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Contre ut contre uppercut
Mardi 25 août
mardi 25 août 2026, par
« C’est l’un.e de mes livres/films/musiques préféré.e.s ! » Combien de fois mes plus proches se sont moqués de moi quand je disais ça. Parce que, en effet, je le dis souvent. J’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup de livres/films/musiques préféré.e.s. Je serais bien incapable d’en choisir un seul pour m’isoler sur une île déserte (laquelle, d’ailleurs : peut-on choisir son île déserte préférée ? Voilà une question qu’on ne pose jamais…).
Je travaille en ce moment au programme de salle du concert de l’Ensemble intercontemporain du 19 septembre. Ce concert ouvrant la saison du jubilée de l’EIC (50 ans, ça se fête), le programme a été élaboré d’une manière assez singulière : via un vote du public, suivi d’un comité de programmation constitué, par tirage au sort, parmi les votants. J’ai eu la chance de m’entretenir avec chacune de ces personnes, et l’une d’elle m’a dit : « Au fond, si on regarde les œuvres qui ont été écartées, on se dit qu’on a fait n’importe quoi. Mais quand on regarde celles qui ont été retenues, on se dit que le programme est excellent et bien pensé. » Ce serait à peu de choses près ma posture si on me demandait de choisir une œuvre, voire un compositeur, un réalisateur, un artiste — quelle idée !
En vérité, mes goûts se dessinent plutôt en négatif : ce que je n’aime pas, ou tout du moins ce avec quoi j’ai moins d’atomes crochus. Wagner — et, à sa suite, tous ses successeurs qui l’ont si peu remis en question, ou tout du moins n’ont pas pris la moindre distance. Puccini et autres véristes — et plus largement le Bel Canto. Saint-Saëns, quand il est trop sérieux (90% du temps). Le Chopin adolescent, le Liszt transcendantal, et tous ces musiciens fabuleux fascinés par leurs propres virtuosités. Je ne nie pas qu’il puisse y avoir dans ces musiques quelques instants de génie, quelques fragments de sublime. Mais de là à m’ingurgiter des heures de musique, avec le risque d’être endormi au moment où le sublime enfin se manifeste. Non.
Une tessiture de voix incarne plus que tout autre mes détestations — et je prie par avance ceux qui n’ont pas eu le choix (la nature les a ainsi faits) de me pardonner — : le ténor léger (d’ailleurs, j’en suis, hélas, raison pour laquelle je ne chante pas). Le ténor léger et son blason : le contre-ut. Quelle horreur que ce contre-ut ! Certes, quel exploit. Mais si pauvre en musique. Le contre-ut me donne des envies d’uppercut.
Inachevé.net