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Pré-temps-cieux

Jeudi 9 juillet

jeudi 9 juillet 2026, par Jérémie Szpirglas

le voilà, c’est lui, c’est moi, toujours un pas devant les autres, les mains labiles dansant au niveau de ses épaules, sans masquer jamais son visage, c’est lui, c’est moi, on ne le voit pas, il est partout, il montre, il démontre, il manifeste, il dit regarde, regarde, lis, vois, écoute, comme c’est beau, c’est si beau, c’est si beau, as-tu jamais vu quoi que ce soit de si beau, regarde cette phrase, écoute ce plan, ce ralentis, vois ce sublime suspendu, tiens, je te le suspends encore un peu plus pour que tu aies le temps, que tu aies le temps de te dire à ton tour, toi aussi à ton tour, avec moi, après moi, mais oui c’est sublime, vois, goûte, c’est merveilleux, comme est-il possible que cette beauté transcendante soit le produit d’un esprit humain, n’est-ce pas, c’est ce que tu te dis, c’est aussi ce que je me dis, et pourtant je sais, je sais de quel esprit humain il est sorti, du mien, oui, du mien, mais non en fait pas du moi, je ne sais comment, c’est comme si l’éternel parlait à travers ma bouche, comme si l’éternel faisait rayonner son éternité à travers moi, je n’y suis pour rien, c’est lui, c’est moi, mais regarde, vois, lis, sens, goûte, je ne m’en remets pas, c’est si beau ce que je fais, génie, non pas génie, je n’y suis pour rien, les génies, ce sont ceux qui inventent qui découvrent de toute la force de leur labeur, ce n’est pas moi, moi je ne suis que le messager, le véhicule, la porteur du signal, je ne suis pas responsable, mais c’est si beau, c’est lui, c’est moi, les bras m’en tombent, me confondent, me stupéfient, vois mais vois mais vois mais vois encore, ouvre grands tes yeux, n’en manque pas une miette, aller, encore un petit ralenti, une phrase à rallonge dont chaque mot est pesé au trébuchet, musique et poésie ne font qu’un, pour que tu aies le temps, le temps, le temps sous les cieux, le temps que tu oublies ta propre finitude, oui, c’est si beau qu’on en oublie sa propre finitude, oui oui, tu le sens aussi, n’est-ce pas, c’est tout à la fois la finitude réifiée, dans toute sa complexité, et l’oubli de cette même finitude, on n’est pas dans le quotidien, là, si, on y est et on n’y est pas, c’est le divin derrière le caillou, la baleine sous le gravillon, je ne m’en remets pas, je ne m’en lasse pas, j’aimerais que ça dure toujours, pas toi, si toi aussi, tu le sais, tu adores, tu es fou, tu es vieux, tu es neuf, tu es partout, c’est lui, c’est moi, c’est lui à travers moi, à travers toi aussi, comme la planète autour de son soleil, comme la queue de la comète, c’est beau ça aussi, la queue de la comète, eh bien c’est la même chose, oui, la même chose, je t’assure, pas de différence, c’est lui, c’est moi, vois vois comme c’est moi, vois comme je filme bien, lis comme ce que j’écris est beau, vis, vis pleinement cette expérience que j’ai imaginée pour toi