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Épurer

Mercredi 2 septembre

mercredi 2 septembre 2026, par Jérémie Szpirglas

Trois réflexions convergentes.
D’abord un travail éditorial : un écrivain me demande de l’aider sur son texte. Un texte que, en dépit de ses nombreuses qualités, je ne me verrais jamais écrire. Notamment en raison de sa langue, son style : roboratif, emprunté d’un lyrisme empesé, dont le modèle serait un Claudel, un Bernanos ou un Mauriac — avec tout ce que la suppose de déchirement passionnel autour du sacré.
Ensuite, une écoute : une lecture aléatoire dans une bibliothèque numérique fait sortir du chapeau le deuxième Concerto pour piano de Liszt. Là encore : un lyrisme roboratif, une foi placée dans la virtuosité du langage, un romantisme échevelé qui frise souvent le ridicule.
Ma langue, enfin : mes tournures souvent ampoulées, mes phrases à rallonge, ma logorrhée nourrie d’un vocabulaire qui sans cesse tourne autour du pot, mes envies de certaines tournures, auxquelles je tiens en dépit d’un contexte inadapté — comme si c’était là le seul texte où je pourrais les glisser, je veux absolument les y mettre, alors qu’après tout, je pourrais les garder sous le bras et les refourguer plus tard — espoir illusoire, je le sais bien. Le cul entre deux chaises.
Alors tout cela pour ça : cette aspiration à l’épure, si contraire à mon caractère. Une aspiration avec laquelle je joue à cache-cache : je sais qu’elle ferait beaucoup de bien à mes écrits, mais c’est comme si j’avais peur de déchoir. J’ai tant de plaisir à maitriser la langue dans toute sa richesse, je serais presque malheureux de m’en détourner.
Comme si Picasso avait hésité à remettre son langage en cause pour se lancer dans le cubisme. Ou Schoenberg à abandonner la tonalité, Lachenmann à s’affranchir du jeu instrumental traditionnel.
Je ne serais pourtant pas le premier, loin de là. J’aurais beaucoup de précurseurs, qui font ça très bien au reste. Est-ce cela, aussi, qui me retient ? Le sentiment que cela n’aurait rien d’original non plus ?
À l’instant où j’écris ces lignes, je repense à Imre Kertesz et à ce livre, là, dont le titre m’échappe, où il ne cesse de jouer avec les parenthèses, les ouvrant à tout va et les fermant quand bon lui semble. Quelle liberté ! Quelle force dans ces respirations, ces trouées béantes, ces vertiges de sens, inlassablement ouverts dans la ligne ?
Je repense aussi à Laurence Sterne et à ses innombrables points.
Je pense encore à l’ami Olivier Cadiot et tant d’autres — même si ce n’est pas le même genre d’épure.
J’aimerais, en fait, pouvoir faire dire tant de choses à un mot. Un mot unique. Un peu à la manière du haiku. Comment faire dire à un mot ce qu’il veut dire et tant d’autres choses encore ?

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