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Lubitsch aurait-il remporté la Palme d’or ?
Mardi 12 mai
mardi 12 mai 2026, par
À l’heure où le Festival de Cannes ouvre ses portes, une question (rhétorique tant la réponse semble évidente) s’impose à moi : Lubitsch aurait-il remporté la Palme d’or ?
Si l’on regarde les grands classiques, on pourrait sans trop se tromper affirmer qu’un film comme Citizen Kane aurait pu avoir les faveurs du jury, si le festival (tel qu’on le connait aujourd’hui du moins) s’était tenu en 1941 ou 1942 : par ses audaces formelles et esthétiques, par sa peinture sans fard de la société américaine d’alors, par sa force dramaturgique, qui confine à la tragédie antique. On imagine aussi aisément un Fritz Lang remporter la Palme. Pourrait-on en dire autant de Sérénade à trois ? De Haute Pègre ? De Ninotchka ? De The Shop around the Corner ? De La Huitième femme de Barbe-Bleue (sans parler de toute son exquise filmographie muette) ?
J’ose pourtant dire tout haut qu’il y a plus de cinéma, plus de génie, plus d’intelligence sociale même, dans une seule minute d’un seul de ses films que dans tout ce qu’ont pu produire les Frères Dardenne ou Jacques Audiard.
Pourquoi ? N’y a-t-il pas autant d’humanité dans ces comédies si subtiles que dans les gestes pompeux des habitués de la Croisette ?
À moins que la comédie n’ait pas suffisamment de noblesse. On me rétorquera sans doute : Bong Joon-Ho (Parasite), Ruben Östlund (The Square, Sans filtre) ou, encore plus loin, Michael Moore, Mike Leigh ou Emil Kustiriza (en gros : six comédies primées en plus de quarante ans). Certes. Et je ne nie pas les qualités de ces films. Mais il n’y a là rien de comparable avec celles d’un Lubitsch — ou, dans une moindre mesure, d’un Wilder par exemple (qui fut du reste longtemps scénariste de Lubitsch).
Je reste pourtant persuadé que si on présentait à Cannes un bijou aussi raffiné que (je ne sais lequel mettre… impossible de choisir), je suis absolument certain que le jury passerait à côté et se précipiterait vers le plus gros gonflement d’ego de la sélection.
Je me demande si on ne pourrait pas en dire autant de Hitchcock (le suspense, si ce n’est pour annoncer la déchéance totale de ses personnages, ce n’est pas digne du tapis rouge), de John Ford de Mankiewicz, ou de Howard Hawks (Cannes comprendrait-il Le grand sommeil ? Sans doute pas. D’un autre côté, moi non plus, alors bon). Et Casablanca ?
J’imagine également assez mal un Cary Grant récompensé, ou l’un des frères Marx — au reste, de mémoire (il faudrait vérifier), je ne crois pas qu’une actrice ou un acteur ait jamais été récompensé.e pour un rôle dans un comédie.
Tout cela n’est pas bien grave, au fond. Mais c’est là un point aveugle bien regrettable de l’historiographie du cinéma telle qu’écrite par ce genre de festivals.
Inachevé.net