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Ce que je ne veux pas écrire

Mardi 2 juin

mardi 2 juin 2026, par Jérémie Szpirglas

Il est des livres que j’espère n’avoir jamais à écrire et que, pourtant, j’écrirai peut-être. Cette pensée est tout bonnement insupportable. À moins, justement, que toute écrire se fasse muette face audit insupportable.
Quels livres écrit-on ? Choisit-on vraiment ceux qu’on écrit ? Rien n’est moins sûr. Ou alors : ne rien écrire. Se contenter du silence, du ruminement intime, de la pensée pour la énième fois ressassée, du remugle du trauma en suspens. Ou alors contourner, faire avec, ou plutôt sans. N’évoquer qu’en bornant les marges, qu’en laissant un simple … au milieu du reste, de la vie, de l’insignifiant. Et l’insignifiant tout soudain prend la force de sa propre tâche aveugle.
Ne verra alors que celui ou celle qui veut bien voir, qui fera l’effort — ou qui lira les commentaires savants qui, comme jadis l’agrandisseur photographique, transforme le négatif en positif.
Ou alors : se forcer. Se forcer à écrire, avancer à tout prix, page après page. Discipline quasi militaire, sans égard pour la qualité. À marche forcée. Chair à canon littéraire. Tant pis pour le reste.