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	<title>Inachev&#233;.net</title>
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	<description>Site de cr&#233;ation litt&#233;raire plus ou moins exp&#233;rimentale</description>
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		<title>Inachev&#233;.net</title>
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		<title>Les mots des maux</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;version b&#234;ta 7.1 &lt;br class='autobr' /&gt; mot &#8212; sursaut &#8212; les poils se h&#233;rissent &#8212; les dents crissent &#8212; les orteils se crispent &#8212; tout le corps se tend &#8212; le temps se contracte &#8212; le temps se fige &#8212; maux Remonter &#224; la racine du mot pour voir &#233;merger la racine des maux Pour quelques mots seulement &#8212; et quel pouvoir ont ces mots &#8212; sont sur moi ceux de Zeus, coup de tonnerre, ciel qui tombe sur la t&#234;te &#8212; roule et gronde, roule et gronde encore. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis son petit air de commis&#233;ration quand elle les a laiss&#233; tomber, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;Je suis gu&#233;ri&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;version b&#234;ta 7.1&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;mot &#8212; sursaut &#8212; les poils se h&#233;rissent &#8212; les dents crissent &#8212; les orteils se crispent &#8212; tout le corps se tend &#8212; le temps se contracte &#8212; le temps se fige &#8212; maux&lt;br class='autobr' /&gt;
Remonter &#224; la racine du mot pour voir &#233;merger la racine des maux&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour quelques mots seulement &#8212; et quel pouvoir ont ces mots &#8212; sont sur moi ceux de Zeus, coup de tonnerre, ciel qui tombe sur la t&#234;te &#8212; roule et gronde, roule et gronde encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis son petit air de commis&#233;ration quand elle les a laiss&#233; tomber, nonchalamment. Sous moi le divan s'&#233;tonne &#224; peine &#8212; s'&#233;tonne surtout de mon &#233;tonnement, il a l'habitude, lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remonter au mot de la racine pour extraire les &#233;maux des mots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui remonte, ce que ce poncif des psys de tout poil fait remonter, ce sont tous les remugles de cette analyse avort&#233;e, tous ces moments que j'ai pass&#233; avec elle &#8212; on raconte qu'avant de mourir, on voit d&#233;filer devant ses yeux toute sa vie &#8212; j'imagine que &#231;a doit ressembler un peu &#224; &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noyer la racine de terre, faire pousser l'arbre des mots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tergivers&#233;, j'avoue, avant de p&#233;n&#233;trer une nouvelle fois dans son cabinet, apr&#232;s tant d'ann&#233;e d'absence. Il m'a fallu bien plus que ce simple (simple ?) r&#234;ve pour m'y ramener, il en a fallu, des signes, des invites, des h&#233;sitations, des codes et des s&#233;maphores, des actes manqu&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les amis ont jou&#233; le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marion, d'abord&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; meilleure amie par intermittence, va de probl&#232;me en probl&#232;me, ne s'en d&#233;brouille pas et me parle de voir un psy pour d&#233;cider si, oui ou non, elle doit emm&#233;nager avec son ridicule petit ami (note pour soi : se retenir de le lui dire ainsi) ou partir faire seule sa vie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au boulot, ensuite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; ce job que, pour donner le change, faire illusion, rassurer les siens, faire preuve de bonne volont&#233;, r&#233;int&#233;grer quotidiennet&#233; l&#233;g&#232;re paresseuse impitoyable en encha&#238;nant vagues activit&#233;s sporadiques, j'avais pris apr&#232;s tant d'autres, pour faire passer le temps, les semaines, les mois, qu'en sais-je ? le temps spirituel est si d&#233;tach&#233; du quotidien que cette tr&#234;ve vide et sans nuage, wanderer indiff&#233;rent, a sans doute &#233;lud&#233; les si&#232;cles, ce job-l&#224; qui en valait bien un autre &#8212; apr&#232;s maints &#233;bats sur d'innombrables dispositions et vocations fumeuses &#8212; trop de passions et trop de libert&#233;s pour savoir o&#249; me fourrer &#8212; vendeur bourru &#8212; informaticien dilettante &#8212; libraire d&#233;courageant &#8212; serveur maladroit &#8212; bureaucrate ennuy&#233; et incapable &#8212; p&#233;dagogue digressant et d&#233;raisonnant &#8212; sinon qu'il avait rapport &#224; l'art, cet art ch&#233;ri&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; au boulot, donc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans cette petite compagnie de th&#233;&#226;tre sur laquelle semble planer le spectre de Freud, accompagn&#233; de ceux de ses disciples, concurrents et d&#233;tracteurs, plane &#8212; entre le metteur en sc&#232;ne qui, affubl&#233; du surnom absurde de Bilou, baigne dans un &#338;dipe mal consomm&#233; malgr&#233; quelques ann&#233;es d'analyse, et la jeune premi&#232;re, qui me fait de l'&#339;il et met sa poitrine en avant chaque fois qu'elle m'aper&#231;oit et d&#233;clare fi&#232;rement fr&#233;quenter un cabinet lacanien &#8212; chacun y va de sa petite ritournelle. Une com&#233;dienne exhibe les stigmates de ses psychiatres de parents, le d&#233;corateur travaille sur son rapport avec sa m&#232;re, un gar&#231;on poursuit p&#233;niblement sa th&#233;rapie, entam&#233;e apr&#232;s une mauvaise rupture cinq ans auparavant,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et cette jeune fille esseul&#233;e, dont la pr&#233;sence m'est toujours obscure (les hypoth&#232;ses sont multiples &#8212; coucherait-elle avec Bilou ?) et qui, malgr&#233; sa r&#233;serve dans l'orgie analytique (la simplicit&#233; m&#234;me &#8212; une petite robe de soie, sobre et noire, qui d&#233;couvre ses genoux &#8212; visage fin, le teint tendre mouchet&#233; d'une discr&#232;te rousseur &#8212; casque de cheveux courts qui d&#233;couvre une nuque gracile que souligne un ruban de soie, noir &#233;galement &#8212; mouvements simples et sans complexe), passe des journ&#233;es enti&#232;res &#224; boire en mangeant du fromage. Toujours un m&#234;me rituel, r&#233;p&#233;t&#233; &#224; l'envi tous les soirs : trois verres devant elle, remplis de diff&#233;rents breuvages peu rago&#251;tants, et une petite arm&#233;e de morceaux de pain, soigneusement align&#233;s et minutieusement d&#233;cor&#233;s d'un petit cube de Brie coulant et bien fait, dans lesquels elle pioche au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; croire que la troupe ne fonctionne que par la gr&#226;ce de leurs n&#233;vroses conjugu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, j'ai tergivers&#233;, repouss&#233; l'appel comme on repousse un rendez-vous chez le dentiste, mais tout me poussait &#224; revenir au divan. Jusqu'&#224; ce que&#8230; jusqu'&#224; ce que le destin viennent sonner &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un dimanche que je faisais ma visite hebdomadaire &#224; mes parents &#8212; amende honorable : j'avais rat&#233; les cinq pr&#233;c&#233;dentes,. Le d&#233;jeuner fut sans incident notable, mais j'&#233;tais taciturne et ma m&#232;re s'inqui&#233;tait de mon silence. Je ne commentais l'actualit&#233; ni ne me moquais de mon p&#232;re et de ses habitudes casani&#232;res. J'avais le sentiment que cette maison, qui avait vu d&#233;filer mes ann&#233;es d'enfance, ne m'accueillait plus avec le m&#234;me enthousiasme et la m&#234;me complicit&#233;. Elle me tendait d'innombrables pi&#232;ges, cachait les interrupteurs, d&#233;pla&#231;ait les poign&#233;es de porte, les assiettes et les couverts, mettait ses meubles en travers de mon chemin. Je me revoyais pourtant, tableau calme et lumineux &#224; la mani&#232;re de Vermeer, descendre ces escaliers au petit matin et m'installer &#224; la table du petit-d&#233;jeuner. La radio, laiss&#233;e allum&#233;e par mon p&#232;re, chuchotait les nouvelles du monde. Ma m&#232;re descendre &#224; son tour, les yeux encore bouffis de sommeil, embrassant ma chevelure d'enfant &#233;bouriff&#233;. La chaleur d'intimit&#233; qui nimbait ces pr&#233;mices &#224; la journ&#233;e &#233;tait bien loin. Et ces verres de lait que je buvais convulsivement au d&#233;but de ma psychanalyse. Bien loin eux aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sonnette a retenti juste apr&#232;s dessert, que j'avais &#233;cart&#233; avec un d&#233;go&#251;t inhabituel. C'&#233;tait une amie de la famille, qui venait partager notre caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais d&#251; me douter que le destin allait faire d'elle son instrument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qui d'autre ? N'&#233;tait-ce pas elle qui, dans les premiers temps de ma d&#233;pression, alerta la premi&#232;re mes parents de la gravit&#233; de mon cas &#8212; si surprise de ne pas avoir &#224; l'exag&#233;rer pour les en convaincre ? Elle encore qui m'avait pr&#233;cipit&#233; vers l'abyme de l'analyse ? Elle, enfin, qui m'avait indiqu&#233; ma premi&#232;re th&#233;rapeute, me recommandant une de ses bonnes amies, Madame G. Comment diable n'avais-je pas senti venir ce coup du sort, si bruyamment annonc&#233; ? Comment avais-je pu &#234;tre assez aveugle pour ne pas la voir comme ce qu'elle &#233;tait : la goutte d'eau qui fait d&#233;border le vase, l'&#233;claireur de l'arm&#233;e en marche, le h&#233;raut de cet guerre &#224; ma porte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, en un mot, elle me rappela mon pass&#233; et, de l&#224; l'appel fut in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; sa phrase fatidique &#8212; ces mots de maux avec lesquels elle vient de m'assommer, ces retrouvailles avec l'analyse se sont pass&#233;es sans anicroche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;l&#233;phone inoffensif &#8212; prise de rendez-vous naturelle, comme si cela allait de soi &#8212; arriv&#233;e la gorge serr&#233;e avec cinq bonne minutes d'avance &#8212; interphone &#8212; voix d&#233;form&#233;e &#8212; buzzer &#8212; couloir froid et impersonnel &#8212; un bon quart d'heure r&#233;glementaire dans la salle d'attente (une petite pi&#232;ce sobrement meubl&#233;e, long et large canap&#233; d'une couleur claire ind&#233;finissable, impossible d'allonger les jambes pour cause de table basse en verre sur laquelle s'empilent revues pr&#233;tentieuses illisibles et non lues &#8212; charabia philosophico-snobinard, dissertation, le petit doigt lev&#233;, du r&#244;le essentiel de la forme passive chez Proust ou de la lettre G chez Picasso) &#8212; puis son large sourire pour m'accueillir, large et plein de r&#233;confort &#8212; puis l'antre enfin &#8212; assis divan &#8212; retirer chaussure &#8212; allong&#233; divan &#8212; trois longues respirations dans le silence qui s'installe &#8212; tout est pr&#234;t &#8212; le rideau peut se lever.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La psychanalyse contre-attaque</title>
		<link>https://www.inacheve.net/spip.php?article164</link>
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		<dc:date>2009-01-05T02:51:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les yeux s'ouvrent comme par r&#233;flexe. Pas bien s&#251;r d'&#234;tre tout &#224; fait r&#233;veill&#233;. P&#233;nombre blanche : les d&#233;tails des objets s'accrochent sans se fixer &#8212; esquissent la silhouette famili&#232;re de la pi&#232;ce. Air frais, draps ti&#232;des, indolence du sommeil &#8212; impression de se r&#233;veiller d'un r&#234;ve dans un autre. Images indistinctes qui d&#233;filent par flash, br&#232;ves, lumineuses, color&#233;es &#8212; le r&#234;ve dont je sors, probablement, impalpable. Impossible de se rappeler chaque pi&#232;ce du puzzle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose est certaine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.inacheve.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;Je suis gu&#233;ri&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les yeux s'ouvrent comme par r&#233;flexe. Pas bien s&#251;r d'&#234;tre tout &#224; fait r&#233;veill&#233;. P&#233;nombre blanche : les d&#233;tails des objets s'accrochent sans se fixer &#8212; esquissent la silhouette famili&#232;re de la pi&#232;ce. Air frais, draps ti&#232;des, indolence du sommeil &#8212; impression de se r&#233;veiller d'un r&#234;ve dans un autre. Images indistinctes qui d&#233;filent par flash, br&#232;ves, lumineuses, color&#233;es &#8212; le r&#234;ve dont je sors, probablement, impalpable. Impossible de se rappeler chaque pi&#232;ce du puzzle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est certaine : elle est de retour dans ma vie. Ne me demandez pas pourquoi ou comment je le sais. Ces choses-l&#224; se sentent. Peut-&#234;tre d'ailleurs ne m'a-t-elle d'ailleurs jamais quitt&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a m'&#233;tonne. Je sais pas pourquoi, d'ailleurs. &#199;a devrait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma vie n'est qu'un tissu d'analyse. La preuve : j'aime toujours &#224; pr&#233;tendre avoir vu tous les films de Woody Allen. Qu'il s'agisse d'un mensonge &#233;hont&#233; pour satisfaire mon orgueil d&#233;mesur&#233; ou de la stricte v&#233;rit&#233;, qu'importe : la douce folie est l&#224;. Toute ma vie pr&#233;analytique m'a pr&#233;par&#233;, cuisin&#233;, mijot&#233; pour faire le d&#233;lice des voleurs de r&#234;ves. Puis j'ai &#233;t&#233; analys&#233;, interpr&#233;t&#233;, dessin&#233;, soign&#233;, pris en charge, &#233;cout&#233;, inspir&#233; jusque dans mes pens&#233;es, espionn&#233; jusque dans mes sentiments et mes souvenirs. Bien s&#251;r, &#231;a a commenc&#233; doucement. Une fois par semaine. Mais tr&#232;s vite, mon orgueil et leur hypocondrie contagieuse aidant, il a fallu passer &#224; trois puis cinq, et finalement neuf s&#233;ances par semaine. Sans doute cela fait-il partie de l'&#233;volution canonique, mais j'ai le sentiment que mes analystes successifs ont commenc&#233; &#224; avoir la naus&#233;e. Et moi aussi. Mais c'&#233;tait une naus&#233;e si famili&#232;re et si douce &#8212; si agr&#233;able en somme &#8212; que j'ai longtemps h&#233;sit&#233; &#224; y mettre un terme, par complaisance ou par l&#226;chet&#233;. La perdre, c'&#233;tait me perdre. Comme bien des patients, mon &#226;me tourment&#233;e, et son cort&#232;ge de maux insondables, me semblait l'unique bien qu'il me restait. Je la pla&#231;ais au-dessus de tout autre. Elle &#233;tait ma propri&#233;t&#233; intellectuelle, marque d&#233;pos&#233;e, copyright du d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien d'heures, combien d'ann&#233;es, ai-je ainsi consacr&#233; &#224; l'introspection et au vagabondage analytique ? Ces pleurs et ces rires nerveux, ces discours solitaires sans fin, ces soliloques empreints de folie, que je poursuivais, s&#233;ance apr&#232;s s&#233;ance, et m&#234;me entre les s&#233;ances &#8212; journ&#233;es insupportables et nuits d'insomnie. Je me suis &#233;pris de la psychanalyse comme un adolescent timide s'&#233;prend de la nymphette lumineuse qu'il croise tous les jours au lyc&#233;e. Il y a une telle beaut&#233; dans ses grands principes &#8212; et plus encore pour un cart&#233;sien romantique et extr&#233;miste comme moi. Comment ne pas se d&#233;lecter &#224; l'id&#233;e que cette bouillie inf&#226;me de n&#233;vroses et d'&#233;motions pouvait se th&#233;oriser ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'hiver est proche &#8212; les premi&#232;res neiges ont profit&#233; d'une nuit sans air pour envelopper Paris. La lumi&#232;re p&#226;le de la lune se glisse jusqu'au fond de ma chambre, r&#233;verb&#233;r&#233;e par le manteau immacul&#233; qui couvre les toits &#8212; comme un foulard sur des &#233;paules nues, brouille les pistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se redresse, interloqu&#233;, les yeux dans le vague, un go&#251;t d'incertitude angoiss&#233;e en bouche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Profonde inspiration. Long soupir de soulagement, dos s'&#233;tire interminablement, mains cherchent pieds sans les atteindre. J'y peux rien : je manque de souplesse, surtout le matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'apaise peu &#224; peu dans le calme de la chambre, m&#234;l&#233; au doux bruissement du corps &#8212; de la peau encore endormie. Le r&#234;ve revient encore, par petites vaguelettes incertaines &#8212; d&#233;file fugitivement. Ce n'est ni particuli&#232;rement agr&#233;able ni particuli&#232;rement d&#233;sagr&#233;able. Je ne sais pas. Suis mou, suis flou. Comme quelque message inintelligible du destin qui p&#232;se encore l&#233;g&#232;rement sur moi, dans l'oubli de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapide coup d'&#339;il au r&#233;veil : sept heures treize &#8212; pr&#233;cision tout &#224; fait inopportune venant de lui. Plus envie de dormir &#8212; les yeux sont ouverts, ne veulent plus se refermer. Sensation curieuse qu'&#234;tre frais et dispos de si bon matin. Surtout pour moi. Aucune id&#233;e de ce qu'il faut faire dans ces cas-l&#224;. Aucun de mes rituels de lever ne peut s'appliquer &#224; une heure aussi indue. Manque d'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons, tant pis. Tant qu'&#224; &#234;tre r&#233;veill&#233;, autant se lever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;broue, on &#233;carte les draps, on tire ses bras haut dessus sa t&#234;te. Debout, direction cuisine. Le miroir qu'on croise dans le couloir renvoie un visage inexpressif, traits tir&#233;s sous chevelure rebelle, yeux agrandis et clairs, air ahuri &#8212; moi, dans toute ma splendeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;vier &#8212; robinet &#8212; bruit blanc de l'eau qui coule. Un verre &#224; la main, apathique, comme d&#233;sarm&#233;. On ne sait que penser, que faire, que dire. On se dit que ce n'est pas bien passionnant, le bruit de l'eau qui coule dans l'aube qui peine &#224; na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se calme, on s'agite. Fermer robinet, porter verre &#224; la bouche, boire une gorg&#233;e. Je n'ai pas soif, mais &#231;a me donne l'illusion d'une contenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en buvant, on va &#224; la fen&#234;tre : on a vu &#231;a dans des films, le h&#233;ros plong&#233; dans ses ab&#238;mes de r&#233;flexion qui va &#224; la fen&#234;tre son verre &#224; la main &#8212; &#224; la fin de la sc&#232;ne, une partie de l'&#233;nigme se d&#233;voile &#224; lui, pas &#224; nous, le film peut repartir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour est loin, mais la rumeur de la ville monte d&#233;j&#224;, encore douce et confuse, assourdie par l'&#233;ph&#233;m&#232;re manteau de neige &#8212; d&#233;cor laiteux dans l'ombre, phosphorescent d'&#234;tre encore vierge. L'aube ouvre ses premi&#232;res blessures dans les lambeaux de nuages tristes et d&#233;lav&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, bien entendu, comme dans les films, c'est &#224; cet instant que je comprends. Le r&#234;ve s'&#233;claircit : il est l&#224;. Suffit de trouver le bon bout et de d&#233;vider. Fil d'Ariane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#234;ve &#233;trange et p&#233;n&#233;trant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#234;ve curieusement familier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de ces r&#234;ves qu'on fait des dizaines de fois mais qui ne laissent d'habitude au r&#233;veil que l'amertume du souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de ces r&#234;ves qu'on oublie pour mieux se les rappeler au moment o&#249; ils seront le plus obscurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but confus : une montagne gigantesque. Solitaire d'abord. Mais pas longtemps. La solitude est bient&#244;t rompue par une foule affair&#233;e et envahissante. Des dizaines de gens, brassant, courant comme des fourmis en tous sens dans les alpages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une jeune fille se d&#233;tache, belle et a&#233;rienne, v&#234;tue d'une l&#233;g&#232;re robe bleue, vole vers moi. Elle s'arr&#234;te alors que je peux presque la toucher. Je peux sentir la chaleur sensuelle de son corps, son haleine fra&#238;che, ses l&#232;vres toutes proches. Nos l&#232;vres s'effleurent. Quand je rouvre les yeux, une plage a remplac&#233; la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bascule chute. Sol moelleux comme du coton. La jeune fille n'est plus dans mes bras, elle a disparu. Tout bascule &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allong&#233; sur un divan. Un rire retentit, loin au-dessus de moi, jusque loin au fond de moi. Je me redresse. &#192; ma droite, un autre divan, en miroir du mien. Il est si large que je n'en vois pas les bouts. Un type sans visage debout &#224; c&#244;t&#233;. Il hoche la t&#234;te et me dit &#171; You know each other ? &#187; en pointant le divan du doigt. Je regarde. Sur un drap soyeux d'un bleu intense, six personnes semblent dormir, &#233;tendues sereinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, je les connais. L'&#233;vidence du r&#234;ve. Les d&#233;tails des visages et des tenues ne laissent aucun doute : ce sont mes psys. Ils sont tous l&#224;. Tous ces professionnels de l'esprit qui se sont occup&#233;s du mien, chacun &#224; leur tour. Ils sont align&#233;s, toutes tendances, toutes sp&#233;cialit&#233;s, tous suffixes confondus, en rang d'oignons comme les fr&#232;res Poucet du conte. Je me l&#232;ve et fais un pas vers eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans m&#234;me les toucher, je sais. Je sais que, gisants monotones, main dans la main, ils ne respirent plus. Leurs visages sont p&#226;les, leurs corps sont raides. Bref, ils sont morts. Alors que, doucement, je m'approche encore, le mur qui borde le divan explose, rayonne soudain de vie et de gaiet&#233; &#8212; feu d'artifice bigarr&#233; et coruscant qui m'emplit imm&#233;diatement de la joie la plus compl&#232;te. Le magma de lumi&#232;re engloutit un &#224; un les corps, pour n'en plus laisser un seul. Tout est illumin&#233;. Je reste l&#224;, r&#233;chauff&#233;, magnifique, heureux. Tout est consomm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un r&#234;ve aussi insaisissable que celui-l&#224;, plus possible de lui &#233;chapper : elle est l&#224;, et bien l&#224; &#8212; elle est de nouveau sur mon dos, comme ma m&#232;re quand elle voulait que je range ma chambre d'enfant &#8212; elle flotte dans la pi&#232;ce comme une pr&#233;sence &#233;lusive aux effluves ent&#234;tantes qui exacerbe tout contraste &#8212; la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est terrible, ces messages inintelligibles du destin, &#231;a donne des envies de fuite, en avant, en arri&#232;re, fuite de tous les c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment fuir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'on replonge vers les ab&#238;mes de perplexit&#233;s : trop d'associations tuent l'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virus exotique, virus tenace, virus chronique que ce virus de la psychanalyse. &#199;a vous colle &#224; la peau, &#231;a vous donne des frissons et des sympt&#244;mes incurables. La fi&#232;vre interpr&#233;tative, par exemple, je la sens qui remonte, l&#224;, maintenant, tout de suite : 38&#176;, 39&#176;. Les 41&#176; ne sont pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; elle est, la solution, o&#249; elle est, la v&#233;rit&#233;, dans tout &#231;a ? Ma v&#233;rit&#233; dans tout &#231;a ? Montagne, jeune fille, plage (ben voyons, direz-vous, avec la mer &#224; c&#244;t&#233; tant qu'on y est ?), psys, psys morts, lumi&#232;re aveuglante : soupe analytique indistincte et incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frustration. La solution est juste au bout de l'esprit, elle s'&#233;chappe d&#232;s qu'on essaie de la mettre en mot. Rien ne vient. C'est aga&#231;ant. Intellectuellement parlant, je d&#233;teste quand un probl&#232;me me r&#233;siste. Que faire de tout &#231;a ? Que faire de ces cadavres, de ma joie de les voir engloutis dans la lumi&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rattrap&#233;. Voil&#224; ce qui se passe. Suis lamentablement rattrap&#233;. J'ai pas couru assez vite, apparemment. J'ai si longtemps fui tout &#231;a, tout ce monde-l&#224;, me suis tant gav&#233; l'esprit et le corps de plaisirs et de beaut&#233;s&#8230; Je pensais l'avoir sem&#233;, le vilain spectre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non. Il s'est juste un peu &#233;cart&#233;. Fondu au d&#233;cor. Il m'a laiss&#233; un peu tranquille et je m'en suis accommod&#233;. C'est un &#233;quilibre comme un autre, non ? Apr&#232;s tout, faut bien vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle attendait son heure, voil&#224; tout. Mon r&#234;ve l'a fait sortir de l'ombre. Le spectre s'avance, muet, sur le devant de la sc&#232;ne. C'en est fait de mon &#233;quilibre, si pr&#233;caire si illusoire soit-il.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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