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I, II, III, IV et suivantes

Vendredi 21 août

vendredi 21 août 2026, par Jérémie Szpirglas

Dans — mettons — deux cent mille ans. Peut-être davantage — qui sait ? On verra au Carbone 14 — ou, peut-être, d’ici là, aura-t-on mis au point une méthode de datation en fonction des gaz à effet de serre contenus dans l’atmosphère.
Mais revenons à nos moutons : dans deux ou trois cent mille ans, un jeune garçon, vêtu d’un distille sans doute, se promènera dans la lande avec son chien. Lande brulée par le soleil — un désert, pour être honnête : une suite de collines, toutes plus chauves les unes que les autres, avec des gouffres un peu partout, mais pas un brin d’herbe. Ça et là, quelques falaises paresseuses trahissent la couche de sable qui recouvre un peu de terre arable et quelques à-pics calcaires creusés par le vent chargé de particules abrasives.
Le jeune garçon soudain voit son chien s’aventurer dans une faille ouverte, qui fait comme un siphon dans le sable. Progressant derrière lui en l’appelant, le voilà qui tombe sur une énorme porte blindée — objet inhabituel pour lui, il n’en a jamais vu, il n’a même jamais vu de porte tout court — réduite comme peau de chagrin, l’humanité, depuis quelques siècles, est revenue à un nomadisme opportuniste, un mode de vie qui contredit absolument le principe de porte, rendu si peu pratique par le climat. Fort heureusement, les huisseries de cet imposant obstacle ont été grignoté par le temps, l’eau (quand il y en avait encore) le vent, le sable, et le jeune garçon en vient facilement à bout. Pénétrant l’obscurité, il allume la petite loupiotte qui lui sert habituellement pour lire le soir en cachette de ses parents, et découvre alors, émerveillé, de merveilleuses figures peintes sur les parois. Alertant quelques-uns de ses camarades, ils explorent ensemble le gouffre et tous ses trésors.
Prenant conscience de l’ampleur de leur découverte, ils appellent l’un de leurs professeurs favoris, qui s’extasie avec eux, et contacte les spécialistes du coin. Lesquels se lancent dans le processus de sauvegarde du site aux fins de recherche.
Pendant que les scientifiques travaillent, les gamins, eux, ne rêvent que de remettre le couvert et se mettent à explorer tous les gouffres alentours. Quelle n’est pas leur surprise lorsque, à quelques dizaines de mètres de la première grotte, ils en découvrent une autre, pareillement scellée, et pareillement décorée — en tout point identique à la première.
Stupeur ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ?
Peu après, c’est une troisième grotte, un autre sosie. Puis une quatrième.
Le monde devient fou, les scientifiques, les théologiens, tout le monde s’interroge : quelle était cette civilisation ? Qui étaient ces anciens ? Pourquoi ces quatre grottes identiques, à quelques centaines de mètres les unes des autres ? Quel était ce culte ? Car il est difficile pour eux de comprendre autrement le phénomène.
Dans les années qui suivent, la nouvelle de la découverte se répand à la surface du globe telle une trainée de poudre et les touristes affluent. Bientôt, on s’aperçoit que ce succès est dommageable pour la sauvegarde de ce quadruple — et l’on a alors l’idée d’en faire… une copie !
Non loin de là, on entreprend un chantier titanesque : copier, le plus fidèlement possible, le site et ses quatre gouffres décorés, afin de répondre à la demande touristique sans détruire le site et entraver les recherches. Quelques décennies plus tard, cette copie à son tour souffre de l’affluence monstrueuse des visiteurs, et l’on envisage d’en faire une troisième copie.

Trois cent cinquante mille ans auparavant, dans l’une de ces nombreuses grottes, un enfant, voulant se débarrasser les mains de la poudre argileuse qui les couvraient après avoir longtemps joué à construire une petite hutte, avait soufflé dessus, réalisant sur la paroi la première main en négatif. Amusé, il reproduisit son geste, ainsi que ses amis et ses parents.
Quelques années plus tard, avisant ces premières mains en négatif qui commençaient à s’effacer, un visiteur voulut en faire de nouvelle — pour ne pas que ça se perde, qu’on puisse continuer à en profiter et à garder ce nouveau savoir-faire.