les amants : le d&#233;chainement de la ranc&#339;ur et de la jalousie qu'il lisait fut la goutte d'eau qui fit d&#233;border le vase.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le retrouva plusieurs semaines plus tard, avachi dans le fauteuil o&#249; il avait l'habitude de lire, le livre encoure ouvert &#224; la page du crime.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ruines</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Plus rien ne tenait debout. Rien. Faute d'entretien sans doute. Apr&#232;s tout il n'y avait plus personne pour le faire. Et m&#234;me avant cela, plus personne ne savait comment. De temps en temps, une structure d&#233;j&#224; de guingois, brinquebalant au gr&#233; des vents rachitiques, finissait de s'effondrer, cr&#233;ant un petit &#233;boulement qui se propageait, de proche en proche, tel ces dominos align&#233;s &#8212; dans l'un des derniers b&#226;timents encore debout, d'ailleurs, des enfants jadis avaient cr&#233;&#233; un fantastique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Plus rien ne tenait debout. Rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faute d'entretien sans doute. Apr&#232;s tout il n'y avait plus personne pour le faire. Et m&#234;me avant cela, plus personne ne savait comment.&lt;br class='autobr' /&gt;
De temps en temps, une structure d&#233;j&#224; de guingois, brinquebalant au gr&#233; des vents rachitiques, finissait de s'effondrer, cr&#233;ant un petit &#233;boulement qui se propageait, de proche en proche, tel ces dominos align&#233;s &#8212; dans l'un des derniers b&#226;timents encore debout, d'ailleurs, des enfants jadis avaient cr&#233;&#233; un fantastique circuit, mais l'alarme les avait surpris avant qu'ils ne puissent terminer, on les avait appel&#233;, et appel&#233; encore, ils voulaient terminer leur jeu, mais les parents, comme de bien entendu, ne leur en laiss&#232;rent pas l'occasion (avec raison : le danger &#233;tait imminent), alors ils avaient donn&#233; une pichenette au premier domino, mais le manque de de temps les avait emp&#234;ch&#233; de tout v&#233;rifier et seul un petit m&#232;tre s'&#233;tait &#233;tal&#233; de tout son long : les vingt m&#232;tres restant &#233;taient encore debout, et avaient r&#233;sist&#233; contre toute attente &#224; toutes les avanies du temps ; c'&#233;tait bien la seule invention (imparfaite pourtant) qui t&#233;moignaient encore du g&#233;nie humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
De leur c&#244;t&#233;, les continents avaient poursuivi leurs lentes et catastrophiques d&#233;rives. Des m&#233;tropoles enti&#232;res se retrouvaient au sommet des plus hautes cha&#238;nes de montagne &#8212; c'est ainsi qu'un feu de circulation, l&#233;g&#232;rement pench&#233;, marquait la nouvelle plus haute cime du monde, &#224; 9354 m&#232;tres d'altitude, au niveau du cercle polaire arctique (lequel, en raison de la modification progressive de l'axe de rotation de la plan&#232;te, &#233;tait &#224; pr&#233;sent 200 nautiques plus au nord). D'autres cit&#233;s, jadis si arrogantes, gisaient sous des dizaines de m&#232;tres de basaltes et de cendres volcaniques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les eaux s'&#233;chinaient encore, elles aussi, &#224; leur patient labeur, mordant cruellement rocs et b&#233;tons indistinctement, r&#233;duisant les uns et les autres &#224; l'&#233;tat de sable d'une finesse sans pareille. Grignot&#233;es, les falaises faisaient r&#233;guli&#232;rement basculer une tour ou deux dans le ressac. Les canyons creusaient si profond que des lacs, noyant le moindre vestige de pr&#233;sence humaine, &#233;taient parfois n&#233;cessaires pour que l'eau puisse rejoindre la mer. Inutile d'invoquer la col&#232;re de Dieu : la nature se charge tr&#232;s bien elle-m&#234;me des d&#233;luges et d&#233;truit tout aussi bien la moindre esquisse de Babel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout romantique normalement constitu&#233; aurait trouv&#233; l&#224; mati&#232;re &#224; contemplation et paisible m&#233;lancolie &#8212; mais les romantiques, eux aussi, avaient disparu. Il n'y avait pas de raison apr&#232;s tout, non mais sans blague.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les livres eux-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors &#224; quoi bon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>I, II, III, IV et suivantes</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article641</link>
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		<dc:date>2026-08-21T13:43:04Z</dc:date>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans &#8212; mettons &#8212; deux cent mille ans. Peut-&#234;tre davantage &#8212; qui sait ? On verra au Carbone 14 &#8212; ou, peut-&#234;tre, d'ici l&#224;, aura-t-on mis au point une m&#233;thode de datation en fonction des gaz &#224; effet de serre contenus dans l'atmosph&#232;re. Mais revenons &#224; nos moutons : dans deux ou trois cent mille ans, un jeune gar&#231;on, v&#234;tu d'un distille sans doute, se prom&#232;nera dans la lande avec son chien. Lande brul&#233;e par le soleil &#8212; un d&#233;sert, pour &#234;tre honn&#234;te : une suite de collines, toutes plus chauves les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans &#8212; mettons &#8212; deux cent mille ans. Peut-&#234;tre davantage &#8212; qui sait ? On verra au Carbone 14 &#8212; ou, peut-&#234;tre, d'ici l&#224;, aura-t-on mis au point une m&#233;thode de datation en fonction des gaz &#224; effet de serre contenus dans l'atmosph&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais revenons &#224; nos moutons : dans deux ou trois cent mille ans, un jeune gar&#231;on, v&#234;tu d'un distille sans doute, se prom&#232;nera dans la lande avec son chien. Lande brul&#233;e par le soleil &#8212; un d&#233;sert, pour &#234;tre honn&#234;te : une suite de collines, toutes plus chauves les unes que les autres, avec des gouffres un peu partout, mais pas un brin d'herbe. &#199;a et l&#224;, quelques falaises paresseuses trahissent la couche de sable qui recouvre un peu de terre arable et quelques &#224;-pics calcaires creus&#233;s par le vent charg&#233; de particules abrasives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jeune gar&#231;on soudain voit son chien s'aventurer dans une faille ouverte, qui fait comme un siphon dans le sable. Progressant derri&#232;re lui en l'appelant, le voil&#224; qui tombe sur une &#233;norme porte blind&#233;e &#8212; objet inhabituel pour lui, il n'en a jamais vu, il n'a m&#234;me jamais vu de porte tout court &#8212; r&#233;duite comme peau de chagrin, l'humanit&#233;, depuis quelques si&#232;cles, est revenue &#224; un nomadisme opportuniste, un mode de vie qui contredit absolument le principe de porte, rendu si peu pratique par le climat. Fort heureusement, les huisseries de cet imposant obstacle ont &#233;t&#233; grignot&#233; par le temps, l'eau (quand il y en avait encore) le vent, le sable, et le jeune gar&#231;on en vient facilement &#224; bout. P&#233;n&#233;trant l'obscurit&#233;, il allume la petite loupiotte qui lui sert habituellement pour lire le soir en cachette de ses parents, et d&#233;couvre alors, &#233;merveill&#233;, de merveilleuses figures peintes sur les parois. Alertant quelques-uns de ses camarades, ils explorent ensemble le gouffre et tous ses tr&#233;sors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenant conscience de l'ampleur de leur d&#233;couverte, ils appellent l'un de leurs professeurs favoris, qui s'extasie avec eux, et contacte les sp&#233;cialistes du coin. Lesquels se lancent dans le processus de sauvegarde du site aux fins de recherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que les scientifiques travaillent, les gamins, eux, ne r&#234;vent que de remettre le couvert et se mettent &#224; explorer tous les gouffres alentours. Quelle n'est pas leur surprise lorsque, &#224; quelques dizaines de m&#232;tres de la premi&#232;re grotte, ils en d&#233;couvrent une autre, pareillement scell&#233;e, et pareillement d&#233;cor&#233;e &#8212; en tout point identique &#224; la premi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stupeur ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu apr&#232;s, c'est une troisi&#232;me grotte, un autre sosie. Puis une quatri&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde devient fou, les scientifiques, les th&#233;ologiens, tout le monde s'interroge : quelle &#233;tait cette civilisation ? Qui &#233;taient ces anciens ? Pourquoi ces quatre grottes identiques, &#224; quelques centaines de m&#232;tres les unes des autres ? Quel &#233;tait ce culte ? Car il est difficile pour eux de comprendre autrement le ph&#233;nom&#232;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es qui suivent, la nouvelle de la d&#233;couverte se r&#233;pand &#224; la surface du globe telle une train&#233;e de poudre et les touristes affluent. Bient&#244;t, on s'aper&#231;oit que ce succ&#232;s est dommageable pour la sauvegarde de ce quadruple &#8212; et l'on a alors l'id&#233;e d'en faire&#8230; une copie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Non loin de l&#224;, on entreprend un chantier titanesque : copier, le plus fid&#232;lement possible, le site et ses quatre gouffres d&#233;cor&#233;s, afin de r&#233;pondre &#224; la demande touristique sans d&#233;truire le site et entraver les recherches. Quelques d&#233;cennies plus tard, cette copie &#224; son tour souffre de l'affluence monstrueuse des visiteurs, et l'on envisage d'en faire une troisi&#232;me copie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois cent cinquante mille ans auparavant, dans l'une de ces nombreuses grottes, un enfant, voulant se d&#233;barrasser les mains de la poudre argileuse qui les couvraient apr&#232;s avoir longtemps jou&#233; &#224; construire une petite hutte, avait souffl&#233; dessus, r&#233;alisant sur la paroi la premi&#232;re main en n&#233;gatif. Amus&#233;, il reproduisit son geste, ainsi que ses amis et ses parents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques ann&#233;es plus tard, avisant ces premi&#232;res mains en n&#233;gatif qui commen&#231;aient &#224; s'effacer, un visiteur voulut en faire de nouvelle &#8212; pour ne pas que &#231;a se perde, qu'on puisse continuer &#224; en profiter et &#224; garder ce nouveau savoir-faire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Extrapolation II</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



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&lt;p&gt;Petit exercice : se saisir d'un &#233;v&#233;nement anecdotique du quotidien, d'une anfractuosit&#233; du r&#233;el, et l'extrapoler en fiction &#8212; du moins dans ses grandes lignes. &lt;br class='autobr' /&gt; La R&#233;ole, ao&#251;t 2003. Suspendus entre deux lieux de vill&#233;giature, deux maisons amies, nous nous arr&#234;tons l&#224;, en bord de Garonne, pour fuir la chaleur &#233;crasante de cette &#233;t&#233; caniculaire &#8212; dont nous savons d&#233;j&#224; qu'il ne serait que le premier &#8212;, &#224; laquelle notre petite Twingo sans clim nous expose sans r&#233;pit. &#201;cras&#233;e par un soleil (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Petit exercice : se saisir d'un &#233;v&#233;nement anecdotique du quotidien, d'une anfractuosit&#233; du r&#233;el, et l'extrapoler en fiction &#8212; du moins dans ses grandes lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La R&#233;ole, ao&#251;t 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suspendus entre deux lieux de vill&#233;giature, deux maisons amies, nous nous arr&#234;tons l&#224;, en bord de Garonne, pour fuir la chaleur &#233;crasante de cette &#233;t&#233; caniculaire &#8212; dont nous savons d&#233;j&#224; qu'il ne serait que le premier &#8212;, &#224; laquelle notre petite Twingo sans clim nous expose sans r&#233;pit. &#201;cras&#233;e par un soleil br&#251;lant, la petite ville est d&#233;serte, plong&#233;e dans une torpeur h&#233;b&#233;t&#233;e. Tout est ferm&#233; &#8212; c'est peut-&#234;tre ainsi tous les jours, mais sentiment est que les habitants ont adopt&#233; pour un temps la mode espagnole des apr&#232;s-midi ch&#244;m&#233;s. Le seul endroit o&#249; nous trouvons un peu de fraicheur, c'est l'&#233;glise. Nous en avons beaucoup visit&#233;, au cours de ce p&#233;riple : surtout de ces petites &#233;glises romanes qui pavent le chemin de Saint-Jacques. Celle-ci en garde un lointain souvenir, notamment dans son chevet. Mais c'est tout &#8212; pas le portail ouest, par exemple, aux courbes int&#233;rieures lumineuses et &#233;l&#233;gantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s un tour rapide, nous avons pris place sur un banc, dans la nef. Un de ces bancs d'&#233;glise en bois dur et inconfortable, quelle que soit sa position. Bient&#244;t, je m'allonge &#224; moiti&#233;, posant ma t&#234;te sur ses genoux &#8212; elle, assise en tailleur. Elle se penche sur moi pour m'embrasser. Elle aime ces baisers-l&#224;, renvers&#233;s. C'est presque notre baiser-signature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain la porte de l'&#233;glise s'ouvre puis se referme, dans un certain fracas. Le bruit n'est pas si grand, mais l'acoustique l'amplifie et le prolonge, aussit&#244;t suivi d'un petit pas nerveux. C'est une vieille dame, courte et courb&#233;e, le regard farouche derri&#232;re ses petites lunettes cercl&#233;es dor&#233;es. Malgr&#233; la moiteur ambiante, elle est v&#234;tue d'une jupe longue de drap &#233;pais et sombre &#8212; on pense &#224; la robe des Franciscains &#8212; et d'une veste aux manches trop courtes malgr&#233; sa petite taille. Seule d&#233;note sa chemise, large et bouffante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se signe devant le b&#233;nitier, traverse l'&#233;glise, mais n'emprunte pas la trav&#233;e centrale : elle pr&#233;f&#232;re longer le c&#244;t&#233; sud, &#224; l'oppos&#233; de notre banc, pour gagner une petite chapelle o&#249; elle sort de notre champ de vision &#8212; nous imaginons qu'elle prie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout le reste de notre relation, cette petite dame sera une &lt;i&gt;running joke&lt;/i&gt; entre nous. La grenouille de b&#233;nitier de La R&#233;ole. Nous lui avons imagin&#233; bien des id&#233;es, aussi courtes qu'elle, et une vie &#233;tique, confite d'aigreur mal cuite. Le regard courrouc&#233; qu'elle nous a lanc&#233; lorsqu'elle nous a vus nous a sembl&#233; d'un autre temps &#8212; celui des mariages arrang&#233;s et des filles-m&#232;res ostracis&#233;s. Le fait qu'elle soit, avec nous, la seule personne &#224; ne pas &#234;tre recluse chez elle en cet apr&#232;s-midi &#233;touffante nous a interrog&#233;s &#233;galement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre avait-elle, &#224; son insu, emprunt&#233; une machine &#224; voyager dans le temps ? Dans la plupart des fictions repr&#233;sentant des voyages dans le temps, les h&#233;ros sont audacieux, visionnaires. Souvent, c'est eux qui ont con&#231;u la machine ou ont d&#233;couvert le m&#233;canisme du voyage, eux qui se sont lanc&#233;s dans ce dangereux p&#233;riple. Ou alors ils ont en eux la fibre, le talent, le je-ne-sais-quoi qui fera d'eux des h&#233;ros, justement. Mais si c'&#233;tait quelqu'un de totalement ferm&#233; sur lui-m&#234;me ? Quelqu'un d'intol&#233;rant, quelqu'un de fig&#233; dans ses certitudes ? Quelqu'un que rien ne pr&#233;parait &#224; &#231;a ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je repense au passage &#8212; m&#234;me si la comparaison, sans doute, est mal venue &#8212; &#224; cette description de Dora Maar &#226;g&#233;e, qui m'avait tant attrist&#233; : celle qui avait &#233;t&#233; la muse de toute une g&#233;n&#233;ration d'artistes, &#224; commencer par Picasso, celle qui avait &#233;t&#233; elle-m&#234;me une artiste de talent, a fini sa vie antis&#233;mite, homophobe, incarnant tout ce que ses pairs auraient certainement vou&#233; aux g&#233;monies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Extrapolation I</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



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&lt;p&gt;Petit exercice : se saisir d'un &#233;v&#233;nement anecdotique du quotidien, d'une anfractuosit&#233; du r&#233;el, et l'extrapoler en fiction &#8212; du moins dans ses grandes lignes. &lt;br class='autobr' /&gt; &#199;a a commenc&#233; en d&#233;but d'&#233;t&#233;. Chaque fois que je vais courir dans la for&#234;t derri&#232;re chez moi, pass&#233; les 50 m&#232;tres de d&#233;nivel&#233; positif, je le vois. Tous les jours ou presque. Il est l&#224;, assis. Toujours sur la m&#234;me souche. Pas tout &#224; fait &#224; l'or&#233;e du bois, mais pas tr&#232;s loin non plus. &#192; une centaine de m&#232;tres de l'angle du mur que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Petit exercice : se saisir d'un &#233;v&#233;nement anecdotique du quotidien, d'une anfractuosit&#233; du r&#233;el, et l'extrapoler en fiction &#8212; du moins dans ses grandes lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#199;a a commenc&#233; en d&#233;but d'&#233;t&#233;. Chaque fois que je vais courir dans la for&#234;t derri&#232;re chez moi, pass&#233; les 50 m&#232;tres de d&#233;nivel&#233; positif, je le vois. Tous les jours ou presque. Il est l&#224;, assis. Toujours sur la m&#234;me souche. Pas tout &#224; fait &#224; l'or&#233;e du bois, mais pas tr&#232;s loin non plus. &#192; une centaine de m&#232;tres de l'angle du mur que fait le cimeti&#232;re lorsqu'il p&#233;n&#232;tre telle une cogn&#233;e dans la futaie. Chaque jour, je l'attends plus pr&#232;s qu'il n'est v&#233;ritablement &#8212; comme quoi &#231;a ne fait pas de temps que &#231;a et, surtout, les services de l'ONF passent r&#233;guli&#232;rement depuis la mi-juillet, coupant, d&#233;broussaillant &#8212; j'imagine pour pr&#233;venir les incendies &#8212; mais brouillant de ce fait mes rep&#232;res spatiaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est l&#224;. Pench&#233; sur son portable, un petit sac &#224; dos &#224; ses pieds. Toujours dans une m&#234;me tenue l&#233;g&#232;re de sport, bleu marine avec quelques t&#226;ches de blanc et de jaune. Il doit avoir une petite quarantaine d'ann&#233;es et ne r&#233;pond pas volontiers &#224; mes saluts. Les premi&#232;res fois, je pensais qu'il prenait simplement sa pause et que je ne le verrai plus sur mon trajet retour, mais non. Il reste l&#224;, pendant plus d'une heure : il est l&#224; quand j'arrive, que ce soit &#224; 8 heures ou &#224; 11 heures, et encore l&#224; quand je repars, vers 9h30 ou 12h30. Il n'a pas boug&#233;. Parfois j'ai le sentiment qu'il a &#224; la main une cigarette &#8212; ou approchant &#8212;, mais, eu &#233;gard &#224; la s&#232;cheresse du sous-bois, j'essaie de me convaincre que non.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors voil&#224; : que fait-il l&#224; ? Pendant ma course, des tas de sc&#233;narii me traversent la t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re possibilit&#233;, dans le genre du m&#233;lodrame familial : il a perdu son travail mais n'a pas encore os&#233; l'avouer &#224; sa femme. Elle a arr&#234;t&#233; de travailler depuis la naissance, impr&#233;vue, de leurs jumeaux, et compte sur son salaire. Ne trouvant pas en lui le courage d'affronter sa col&#232;re et, surtout, son d&#233;sarroi &#8212; il est l'homme, il a failli &#224; ses responsabilit&#233;s &#8212;, il continue &#224; partir tous les matins. Il va au travail sans y aller. Et retourne le soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me possibilit&#233;, un &#339;il tourn&#233; vers l'espionnage : il planque. Il guette sa cible &#8212; moi ? Note tous ses mouvements. Un peu plus loin dans les sous-bois, il rel&#232;ve ce qu'un de ses informateurs a pu lui laisser dans une boite aux lettres au c&#339;ur d'une vieille souche marqu&#233;e d'une discr&#232;te croix de Saint-Andr&#233;. Il fait partie des services secrets d'un pays hostile, charg&#233; d'organiser une cinqui&#232;me colonne qui devra le moment venu d&#233;sorganiser tous les services de contre-espionnage et de s&#233;curit&#233; fran&#231;ais. Il en profitera pour mettre le feu &#224; la for&#234;t, plongeant Paris tout entier dans une &#233;paisse fum&#233;e asphyxiante qui aveuglera la d&#233;fense a&#233;rienne de la capitale. Moi, simple joggeur, suis le seul &#224; avoir flair&#233; l'entourloupe, mais personne, ni &#224; la DGSI, ni &#224; la DGSE, ni au MI6 ni &#224; la CIA ne me croit &#8212; dans un premier temps du moins. Et je suis, seul contre tous, &#224; lutter, &#224; la fois contre la puissance hostile et contre l'imp&#233;ritie et l'inertie des services. Je ne sais pas manier une arme, mais je peux d&#233;ployer des tr&#233;sors d'inventivit&#233; pour me fa&#231;onner des armes artisanales. &#192; main nue, je terrasse le g&#233;ant qui menace. Je deviens le h&#233;ros du monde libre. &#192; moins que ce ne soit lui qui, justement, sous ses airs patibulaires et apathiques, pr&#233;pare notre d&#233;fense en solitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;me possibilit&#233;, &#224; la Stephen King : c'est un poltergeist, ou un serial killer, qui choisit ses proies parmi les nombreux promeneurs de chien. Il n'aime pas les promeneurs de chien, que voulez-vous. Tous ces promeneurs qui, syst&#233;matiquement, quel que soit le comportement de leur animal, disent : &#171; Il n'est pas m&#233;chant. &#187; Alors pourquoi &#233;prouvent-ils le besoin de le pr&#233;ciser ? S'il n'&#233;tait vraiment pas m&#233;chant, ce ne serait pas la peine de le dire, si ? Enfin bon. Notre homme attend : il se d&#233;barrasse des corps en les plongeant dans l'un des nombreux &#233;tangs sur le plateau arbor&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatri&#232;me possibilit&#233; : il attend Godeau. Auquel cas, on est bien co&#239;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cinqui&#232;me possibilit&#233; : il fuit la chaleur d'&#233;tuve de son appartement. A adopt&#233; cette souche comme ersatz de bureau. Il y prend go&#251;t. Il ne reviendra jamais travailler entre quatre murs, se construira une cabane au fond des bois et &#233;crira de la philosophie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Divine Procrastrination</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article635</link>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Si nous autres, qui pensons avoir toute la vie (si courte soit-elle) devant nous, sommes si souvent enclins &#224; la procrastination, qu'en est-il des dieux, qui ont toute l'&#233;ternit&#233; devant eux ? Repoussent-ils eux aussi au si&#232;cle suivant ce qu'il pourrait faire &#224; la seconde m&#234;me ? Zeus aurait-il la flemme de r&#233;cup&#233;rer la foudre qu'on lui a d&#233;rob&#233;e &#8212; un jour de plus sans orage, que lui importe finalement ? Demeter paresse-t-elle au lit certains matins, se disant qu'elle fera gonfler les &#233;pis de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si nous autres, qui pensons avoir toute la vie (si courte soit-elle) devant nous, sommes si souvent enclins &#224; la procrastination, qu'en est-il des dieux, qui ont toute l'&#233;ternit&#233; devant eux ? Repoussent-ils eux aussi au si&#232;cle suivant ce qu'il pourrait faire &#224; la seconde m&#234;me ? Zeus aurait-il la flemme de r&#233;cup&#233;rer la foudre qu'on lui a d&#233;rob&#233;e &#8212; un jour de plus sans orage, que lui importe finalement ? Demeter paresse-t-elle au lit certains matins, se disant qu'elle fera gonfler les &#233;pis de bl&#233; le lendemain ? Had&#232;s se dit-il parfois qu'il va prendre quelques jours de cong&#233;, laissant les mortels &#224; l'agonie souffrir au bord de l'abyme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si l'on troque les panth&#233;ons antiques pour le dieu unique des religions du livre, cela trancherait l'&#233;ternel d&#233;bat de l'interventionnisme parfois capricieux du tout puissant. Dieu ne se serait pas retir&#233; du monde pour laisser &#224; ses cr&#233;atures leur libre arbitre. Dieu ne se d&#233;sint&#233;resserait pas non plus de l'&#233;volution de sa cr&#233;ation. Dieu ne serait pas en train de punir les impudents que nous sommes &#224; petit feu. Dieu n'aurait pas non plus abandonn&#233; son peuple &#233;lu aux pers&#233;cutions diverses et vari&#233;s, ni son fils au supplice. Il s'est simplement dit : je verrai &#231;a plus tard, je pr&#233;f&#232;re aller faire un petit golf. 18.000 trous, m&#234;me &#224; une vitesse divine, &#231;a prend un peu de temps. Ou alors il ren&#226;cle face &#224; l'ampleur de la t&#226;che : &#171; R&#233;tablir le climat ? Trop fatigant. Je ferai &#231;a un autre jour. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s tout, ne nous a-t-il pas fait &#224; son image ? Pourquoi serait-il exempt des si nombreux d&#233;fauts qui nous accablent, &#224; commencer par celui-ci ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme nous autres repoussant les t&#226;ches qui nous paraissent les plus laborieuses, difficiles ou compliqu&#233;es, dieu pr&#233;f&#232;re aller faire exploser une super-nov&#230; ou jouer avec un trou noir. Parfois, il cr&#233;e une esp&#232;ce ou deux, comme &#231;a, pour ne pas perdre la main, mais sans grande conviction, et sans beaucoup s'appliquer. On pourrait presque dire qu'il b&#226;cle le peu qu'il fait. Bon &#224; tout, propre &#224; rien. Il se laisse aller. Faute d'entra&#238;nement, il n'est plus aussi performant. Il reprend du dessert et prend de la bedaine. Il traine devant sa t&#233;l&#233; en divovision.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors les femmes en Afghanistan, les tyrans &#224; la petite semaine en Iran, en Russie, en Chine, au Soudan&#8230; hypnotis&#233;s par les r&#233;seaux sociaux, scrollant sans fin &#8212; et lui en a encore plus le temps que nous &#8212;, il oublie d'en prendre le temps. Ce n'est pas qu'il nous aime moins. Mais on sait combien les &#233;crans, m&#234;me consomm&#233;s par les parents, sont dommageables au d&#233;veloppement sain des enfants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si ce n'&#233;tait que la procrastination. On le sait peu tol&#233;rant &#224; la frustration et jaloux &#8212; &#224; la limite du pervers narcissisme. Il est peut-&#234;tre aussi un brin vicieux et lubrique quand cela lui prend (apr&#232;s tout, n'a-t-il pas pris son pied &#224; Sodome et Gomorrhe ?), cruel et indiff&#233;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'on croit ou non, peut-&#234;tre ne devrions-nous pas trop attendre du ou des dieux ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Concept(s)</title>
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&lt;p&gt;Il me semble que cela a d'abord &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par les premiers romantiques allemands du Cercle d'I&#233;na &#8212; mais je n'en suis pas s&#251;r : j'ai bien v&#233;rifi&#233;, rapidement, mais je m'appuie surtout sur des souvenirs de lectures et de conversations vieux de vingt ans, il faudra m'excuser : ma m&#233;moire fut jadis aiguis&#233;e comme un sabre de samoura&#239;, mais l'abus des nouvelles technologies l'aura sans doute &#233;mouss&#233;e. Mais revenons &#224; nos moutons, Tristram. Il me semble donc, comme je le disais avant de me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il me semble que cela a d'abord &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par les premiers romantiques allemands du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_romantisme_allemand&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cercle d'I&#233;na&lt;/a&gt; &#8212; mais je n'en suis pas s&#251;r : j'ai bien v&#233;rifi&#233;, rapidement, mais je m'appuie surtout sur des souvenirs de lectures et de conversations vieux de vingt ans, il faudra m'excuser : ma m&#233;moire fut jadis aiguis&#233;e comme un sabre de samoura&#239;, mais l'abus des nouvelles technologies l'aura sans doute &#233;mouss&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais revenons &#224; nos moutons, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vie_et_opinions_de_Tristram_Shandy,_gentilhomme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tristram&lt;/a&gt;. Il me semble donc, comme je le disais avant de me laisser glisser sur la pente d'une m&#233;lancolie bien mals&#233;ante, que la th&#233;orie, historiquement, sortit de la t&#234;te des penseurs de l'&#233;cole d'I&#233;na. Quelle th&#233;orie direz-vous ? Ravis de vous entendre le demander, je m'en vais vous le dire aussit&#244;t : celle de la pr&#233;&#233;minence de l'id&#233;e, du concept, sur sa r&#233;alisation. L'art conceptuel avant l'heure, ou presque : cet art o&#249; l'artiste est le p&#232;re de l'id&#233;e, du principe &#8212; et c'est ce principe qu'il vendra si son &#339;uvre a l'heur de faire l'objet d'une vente &#8212;, sa concr&#233;tisation pouvant certes &#234;tre dirig&#233;e par lui, mais &#233;tant somme toute moins int&#233;ressante que l'id&#233;e elle-m&#234;me. D'un certain point de vue, c'est le concept de brevet ou de propri&#233;t&#233; intellectuelle qui s'invente donc l&#224;. Un concept fort moderne, fort capitaliste, dans lequel certains pourront mettre au jour la pourriture de notre civilisation actuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais passons, Laurence. Et revenons-en &#224; moi, et &#224; mon travail &#8212; le plus important donc, &#224; l'exclusion de tout autre. Eu &#233;gard &#224; ma paresse atavique, &#224; mon inclination &#224; la procrastination, j'aime cette id&#233;e que l'id&#233;e &#8212; le pitch dirait-on aujourd'hui &#8212; prendrait le pas sur le texte lui-m&#234;me. Combien d'id&#233;es de roman ai-je en effet dans mes tiroirs : il suffit de parcourir ces pages pour en d&#233;couvrir quelques dizaines, au bas mot. Toutes ne sont pas bonnes, bien s&#251;r. Certaines ont peut-&#234;tre un brin de potentiel. Disant cela, je mets en r&#233;alit&#233; le doigt sur le n&#339;ud du probl&#232;me : qu'importe, en effet, le sujet d'un roman ? Qu'importe m&#234;me son intrigue ? L'essentiel n'est-il pas ailleurs ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle d&#233;ception. Si l'id&#233;e faisait &#339;uvre, je serais &#224; la t&#234;te d'une bibliographie pl&#233;thorique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou alors ceci : l'&#339;uvre est &#224; entendre dans sa globalit&#233;, du d&#233;but &#224; la fin de la vie cr&#233;atrice de son auteur. Auquel cas, ce sont les id&#233;es qui font &#339;uvre &#8212; entre autres, au m&#234;me titre que les textes effectivement r&#233;dig&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un fait demeure : avec toutes les id&#233;es qui ont un jour jailli dans mon esprit depuis le temps que j'&#233;cris, j'ai assez de mati&#232;re pour tous mes romans &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Se refaire</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; On ne se refait pas. &#187; Il parait. C'est ce qu'on dit en tout cas. Et en tant qu'&#233;crivain, se refait-on ? J'aime &#224; le croire, j'aime &#224; le penser, mais je n'en suis pas persuad&#233;. Certes, je peux citer, de t&#234;te, certains &#233;crivains qui semblent se r&#233;inventer &#224; chaque nouveau livre. Un P&#233;rec, par exemple, qui revisite &#224; chaque aventure litt&#233;raire un genre diff&#233;rent &#8212; mais se refait-il pour autant ? C'est toujours sa persona d'&#233;crivain, ses lubies, ses obsessions, ses n&#233;vroses qui chaque fois (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; On ne se refait pas. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il parait. C'est ce qu'on dit en tout cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et en tant qu'&#233;crivain, se refait-on ? J'aime &#224; le croire, j'aime &#224; le penser, mais je n'en suis pas persuad&#233;. Certes, je peux citer, de t&#234;te, certains &#233;crivains qui semblent se r&#233;inventer &#224; chaque nouveau livre. Un P&#233;rec, par exemple, qui revisite &#224; chaque aventure litt&#233;raire un genre diff&#233;rent &#8212; mais se refait-il pour autant ? C'est toujours sa persona d'&#233;crivain, ses lubies, ses obsessions, ses n&#233;vroses qui chaque fois resurgissent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#231;a pour arriver &#224; ceci : j'aimerais parfois me refaire en tant qu'&#233;crivain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Exemple : j'adore la truculence. J'aime les histoires, les personnages, les situations truculentes. Je m'en repais : Rabelais, &lt;i&gt;les Valeureux, Mangeclous&lt;/i&gt;&#8230; Ces &#233;pop&#233;es improbables, tir&#233;es par les cheveux, burlesques et d&#233;bordantes d'humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Idem pour les &#224;-c&#244;t&#233;s du r&#233;el, rendus possibles par la seule alchimie de la langue et de l'imaginaire : les Kafka, Borg&#232;s, Melville. J'adore.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aimerais pouvoir &#233;crire comme &#231;a. J'adorerais. J'y travaille du reste. &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/anthropocene-jeremie-szpirglas/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anthropoc&#232;ne&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, par exemple, &#233;tait l'une de ces tentatives. Et j'ai dans mes tiroirs &#224; id&#233;es plein d'esquisses et de d&#233;buts de roman qui en rel&#232;vent. Mais suis-je pour autant capable de produire un Bartleby ou un Bartlebooth ? Un Mangeclous ou un Gargantua ? Non pas qu'il soit n&#233;cessaire d'en produire de nouveaux : ils sont l&#224;, ils existent, quelle id&#233;e de vouloir les copier ? Mais un personnage de cette trempe, de cette d&#233;mesure, de cette d&#233;raison ? Oh que oui, j'aimerais. Et pour l'instant, je ne suis parvenu qu'&#224; un pseudo-tueur en s&#233;rie (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique12&#034;&gt;Je suis gu&#233;ri&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;) et &#224; une absurde pile de pont (&lt;i&gt;Anthropoc&#232;ne&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/anthropocene-jeremie-szpirglas/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.publie.net/livre/anthro...&lt;/a&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me dans la com&#233;die romantique &#224; laquelle je m'att&#232;le au quotidien depuis quelques mois, les personnages sont tous dou&#233;s d'une sensibilit&#233; raisonnable, d'une raison sensible. Alors, bien s&#251;r, on me r&#233;torquera que ce genre de texte n'est pas le lieu d'une telle invention hors norme. Possible. Mais la question n'est pas l&#224; : en suis-je m&#234;me capable ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et plus encore : mon amour pour eux vient-il justement de mon incapacit&#233; &#224; les inventer moi-m&#234;me ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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