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Abymes oniriques
Mardi 19 mai
mardi 19 mai 2026, par
À peine éveillé, je m’aperçois que je rêve encore — sentiment familier et trompeur, avec comme une pointe de satisfaction du rêveur que je suis à l’idée que ma nuit se poursuit, que ce n’est ni le moment de se lever, ni une inopportune insomnie.
Je rêve encore, mais, comme souvent au réveil, je me souviens du rêve dont je sors à peine. Dans les brumes encore mal dissipées de ce réveil en rêve, je m’avise de la présence de C., une amie que, au demeurant, dans la vraie vie réelle hors rêve, je n’ai pas vue depuis des lustres (et j’en suis fort marri : il faudra que je l’appelle rapidement, je lui dirai que j’ai rêvé d’elle, elle en rira).
Puisque C. est là, et que je me souviens encore de mon rêve, je lui en fais part.
« Manifestement, je suis peintre, ou du moins plasticien, puisque doit se tenir une exposition de mes œuvres. Or je découvre que quelqu’un d’autre — qui s’avère être S., artiste peintre (professionnel) et gambiste (amateur), américain installé en France mais qui avait conservé son accent, et par ailleurs grand ami de mes parents (S. est hélas décédé depuis plusieurs années au moment où je fais ce rêve) — S., donc, disais-je, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même, a glissé quelques-unes de ses propres toiles dans mon exposition, qui était pourtant censée être monographique ! »
Je le reconnais bien là : il avait toujours un petit sourire, à la fois bienveillant et doucement espiègle — je me souviens que, enfant, quand je lui montrais des copies de tableaux que j’avais faites (au pastel gras) à l’occasion d’une visite au Musée d’Orsay, il en avait immédiatement reconnu les modèles (ce qui m’étonna beaucoup : ce n’était pas très ressemblant… Je n’ai jamais été doué en dessin ou peinture). J’ai toujours aimé son travail, que je sais à présent largement inspiré par l’œuvre Pollock et de Rothko. C’est sans doute via ses toiles (dont une qui orne toujours un mur chez mes parents) que j’ai trouvé mon chemin vers l’abstraction.
Bref, je raconte mon rêve à C. (qui, j’y songe en notant à présent ce rêve, n’est sans doute pas vraiment l’amie évoquée plus haut, mais une autre C., artiste peintre avec laquelle j’ai sympathisée voilà bientôt vingt ans et que je ne vois plus hélas presque autant de temps, tout en recevant régulièrement de ses nouvelles), et elle me demande du tac au tac : « Que veux-tu faire (sous entendu : à ce sujet, que quelqu’un ait mêlé ses toiles aux miennes) ? »
Je réponds : « Écrire ».
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