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L’IA déjà obsolète : et si le prompt suffisait ?

Jeudi 1er octobre

jeudi 1er octobre 2026, par Jérémie Szpirglas

L’art du prompt ne date pas de l’avènement des grands modèles de langage. Bien au contraire. Il remonte bien plus loin dans l’histoire de la création (artistique ou non).
N’était-ce pas ce que faisaient déjà les tenants de l’art conceptuel ? L’œuvre, et par extension, ce qu’ils vendaient aux collectionneurs, n’était bien souvent pas un objet matériel concret, sur lequel on pouvait mettre la main. C’était, comme son nom l’indique, le concept. Libre ensuite à celui qui le souhaiterait de le mettre en œuvre. Exemple de concept (que j’invente à l’instant, mais qui existe peut-être déjà : décorer une pièce circulaire d’une frise déroulant en spirale, du haut jusqu’en bas, toutes les décimales de Pi, écrites de plus en plus petit. Un.e commissaire d’exposition ou un.e collectionneur.se se portant acquéreur de l’œuvre peut, à sa guise (parfois en collaboration avec l’artiste mais pas toujours), construire une pièce circulaire ou en utiliser une existante et réifier le concept, en choisissant la police, taille, la couleur — ces choix, auxquels s’ajoute la circonférence de la pièce, déterminant le nombre de décimales qu’on pourra afficher. L’art conceptuel a donné naissance à une collection pléthorique d’œuvre, souvent restée à l’état virtuelle, ou y étant retournée, immédiatement l’exposition terminée. Il n’en demeure pas moins que le concept n’est rien d’autre qu’un prompt.
Idem pour les « pitchs » : ces idées encapsulées en peu de mots, que l’on sert à un éditeur, producteur et autre financeur, pour vendre un produit (artistique ou non du reste). Le pitch, là encore, est un prompt.
Plus loin encore dans l’histoire, il me semble me souvenir d’un membre du Cercle d’Iéna, ce premier romantisme allemand, qui faisait l’impasse sur l’œuvre littéraire en tant que telle, pour lui préférer son principe générateur, qui pouvait mentionner le sujet (ce qui est à l’œuvre, les enjeux majeurs évoqués), les personnages principaux et leurs caractères saillants, l’intrigue, brossée à grand trait, voire le ton. Bref : un prompt.
De là cette pensée radicale : a-t-on vraiment besoin de l’œuvre réifiée, contrainte dans les pauvres limites de sa réalisation ? La beauté ne serait-elle pas tout entière dans le concept, le prompt ?
Certains professeurs dans mon entourage demandent maintenant à leurs étudiants, non pas leur copie, mais le prompt qu’ils ont utilisé pour la produire — le prompt dit parfois autant de la manière dont on s’est approprié un sujet, sans parler de l’angle personnel selon lequel on l’a abordé.
En vérité, en art comme dans tous les autres domaines, les grands modèles de langage ne servent à rien, sinon à cela : en exigeant de nous un prompt, ils nous forcent à synthétiser notre pensée.
Au point de devenir totalement inutile.
Même si un prompt se vendra sans doute moins cher qu’un roman de 250 pages.