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	<title>Inachev&#233;.net</title>
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	<description>Site de cr&#233;ation litt&#233;raire plus ou moins exp&#233;rimentale</description>
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		<title>Inachev&#233;.net</title>
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		<title>Se refaire</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; On ne se refait pas. &#187; Il parait. C'est ce qu'on dit en tout cas. Et en tant qu'&#233;crivain, se refait-on ? J'aime &#224; le croire, j'aime &#224; le penser, mais je n'en suis pas persuad&#233;. Certes, je peux citer, de t&#234;te, certains &#233;crivains qui semblent se r&#233;inventer &#224; chaque nouveau livre. Un P&#233;rec, par exemple, qui revisite &#224; chaque aventure litt&#233;raire un genre diff&#233;rent &#8212; mais se refait-il pour autant ? C'est toujours sa persona d'&#233;crivain, ses lubies, ses obsessions, ses n&#233;vroses qui chaque fois (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; On ne se refait pas. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il parait. C'est ce qu'on dit en tout cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et en tant qu'&#233;crivain, se refait-on ? J'aime &#224; le croire, j'aime &#224; le penser, mais je n'en suis pas persuad&#233;. Certes, je peux citer, de t&#234;te, certains &#233;crivains qui semblent se r&#233;inventer &#224; chaque nouveau livre. Un P&#233;rec, par exemple, qui revisite &#224; chaque aventure litt&#233;raire un genre diff&#233;rent &#8212; mais se refait-il pour autant ? C'est toujours sa persona d'&#233;crivain, ses lubies, ses obsessions, ses n&#233;vroses qui chaque fois resurgissent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#231;a pour arriver &#224; ceci : j'aimerais parfois me refaire en tant qu'&#233;crivain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Exemple : j'adore la truculence. J'aime les histoires, les personnages, les situations truculentes. Je m'en repais : Rabelais, &lt;i&gt;les Valeureux, Mangeclous&lt;/i&gt;&#8230; Ces &#233;pop&#233;es improbables, tir&#233;es par les cheveux, burlesques et d&#233;bordantes d'humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Idem pour les &#224;-c&#244;t&#233;s du r&#233;el, rendus possibles par la seule alchimie de la langue et de l'imaginaire : les Kafka, Borg&#232;s, Melville. J'adore.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aimerais pouvoir &#233;crire comme &#231;a. J'adorerais. J'y travaille du reste. &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/anthropocene-jeremie-szpirglas/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anthropoc&#232;ne&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, par exemple, &#233;tait l'une de ces tentatives. Et j'ai dans mes tiroirs &#224; id&#233;es plein d'esquisses et de d&#233;buts de roman qui en rel&#232;vent. Mais suis-je pour autant capable de produire un Bartleby ou un Bartlebooth ? Un Mangeclous ou un Gargantua ? Non pas qu'il soit n&#233;cessaire d'en produire de nouveaux : ils sont l&#224;, ils existent, quelle id&#233;e de vouloir les copier ? Mais un personnage de cette trempe, de cette d&#233;mesure, de cette d&#233;raison ? Oh que oui, j'aimerais. Et pour l'instant, je ne suis parvenu qu'&#224; un pseudo-tueur en s&#233;rie (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique12&#034;&gt;Je suis gu&#233;ri&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;) et &#224; une absurde pile de pont (&lt;i&gt;Anthropoc&#232;ne&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/anthropocene-jeremie-szpirglas/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.publie.net/livre/anthro...&lt;/a&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me dans la com&#233;die romantique &#224; laquelle je m'att&#232;le au quotidien depuis quelques mois, les personnages sont tous dou&#233;s d'une sensibilit&#233; raisonnable, d'une raison sensible. Alors, bien s&#251;r, on me r&#233;torquera que ce genre de texte n'est pas le lieu d'une telle invention hors norme. Possible. Mais la question n'est pas l&#224; : en suis-je m&#234;me capable ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et plus encore : mon amour pour eux vient-il justement de mon incapacit&#233; &#224; les inventer moi-m&#234;me ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Fuir</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le voil&#224; qui se r&#233;sout &#224; fuir. Enfin. &#171; Enfin &#187;, se dit-il. Il en a mis du temps. &#192; prendre sa d&#233;cision. &#192; prendre la fuite. Pas facile. D'autres avant lui ont fui. Parmi ses a&#239;eux. Ils ont pr&#233;par&#233; leur fuite, patiemment, m&#233;thodiquement, sauvant ce qui pouvait l'&#234;tre. D'autres encore, plus lointainement encore, ont esp&#233;r&#233; jusqu'&#224; la derni&#232;re seconde. Mal leur en a pris. Poches vides, familles d&#233;cim&#233;es. Ils ont fui, certes, mais dans quel pi&#232;tre &#233;tat. Le voil&#224; qui se r&#233;sout &#224; fuir. Enfin. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le voil&#224; qui se r&#233;sout &#224; fuir. Enfin. &#171; Enfin &#187;, se dit-il. Il en a mis du temps. &#192; prendre sa d&#233;cision. &#192; prendre la fuite. Pas facile. D'autres avant lui ont fui. Parmi ses a&#239;eux. Ils ont pr&#233;par&#233; leur fuite, patiemment, m&#233;thodiquement, sauvant ce qui pouvait l'&#234;tre. D'autres encore, plus lointainement encore, ont esp&#233;r&#233; jusqu'&#224; la derni&#232;re seconde. Mal leur en a pris. Poches vides, familles d&#233;cim&#233;es. Ils ont fui, certes, mais dans quel pi&#232;tre &#233;tat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voil&#224; qui se r&#233;sout &#224; fuir. Enfin. Sans r&#233;elle m&#233;thode, mais pas compl&#232;tement &#224; la derni&#232;re minute non plus. Par l&#226;chet&#233;. Parce qu'il avait esp&#233;r&#233; r&#233;sister. Au moins un peu. &#199;a demande du courage de r&#233;sister. &#199;a demande de l'ent&#234;tement. De l'espoir, de l'aveuglement, un acte de foi, authentique. Mais envers quoi ? Apr&#232;s tout, la d&#233;ception est partout. Cette l&#226;chet&#233;, la sienne, est aussi celle qu'il voit chez les autres, qui leur a fait baisser les bras avant m&#234;me de lever le poing.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voil&#224; qui se r&#233;sout &#224; fuir. Enfin. Et il se dit que &#231;a va &#234;tre sans fin. Pour aller o&#249; ? Vers quel havre inconnu et hostile ? Vers quel territoire auquel il se gardera bien de s'attacher ? Parce qu'une fuite en appelle une autre, se dit-il. Pourquoi serait-il mieux accept&#233; que l&#224; o&#249; il est n&#233; et o&#249; il se sentirait encore chez lui. L'exil est sans fin : c'est celui de la langue, de l'accent, de la terre. C'est tout cela qu'il quitte. Il ne sait m&#234;me pas s'il regrette. Sans doute un peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voil&#224; qui se r&#233;sout &#224; fuir. Enfin. Il se console en se disant qu'il est un lieu qu'il n'aura jamais &#224; fuir. Un lieu tout au fond de lui, ce lieu qui r&#233;sonne de toutes les musiques, de tous les po&#232;mes. Ce lieu qui, quand il parvient &#224; y retourner, lui fait soudain l&#226;cher les &#233;paules, d&#233;nouer les tripes. C'est vers ce lieu de paix et de beaut&#233; qu'il voudrait fuir. Mais il sait bien que ce lieu n'existe qu'en lui. Que le sentiment de s&#233;curit&#233; qu'il lui procure n'est qu'illusion. Il sait aussi qu'on peut lui arracher. Lui faire oublier jusqu'&#224; son existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voil&#224; qui se r&#233;sout &#224; fuir. Qui se d&#233;solidarise de ses fondations. Qui se disloque. Il est &#224; lui seul d&#233;rive des continents, fission nucl&#233;aire, supernova. Mais discr&#232;tement, silencieusement, dans l'ombre qui succ&#232;de &#224; la fugue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Engagement</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Elle ne le connait pas. Ce qui explique peut-&#234;tre cela. Elle ne le connait pas, elle ne connait rien de lui. Il est comme une page blanche. Son visage est quelconque, ne lui &#233;voque rien. Sa mise est simple, sans aucun signe d'appartenance &#224; quelque communaut&#233; ou classe sociale. C'est au petit matin, l'&#233;t&#233;, une promenade en for&#234;t, tout le monde se ressemble. On ne croise que trois groupes de personnes : d'une part les habitu&#233;s, que sont les promeneurs de chien et les joggeurs, et d'autre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Elle ne le connait pas. Ce qui explique peut-&#234;tre cela. Elle ne le connait pas, elle ne connait rien de lui. Il est comme une page blanche. Son visage est quelconque, ne lui &#233;voque rien. Sa mise est simple, sans aucun signe d'appartenance &#224; quelque communaut&#233; ou classe sociale. C'est au petit matin, l'&#233;t&#233;, une promenade en for&#234;t, tout le monde se ressemble. On ne croise que trois groupes de personnes : d'une part les habitu&#233;s, que sont les promeneurs de chien et les joggeurs, et d'autre part, les randonneurs occasionnels, profitant de la fraicheur qui pr&#233;c&#232;de la torpeur du cagnard &#8212; je sais, j'ai &#233;crit qu'il n'y a que trois cat&#233;gories de personnes, mais recomptez bien, vous verrez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle fait partie des promeneurs de chien, lui des joggeurs. Mais elle ne croit pas l'avoir jamais crois&#233;. Elle ne sait strictement rien de lui, sinon qu'un instant plus t&#244;t, son chien en jappant a saut&#233; joyeusement &#224; sa rencontre. Raison pour laquelle, peut-&#234;tre, suivant en cela l'inclination philanthrope de son animal, elle lui est plut&#244;t bienveillante. Mais c'est surtout parce qu'elle ne sait rien de lui. Difficile de convoquer ses a priori quand on ne sait rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi quand il s'&#233;tale de tout son long un peu plus loin sur le sentier se pr&#233;cipite-t-elle sans h&#233;sitation &#224; sa rescousse, pr&#234;te &#224; d&#233;gainer un mouchoir pour son nez qui saigne, &#224; l'aider &#224; se relever.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ferait-elle preuve d'autant de bont&#233; et de gentillesse si elle savait ? Si elle savait qu'il fait en r&#233;alit&#233; partie de ces gens qu'elle abhorre, de ces gens qui veulent accueillir les migrants, de ces gens qui viennent en aide aux inconnus, de ces gens qui s'affolent d'un climat d&#233;r&#233;gl&#233;, de ces gens qui voudraient ouvrir plut&#244;t que refermer, de ces gens qui ne cherchent pas un bouc-&#233;missaire simple et commode, de ces gens qui pensent que les solutions simplistes sont bien souvent inefficaces, de ces gens qui coupent les cheveux en quatre, de ces gens qui, pense-t-elle, l'emp&#234;che de dire ce qu'elle veut dire, ce que ce qu'elle appelle le bon sens lui dicte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur sur la main, elle se presse, aide, s'enquiert. Il va bien, merci. C'est gentil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et lui, serait-il aussi prompt &#224; accepter cette main charitable, s'il savait le bulletin brun qu'elle met dans l'urne, les insultes qu'elle prof&#232;re souvent, ce cousin qu'elle refuse d'inviter aux f&#234;tes de famille depuis qu'il y a amen&#233; son petit ami, les sombres pens&#233;es que lui inspirent les conspirations qu'elle soup&#231;onne, le m&#233;pris qu'elle &#233;prouve pour le m&#233;tier qu'il pratique et dont elle ne sait pourtant rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
On parle parfois dignit&#233; humaine face &#224; l'adversit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'o&#249; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand les antagonistes se retrouvent-ils enfin ? Le peuvent-ils ? Comment ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Insomnia</title>
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		<dc:date>2026-06-18T07:26:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Depuis la plus tendre enfance, il se voyait comme l'in&#233;luctable perdant d'un combat perdu contre l'insomnie. Un temps, il avait contourn&#233; la lutte, repoussant toutes les nuits le sommeil au plus profond de l'obscurit&#233;, laissant la physiologie faire le reste &#8212; mais c'&#233;tait l'&#233;poque b&#233;nie o&#249; il &#233;tait seul &#224; d&#233;terminer les contours de son cycle nycth&#233;m&#233;ral, &#233;poque r&#233;volue h&#233;las. &#192; sa r&#233;ticence involontaire &#224; l'endormissement s'&#233;taient de surcroit ajout&#233;s d'autres petits obstacles &#224; la s&#233;r&#233;nit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis la plus tendre enfance, il se voyait comme l'in&#233;luctable perdant d'un combat perdu contre l'insomnie. Un temps, il avait contourn&#233; la lutte, repoussant toutes les nuits le sommeil au plus profond de l'obscurit&#233;, laissant la physiologie faire le reste &#8212; mais c'&#233;tait l'&#233;poque b&#233;nie o&#249; il &#233;tait seul &#224; d&#233;terminer les contours de son cycle nycth&#233;m&#233;ral, &#233;poque r&#233;volue h&#233;las. &#192; sa r&#233;ticence involontaire &#224; l'endormissement s'&#233;taient de surcroit ajout&#233;s d'autres petits obstacles &#224; la s&#233;r&#233;nit&#233; vesp&#233;rale &#8212; obstacles certes adorables mais qui n'en g&#233;n&#233;rait pas moins &#233;nervements, inqui&#233;tudes, &#233;nur&#233;sies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Exception faite de cette parenth&#232;se enchant&#233;e, chaque soir depuis aussi loin qu'il s'en souvenait, il avait recours &#224; un rituel. Rituel appris, auto-impos&#233;, peaufin&#233; au fil des semaines et des mois &#8212; un rituel qui lui semblait avoir mieux fonctionn&#233;, ou plus fr&#233;quemment peut-&#234;tre, que tout autre, du moins quand il parvenait &#224; s'y tenir &#8212; un rituel auquel il revenait invariablement : il se racontait des histoires. Des histoires dont il &#233;tait le h&#233;ros, bien s&#251;r. Tour &#224; tour espion, m&#233;decin, pilote d'avion, ou tout simplement lui-m&#234;me, entour&#233; de ses proches et amis. Il faisait face &#224; des d&#233;fis formidables, des &#233;l&#233;ments d&#233;chain&#233;s, ou au contraire &#224; un calme si plat qu'un canal s'&#233;tait pendu. Quand il &#233;tait plus jeune, il s'imaginait rencontrer enfin l'amour fou. Depuis qu'il l'avait rencontr&#233;, il s'imaginait ne pas le perdre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seulement, ce rituel eut bient&#244;t un d&#233;faut : il marchait trop bien. Pire, la technique &#233;tait si efficace que l'histoire n'avan&#231;ait jamais. Et quand il &#233;tait parvenu &#224; la faire avancer, il oubliait le lendemain l'&#233;pisode pr&#233;c&#233;dent, perdu dans les brumes de l'assoupissement, et se voyait contraint et forc&#233; &#224; reprendre toujours au m&#234;me endroit.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il parvenait enfin &#224; dormir, il le vivait comme un v&#233;ritable drame, sinon un authentique cauchemar. Parce que notre homme aurait voulu se rappeler de ces fables et les &#233;crire : elles lui semblaient si fabuleuses, il &#233;tait persuad&#233; qu'elles lui apporteraient enfin le succ&#232;s qu'il recherchait &#8212; best-seller, blockbuster. Il se rappelait cette anecdote racont&#233;e par Alfred Hitchcock &#224; Fran&#231;ois Truffaut, d'un sc&#233;nariste qui se r&#233;veille chaque matin avec la certitude d'avoir r&#234;v&#233; d'une histoire exceptionnelle, dont il ne garde h&#233;las aucun souvenir. Il d&#233;cide un soir de poser sur sa table de nuit un papier et un crayon dans l'espoir que, dans un demi-sommeil, il y consigne l'id&#233;e aussit&#244;t r&#234;v&#233;e. Le lendemain matin, alors qu'il est en train de se raser, il se dit : &#171; Zut ! J'ai encore r&#234;v&#233; d'un sc&#233;nario formidable, et j'ai oubli&#233;. &#187; Puis se rappel : il se jette fr&#233;n&#233;tiquement sur son carnet et lit : &lt;i&gt;&#171; Boy meets girl (un gar&#231;on rencontre une fille). &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire du personnage incarn&#233; par Gary Cooper dans &lt;i&gt;La Huiti&#232;me femme de Barbe-Bleue&lt;/i&gt; de Lubitsch, qui esp&#232;re trouver le sommeil en &#233;pelant &#171; Tch&#233;coslovaquie &#187; &#224; l'envers et finit par tomber amoureux de la femme qui lui a donn&#233; ce conseil, notre homme, lui, ne parvenait jamais &#224; retenir ces fugaces instants de cr&#233;ativit&#233; pure et magique qu'il &#233;tait parvenu &#224; se procurer lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gare &#224; ce &#224; quoi tu aspires : c'est souvent par l&#224; que tu seras le plus s&#233;v&#232;rement puni.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Et si on n'a rien &#224; dire ?</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article613</link>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est une expression toute faite, pleine de bienveillance sans doute, mais qui a le don de m'agacer au plus haut point : &#171; Cet.te artiste-l&#224;, il.elle a des choses &#224; dire. &#187; Bien souvent, ma premi&#232;re r&#233;action c'est : &#171; Encore heureux ! Et puis quoi encore ? S'il.elle n'avait rien &#224; dire, il.elle fermerait sa gueule, non mais sans blague ! &#187; Et puis ma deuxi&#232;me : &#171; L'important, ce n'est pas qu'il.elle ait des choses &#224; dire (artiste/&#224; dire : je viens de commettre un petit lapsus clavier&#230;), (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une expression toute faite, pleine de bienveillance sans doute, mais qui a le don de m'agacer au plus haut point : &#171; Cet.te artiste-l&#224;, il.elle a des choses &#224; dire. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien souvent, ma premi&#232;re r&#233;action c'est : &#171; Encore heureux ! Et puis quoi encore ? S'il.elle n'avait rien &#224; dire, il.elle fermerait sa gueule, non mais sans blague ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis ma deuxi&#232;me : &#171; L'important, ce n'est pas qu'il.elle ait des choses &#224; dire (artiste/&#224; dire : je viens de commettre un petit lapsus clavier&#230;), c'est la mani&#232;re dont il.elle les dit. C'est la forme, l'expressivit&#233;, la media qui les transmet (vive le pl&#233;onasme), par lequel ce message, ce sentiment, transite, et sa capacit&#233; &#224; faire entrer l'autre en r&#233;sonance. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, j'ai bien conscience d'enfoncer ici des portes ouvertes. Mais que se passe-t-il si on a la forme, si on a le media, si on sait toucher, si on sait faire vibrer l'autre, mais qu'on n'a rien &#224; dire ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Raymond Devos disait : &#171; Vous n'avez rien &#224; dire, mais parlons-on ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parler pour ne rien dire &#8212; on en connait tous des gens qui passent leurs vies &#224; &#231;a. Alors pourquoi ne pas cr&#233;er pour ne rien dire. Cr&#233;er pour cr&#233;er, sans &#232;thos, sans rien &#224; exprimer. Du blanc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le pire n'est pas l&#224; : le pire est dans la prise de conscient, non pas qu'on n'a rien &#224; dire, mais du sentiment que ce qu'on a &#224; dire n'a pas vraiment d'importance, ne vaut pas de voler du temps &#224; l'autre &#8212; car, apr&#232;s tout, l'artiste vole du temps, de l'attention, de la bande passante, m&#234;me &#224; son public, c'est un fait : ou s'il ne le lui vole pas, du moins l'&#233;change-t-il justement contre cet &#232;thos qu'il convoque en lui &#8212; frisson, plaisir, effroi&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors si souvent, cette question quand je parle de mon m&#233;tier : &#171; Et ton livre, de quoi parle-t-il ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Non pas : &#171; Qu'est-ce qu'il raconte ? &#187; mais &#171; De quoi parle-t-il ? &#187; Au sens de : quel en est le sujet, quel d&#233;bat vient-il nourrir ou susciter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains de mes textes, de fait, ont un sujet (la &lt;a href=&#034;https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique12&#034;&gt;psychanalyse&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.le-passeur-editeur.com/catalogue/essais-actualit&#233;/pater-dolorosa/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'interruption m&#233;dicale de grossesse&lt;/a&gt;, la &lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/anthropocene-jeremie-szpirglas/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;marque pour le moins absurde que laissera l'homme sur sa plan&#232;te&lt;/a&gt;, l'acte de cr&#233;ation&#8230;), d'autres, en revanche, louchent vers le pur divertissement (avec quelques petites remarques &#224; peine plus profondes sem&#233;es au passage) &#8212; la forme devenant alors un fort enjeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
En v&#233;rit&#233;, cette petite r&#233;flexion matinale rejoint celle d'une autre, voil&#224; quelques semaines : &lt;a href='https://www.inacheve.net/spip.php?article599' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ernst Lubitsch aurait-il obtenu la Palme d'or&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Virginal (bis)</title>
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		<dc:date>2026-06-01T07:37:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;J'envie mes enfants. Je les envie de tout ce dont ils font l'exp&#233;rience pour la premi&#232;re fois, de cette fraicheur toute particuli&#232;re dans la d&#233;couverte, m&#234;me d'une &#339;uvre tr&#232;s ancienne, mais qui vous frappe comme le saut de peinture la toile blanche et vierge, t&#226;che &#233;clatante (dans tous les sens du terme) qui ruisselle sur tout le reste. Une chose m'amuse particuli&#232;rement &#224; pr&#233;sent qu'ils sont assez &#226;g&#233;s pour avoir un peu de bagage et d'attention aux d&#233;tails : leur capacit&#233; &#224; d&#233;tecter la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'envie mes enfants. Je les envie de tout ce dont ils font l'exp&#233;rience pour la premi&#232;re fois, de cette fraicheur toute particuli&#232;re dans la d&#233;couverte, m&#234;me d'une &#339;uvre tr&#232;s ancienne, mais qui vous frappe comme le saut de peinture la toile blanche et vierge, t&#226;che &#233;clatante (dans tous les sens du terme) qui ruisselle sur tout le reste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose m'amuse particuli&#232;rement &#224; pr&#233;sent qu'ils sont assez &#226;g&#233;s pour avoir un peu de bagage et d'attention aux d&#233;tails : leur capacit&#233; &#224; d&#233;tecter la citation, le clin d'&#339;il, la r&#233;f&#233;rence, l'inspiration. Mais une capacit&#233; encore trop neuve pour faire le tri, pour ne pas savoir dans quel ordre, car ce genre de clin d'&#339;il, s'il n'est pas totalement intransitif, a souvent une origine unique &#8212; et c'est parfois l'origine qui, &#224; leurs yeux, fait clin d'&#339;il au successeur, et non l'inverse. Ainsi, &#224; leurs yeux, &lt;a href=&#034;https://www.imdb.com/fr/title/tt0053125/?ref_=ttcnn_ov_bk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;North by Northwest&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; copierait &#224; James Bond&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; de la na&#239;vet&#233; du raisonnement &#8212; que quelques pr&#233;cisions dans les dates permettent de corriger rapidement &#8212;, deux id&#233;es jaillissent de ces erreurs : d'une part, le d&#233;licieux concept de plagiat par anticipation (quand Beethoven, glissant par hasard sur quelque harmonie, semble citer Schubert, ou Montgeroult, par la limpidit&#233; de ses arp&#232;ges, semble faire du Chopin ou du Schumann), et d'autre part, le vertige de l'arch&#233;ologie du futur.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arch&#233;ologie du futur, c'est une id&#233;e que j'ai d&#233;j&#224; largement d&#233;velopp&#233;e dans mon deuxi&#232;me roman, &lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/anthropocene-jeremie-szpirglas/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anthropoc&#232;ne&lt;/a&gt;, sans toutefois nullement l'&#233;puiser. Par exemple, je n'ai pas explor&#233; un aspect pr&#233;cis de la chose : la reconstitution d'une chronologie, qui permettrait justement de r&#233;tablir la paternit&#233; de certains sch&#232;mes artistiques. Imaginons-nous dans plusieurs dizaines de milliers d'ann&#233;es, voire des millions. Pour un arch&#233;ologue de cette &#233;poque future, arriver &#224; ordonner les dates de cr&#233;ation d'un Leonard de Vinci ou d'un Rothko, de Don Quichotte (cf. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_M&#233;nard,_auteur_du_Quichotte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pierre M&#233;nard&lt;/a&gt;) et de Fin de Partie, sera extr&#234;mement ardu. De m&#234;me qu'il nous est aujourd'hui difficile de d&#233;terminer au si&#232;cle pr&#232;s les peintures de Chauvet ou de Lascaux. Alors comment esquisser une histoire de l'art avec des datations aussi impr&#233;cises &#8212; sachant, en outre, qu'il est peu probable que certains chefs-d'&#339;uvre d'aujourd'hui dure aussi longtemps : on voit mal un film tourn&#233; et stock&#233; en num&#233;rique rester lisible dans un million d'ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'emp&#234;che, l'id&#233;e que se fera notre arch&#233;ologue du futur du r&#233;seau d'inspirations et de r&#233;f&#233;rence de notre art actuel ressemblera sans doute plus &#224; celle que s'en font les enfants&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des histoires de familles</title>
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		<dc:date>2026-05-27T08:43:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Des histoires de famille, j'en ai plein les tiroirs &#8212; et pas que les tiroirs du reste. J'en ai des grandes, des belles, des minables, des dr&#244;les, des touchantes, des &#233;mouvantes, des tragiques, pour tous les go&#251;ts et de toutes les couleurs. J'en ai plein, que je raconte volontiers, au d&#233;tour d'un d&#238;ner ou d'un verre &#224; moiti&#233; plein (oui, je suis comme &#231;a, moi, aujourd'hui du moins), et qui enchante, je crois, r&#233;ellement mon auditoire. Des histoires fascinantes, une v&#233;ritable &#233;pop&#233;e, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des histoires de famille, j'en ai plein les tiroirs &#8212; et pas que les tiroirs du reste. J'en ai des grandes, des belles, des minables, des dr&#244;les, des touchantes, des &#233;mouvantes, des tragiques, pour tous les go&#251;ts et de toutes les couleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en ai plein, que je raconte volontiers, au d&#233;tour d'un d&#238;ner ou d'un verre &#224; moiti&#233; plein (oui, je suis comme &#231;a, moi, aujourd'hui du moins), et qui enchante, je crois, r&#233;ellement mon auditoire. Des histoires fascinantes, une v&#233;ritable &#233;pop&#233;e, qui inscrit la trajectoire transitoire de ma famille dans la grande, avec sa grande hache, comme disait l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre, d'ailleurs, qui n'a jamais fait que &#231;a, et avec quel g&#233;nie : raconter sa famille, ses absences, ses deuils, son mode d'emploi quand on l'a &#233;gar&#233;. Qui l'a fait avec toutes ses contraintes, qui le for&#231;ait finalement &#224; les faire jaillir de lui, &#224; soulever le refoul&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes histoires de ma famille ne sont les m&#234;mes que les siennes. Bien souvent bien moins dramatique, et c'est heureux. Elles m&#233;ritent cependant, je pense, d'&#234;tre racont&#233;es, d'&#234;tre mises en forme. Et l&#224; encore : &lt;a href='https://www.inacheve.net/spip.php?article590' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'&#233;criture comme une s&#233;rie de probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ? Sous quelle forme ? Comment concat&#233;ner ce qui parfois n'est qu'une s&#233;rie d'anecdotes &#224; la plausibilit&#233; douteuse ? Comment donner &#224; voir ce bouillonnement d'histoires, cette multiplicit&#233; de versions, de points de vue ? Comment saisir, aussi, la mani&#232;re dont ces histoires se figent peu &#224; peu dans une narration unique, pas forc&#233;ment univoque, mais peu &#224; peu fossilis&#233;e, sur laquelle se s&#233;dimentent peu &#224; peu les ajouts et sels de la s&#233;rie t&#233;l&#233;phonarabique des locuteurs ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a, c'&#233;tait le premier probl&#232;me, que je crois &#234;tre parvenu &#224; r&#233;soudre, m&#234;me si y a plus qu'&#224;, comme qui dirait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vient le second : comment me d&#233;faire de la culpabilit&#233; de voler la parole des autres membres de ma famille ? Pour les plus anciens, ce probl&#232;me n'en est plus un, ou presque &#8212; et, dans le m&#234;me temps, que je crois que ce roman serait presque plus &#233;crit pour eux, pour qu'ils sachent que leur m&#233;moire perdure sous une forme ou une autre, que pour les nouveaux venus. Mais pour les moins anciens comme les moins jeunes ? Peur, parfois, de les enfermer dans une image d'eux-m&#234;mes qui, malgr&#233; tout l'amour que je peux y mettre, ne sera certainement pas la leur ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;j&#224;, en Gr&#232;ce tantrique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; D&#233;j&#224;, en Gr&#232;ce tantrique, les temp&#233;ratures &#233;taient accablantes, les s&#232;cheresses &#233;moussantes, les soleils harassants. Cycle naturel, parait qu'ce s'rait. J'sais pas, j'y connais rien. J'fais rien qu'&#224; r&#233;p&#233;ter c'que la derni&#232;re personne qui m'a caus&#233; m'a dit. Seriez venus hier qu'&#231;'aurait sans doute &#233;t&#233; autre chose. Peux pas le garantir, mais c'probable. J'vous assure, d&#233;j&#224;, en Gr&#232;ce tantrique, y avait tous ces machins-l&#224;. Pourtant, z'avaient pas encore envoy&#233; leurs fus&#233;es, qui font que des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; D&#233;j&#224;, en Gr&#232;ce tantrique, les temp&#233;ratures &#233;taient accablantes, les s&#232;cheresses &#233;moussantes, les soleils harassants. Cycle naturel, parait qu'ce s'rait. J'sais pas, j'y connais rien. J'fais rien qu'&#224; r&#233;p&#233;ter c'que la derni&#232;re personne qui m'a caus&#233; m'a dit. Seriez venus hier qu'&#231;'aurait sans doute &#233;t&#233; autre chose. Peux pas le garantir, mais c'probable.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'vous assure, d&#233;j&#224;, en Gr&#232;ce tantrique, y avait tous ces machins-l&#224;. Pourtant, z'avaient pas encore envoy&#233; leurs fus&#233;es, qui font que des trous dans la couche de l'ozone. Pis on z'avait pas non plus nos voitures pour aller o&#249; bon qu'on veut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors qui croire, je sais pas moi. Pas fait d'&#233;tudes, moi. Mais on m'la fait pas. Si d&#233;j&#224; en Gr&#232;ce tantrique, y avait d&#233;j&#224; tout &#231;a, alors comment que ce serait de notre faute ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Y avait pas les immigr&#233;s non plus, vous m'direz. C'est pas faux. Quoi que. Et les barbares, &#231;a viendrait pas de la Gr&#232;ce tantrique les barbares ? Y en avait pas, des invasions barbares, en Gr&#232;ce tantrique ? M&#234;me que ce serait eux qui les auraient invent&#233;es. Pas invit&#233;es, hein, que j'dis ? InVENT&#233;es. Avec du vent, dans les voiles, pour pousser leurs p'tites barques vers nos beaux rivages qui leur font les yeux doux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et d&#233;j&#224; en Gr&#232;ce tantrique, ils les rejetaient &#224; la mer. Si, si, j'ai entendu &#231;a, je sais plus o&#249;. Avec leurs chevaux de Troie et tout. Y z'y foutaient &#224; la flotte, ouais. &#199;a existait pas les droits de l'homme et tout le tintouin. La d&#233;mocratie, oui, parait que oui. Mais les droits de l'homme, faut pas abuser. Et y en a qui croient que &#231;a va ensemble ! Me font bien rigoler&#8230; &#199;a se saurait, &#231;a, si la d&#233;mocratie &#231;a allait avec les droits de l'homme. Rien &#224; battre des droits de l'homme. Si on est plus contre que pour, zip ! Pas de droit de l'homme. Et tant pis pour tous les zimmigr&#233;s au fond de l'eau. On leur a pas caus&#233;s, &#224; eux. On leur a pas demand&#233; de v'nir. Et puis quoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, en Gr&#232;ce tantrique, faisaient des trucs pas tr&#232;s catholiques. C'est p't&#234;t pour &#231;a que &#231;a chauffait. Z'&#233;taient en col&#232;re, l&#224;-haut. Fallait pas voir &#224; voir &#224; aller se faire voir. Suffit c't'affaire. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mon royaume pour des amphet !</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article603</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.inacheve.net/spip.php?article603</guid>
		<dc:date>2026-05-20T07:38:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s Des amph&#232;ts pour un amphi, titre qui a jailli comme &#231;a, dans mon esprit, &#224; la lecture d'un article de presse sur l'usage non m&#233;dical de psychotropes par des &#233;tudiants stress&#233;s, d'autres titres m'ont pris d'assaut (en rafales, bien s&#251;r). Aujourd'hui : Mon royaume pour des amph&#232;ts ! Et, aujourd'hui comme le mois dernier, livrons-nous &#224; nouveau &#224; ce petit exercice d'imagination : &#224; partir d'un titre donn&#233;, tenter d'esquisser une intrigue, un pitch. Plus qu'un roman de la S&#233;rie Noire, Mon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s &lt;a href='https://www.inacheve.net/spip.php?article593' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Des amph&#232;ts pour un amphi&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, titre qui a jailli comme &#231;a, dans mon esprit, &#224; la lecture d'un article de presse sur l'usage non m&#233;dical de psychotropes par des &#233;tudiants stress&#233;s, d'autres titres m'ont pris d'assaut (en rafales, bien s&#251;r). Aujourd'hui : &lt;i&gt;Mon royaume pour des amph&#232;ts&lt;/i&gt; ! Et, aujourd'hui comme le mois dernier, livrons-nous &#224; nouveau &#224; ce petit exercice d'imagination : &#224; partir d'un titre donn&#233;, tenter d'esquisser une intrigue, un pitch.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus qu'un roman de la S&#233;rie Noire, Mon royaume pour des amph&#232;ts ! fait plut&#244;t venir une parodie shakespearienne &#8212; et pourquoi une parodie, du reste, &#231;a pourrait &#234;tre, &#224; la mani&#232;re d'un Kurozawa revisitant consciencieusement l'&#339;uvre du Barde &#224; la sauce Miso, un remake de &lt;i&gt;Richard III&lt;/i&gt; dans le contexte de la P&#232;gre, du trafic de drogue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Guerre des Guns&amp;Roses, en somme. J'aime &#224; penser que les producteurs de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Wire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Wire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; pourrait en faire un chef-d'&#339;uvre. Mais mon envie serait davantage de rendre &#224; cette trag&#233;die historique toute la mesquinerie que recouvre la soif du pouvoir. Plus que le g&#233;nie machiav&#233;lique, l'hypocrisie, la manipulation, la petite frappe, le pervers narcissique &#224; la petite semaine. Non pas le r&#234;ve d'un destin historique, la qu&#234;te de la gloire, dont la couronne ne serait que le marchepied, mais l'avarice, la petitesse d'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reste que le titre n'aurait finalement pas trop sa place dans cette histoire : pourquoi ce petit chef aurait-il besoin d'amph&#233;tamines, au c&#339;ur d'une bataille en passe d'&#234;tre perdue ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des amph&#233;ts pour un amphi</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article593</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.inacheve.net/spip.php?article593</guid>
		<dc:date>2026-04-30T08:20:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Des amph&#233;ts pour un amphi : le titre a jailli comme &#231;a, brut, dans mon esprit, &#224; la lecture d'un article de presse sur l'usage non m&#233;dical de psychotropes par des &#233;tudiants stress&#233;s, imaginant ainsi d&#233;multiplier leurs capacit&#233;s. Aussit&#244;t ce titre m'a paru parfaitement &#224; sa place dans une collection comme la S&#233;rie Noire. Mais pour quel roman ? Petit exercice : &#224; partir d'un titre donn&#233;, tenter d'esquisser une intrigue, un pitch. Le plus &#233;vident &#8212; en lien de surcroit avec la lecture qui l'a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Fictions&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des amph&#233;ts pour un amphi&lt;/i&gt; : le titre a jailli comme &#231;a, brut, dans mon esprit, &#224; la lecture d'un &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/04/28/le-plus-grand-danger-c-est-de-croire-a-une-pilule-magique-le-dopage-chez-les-etudiants_6683873_4401467.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article de presse&lt;/a&gt; sur l'usage non m&#233;dical de psychotropes par des &#233;tudiants stress&#233;s, imaginant ainsi d&#233;multiplier leurs capacit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussit&#244;t ce titre m'a paru parfaitement &#224; sa place dans une collection comme la S&#233;rie Noire. Mais pour quel roman ? Petit exercice : &#224; partir d'un titre donn&#233;, tenter d'esquisser une intrigue, un pitch.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus &#233;vident &#8212; en lien de surcroit avec la lecture qui l'a fait naitre &#8212; serait que cela se passe dans un milieu universitaire. Mais alors quoi ? Un trafic de drogues parmi les &#233;tudiants qui tournerait mal ? Pourquoi pas. &#199;a fait un peu r&#233;chauff&#233;, mais il y a du potentiel. Ce serait toutefois un sujet un peu trop &#171; social &#187; pour la S&#233;rie Noire, non ? Pas suffisamment distanci&#233;, ou acide ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce go&#251;t-l&#224;, on pourrait alors penser plut&#244;t &#224; une histoire &#224; la David Lodge : parmi les professeurs et leurs assistants ? Quand David Lodge rencontre #MeToo ? &#199;a commencerait par une soir&#233;e qui semble avoir mal tourn&#233; : l'overdose d'un professeur &#8212; pour &#233;viter les clich&#233;s, je pencherais pour un professeur jeune (pas un vieux mal blanc en tout cas). Un professeur qui ne semble jamais avoir fait de vague. Rapidement, le d&#233;tective en charge de l'enqu&#234;te d&#233;couvre qu'il n'est sans doute pas mort l&#224; o&#249; on l'a trouv&#233; (dans un bureau de l'administration, mettons, m&#234;me pas le sien), mais plus vraisemblablement au pied d'un tableau d'amphi (on retrouve de la poussi&#232;re de craie sur ses v&#234;tement, accumul&#233;e de telle sorte qu'on peut imaginer qu'il s'est roul&#233; par terre). Mais la hi&#233;rarchie de la police a h&#226;te de clore le dossier : l'overdose accidentelle, c'est parfait, c'est plausible, et &#231;a permet de r&#233;affecter les moyens &#224; d'autres enqu&#234;tes. Mais notre d&#233;tective flaire le gros coup. Il poursuit seul ses investigations, tente de tracer la drogue qu'on a d&#233;tect&#233; dans le sang de la victime. Au fil de ses p&#233;r&#233;grinations, notre anti-h&#233;ros va se faire tabasser par une petite frappe qui veut se faire remarquer par un gang de dealers (lequel, finalement, n'a rien &#224; voir avec la choucroute), tomber amoureux de la veuve &#233;plor&#233;e de la victime (pas si innocente que &#231;a : il nous faut bien une femme fatale quelque part). &lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement : l'overdose aura &#233;t&#233; vraiment accidentelle (il pensait prendre un doliprane, et &#231;a n'en &#233;tait pas), mais on aura mis au jour une sombre histoire de kidnapping, sur fond de vengeance politique (le pr&#233;fet est tremp&#233; jusqu'au cou, et peut-&#234;tre m&#234;me l'&#201;lys&#233;e ?).&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;. Reste &#224; l'&#233;crire. Et &#224; tenter de r&#233;concilier toutes les contradictions que, dans mon improvisation, j'ai immanquablement suscit&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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