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À sa place
Lundi 28 septembre
lundi 28 septembre 2026, par
Finalement, l’IA nous remet à notre place.
L’ère de l’écrivain à succès et de la littérature grand public n’aura été qu’une brève parenthèse — certes enchantée — dans l’histoire de l’écriture. Longtemps, on écrivait pour soi, et quelques happy fews autour de nous. Avec l’invention de l’imprimerie et la mondialisation de la diffusion des ouvrages, contemporaine de la généralisation de l’enseignement, l’appétit du public s’est porté sur certains ouvrages, dont il a fait le succès.
Les qualités personnelles des différents maillons de la chaine du livre parvenaient à sélectionner bon an mal an les meilleurs textes, qui trouvaient ainsi leurs lecteurs, lesquels en étaient ravis. Mais, soyons honnête, beaucoup n’auraient pas vu d’un mauvais œil une moindre exigence des livres — d’où, du reste, une désaffection grandissante vis-à-vis des grands classiques. Combien de fois ai-je entendu, et de personnes fort intelligentes « Ça se lit bien. » — comme si la fluidité de la lecture était garant de qualité d’écriture ? Le triomphe jamais démenti des collections comme Harlequin et autres auteurs à l’eau de rose (dont les ouvrages, déjà, fleuraient bon l’automatisation des process), sans parler de certaines productions audiovisuelles parfaitement calibrées, prouve que nombre de lecteurs recherchent dans les livres qu’ils lisent avant tout une forme de divertissement et de détente sans grande implication intellectuelle — et je ne suis certainement pas de ceux qui leur jetteraient la pierre, bien au contraire : j’ai moi aussi besoin souvent de ce genre de distraction.
Aussi je ne serais pas surpris que l’IA fournisse au plus grand nombre ces divertissements qu’il recherche — sans être dérangé dans son confort. Toute la chaine du livre y sera asservie : de la production (promptée elle-même par des agents IA) à la vente. Avec tous les algorithmes de recommandation dont on dispose, l’IA pourra même tailler sur mesure des livres pour chaque lecteur ! C’est un peu déprimant, mais nous sommes déjà largement sur cette pente.
Les écrivains, eux, continueront évidemment à écrire, en toute honnêteté, avec ou sans aide de la machine (pourquoi pas, du moment que c’est un usage maitrisé et sincère, et que la machine ne prend pas le pouvoir sur l’artiste). Ils continueront à produire une littérature exigeante, pour eux-mêmes et quelques happy few, auxquels se joindront de temps à autres, parce qu’il n’y a pas d’exclusive jusque dans les goûts, quelques lecteurs n’appartenant pas au sérail, mais qui se laisseraient tenter par un ouvrage un peu différent, hors de leurs habitudes — comme on part en voyage.
Évidemment, plus aucun écrivain n’aura plus le bonheur d’écrire un best-seller. Plus aucun ne parviendra à vivre de sa plume — au reste, combien y parvienne aujourd’hui ?
Et c’est valable pour presque toutes les disciplines artistiques… L’IA serait-il à cet égard un nouvel opium du peuple ?
Inachevé.net