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Seuls les rêves sont vrais
mardi 1er septembre 2026, par
« Seuls les rêves sont vrais. » Où ai-je lu ça ? Je ne sais plus. Mais je me souviens qu’aussitôt lu, ça m’est resté, ça m’a collé à l’esprit, comme une rengaine qu’on ne parvient plus à ne pas fredonner à tout bout de chant.
« Seuls les rêves sont vrais. » Ça ressemble à « La vie est un songe », mais Calderon n’est sans doute ici pour rien. Celui qui a écrit cela ne l’aurait probablement pas pensé ainsi sans Calderon, cependant.
« Seuls les rêves sont vrais. » J’ai presque le sentiment qu’un poème pourrait naitre de ces cinq petits mots si simples en apparence. Ou alors les prémisses d’une démonstration logique : sachant que seuls les rêves sont vrais, et que la vie est un songe, peut-on en déduire que la vie est vraie ? Mais si la vie est vraie, alors cela contredit l’hypothèse que « seuls les rêves sont vrais », étant donné que la vie souvent nous éloigne de nos rêves. Démonstration par l’absurde.
Et pourtant, ce petit diamant brut : « Seuls les rêves sont vrais. » Aussi vrais que les chimères et les mythes, les concepts et les représentations.
« Seuls les rêves sont vrais. » Voilà un modèle idéal, une théorie de la perfection. Qui n’aide pourtant en rien à avancer, à bâtir, à conjurer.
Et puis les rêves : quels rêves ? Les miens ou celui du voisin ? Ou celui d’un autre encore que j’abhorre ? Les rêves de l’un sont-ils plus vrais que ceux d’un autre ? Y a-t-il des gradations dans cette vérité, ou un absolu ?
Ce texte m’emmène dans un lieu inattendu : alors que cette petite phrase me fascine depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à peine ai-je commencé à m’y pencher de plus près, à en peser chaque mot, à la disséquer, que son inanité me saute au visage.
C’est peut-être pour ça que je suis assez peu sensible à la poésie. Je ne peux l’aimer que si je reste en surface, que je me laisse bercer par son rythme et sa musique. Dès l’instant où je m’en approche, où j’attentive, où j’analyse, c’est fini : la magie n’opère plus. Ou alors ça devient l’ânonnement d’un cours de lettres en lycée, et c’est bien dommage.
Voilà quelques années, j’ai découvert que l’un de mes livres fait l’objet de publications universitaires. J’ai lu l’une d’elles et j’ai pu constater que le chercheur avait, plus ou moins, compris ce qui avait motivé les formes que j’y ai adopté. Ça m’a laissé songeur : je ne savais si je devais me satisfaire de ce que le message était passé, ou de ce que je n’avais pas mieux brouiller les pistes.
« Seuls les rêves sont vrais. » Alors laissons la phrase ainsi, gardons nos distances — comme ces tableaux qu’il vaut mieux admirer de loin.
Inachevé.net