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Quand le rêve se scénarise

Lundi 11 mai

lundi 11 mai 2026, par Jérémie Szpirglas

Je ne sais plus comment ça commence exactement — avouons-le, c’est souvent le cas dans les rêves. Même quand on s’en souvient parfaitement, on a le sentiment d’être projeté dans une situation parfois familière, parfois abracadabrantesque, mais sans parvenir à tout à fait cerner les origines, les débuts — un peu comme un jeu vidéo, qui vous précipite dans une scène, parfois même dans un cul-de-sac, sans plus d’explication, ou comme dans une de ces compétitions d’improvisation théâtrale, où les conditions initiales sont connues, mais sans aucun passif.
Mais revenons à nos moutons : je ne sais plus comme ça commence précisément, mais je me souviens que je suis en conversation avec L., chez nous — quand bien même ce chez nous est dans les faits chez mes parents, mais ce n’est pas là l’important, je crois. Nous discutons de mon ami B. Je ne sais plus exactement dans quels termes, mais je sais que je me moque gentiment de lui. L. ne rit pas comme elle le ferait habituellement, au contraire, elle semble prendre sa défense — quand bien même ma plaisanterie n’est pas spécialement blessante à l’égard de B. La conversation se poursuit, prend un autre tour. Dans le même temps, nous sommes occupés aux préparatifs d’un petit repas sur le pouce (il est déjà, je crois, et nous n’avons pas très faim). Un moment, je vais dans un recoin du salon chercher un ustensile dont nous avons besoin, et quelle n’est pas ma surprise lorsque j’y découvre B., en compagnie de toute sa famille. C’est comme s’ils étaient cachés là depuis un moment, attendant le signal de L. pour me surprendre : c’est une fête d’anniversaire surprise. Je comprends alors que L. ne voulait pas rentrer dans mon petit jeu de moquerie, parce qu’elle savait B. caché, et en train de nous écouter.
Je me réveille sur ces entrefaites, et aussitôt un doute m’étreint : est-ce bien cela qu’il s’est passé ? Le personnage de L., dans mon rêve, était-elle réellement au courant (à l’insu de mon propre personnage/sujet dans le rêve) de la présence de B. ? Auquel cas, mon rêve était-il scénarisé (à mon insu, là encore) ? C’est en tout cas le sentiment que j’ai au réveil. À moins que ce ne soit une interprétation a posteriori : connaissant à présent le déroulé du rêve, je peux projeter dessus une intentionnalité scénarisante. Mais pourquoi, dans ces conditions, L. répugnait-elle à entrer dans ma plaisanterie ?
Au-delà de ce cas particulier, j’avoue que le principe d’un rêve qui serait pré-scénarisé (exactement comme le jeu vidéo dont je parlais tout à l’heure) est assez séduisant. Mais alors par quelle instance, en moi ? Et comment puis-je être, dans mon inconscient onirique, inconscient de ce que mon propre inconscient onirique me réserve ? C’est vertigineux !
Moi qui aime tant les mises en abyme, j’en ai là d’immenses réserves.
À présent que je consigne ces réflexions, me revient à l’esprit le film Inception de Christopher Nolan — dans lequel, toutefois, la scénarisation du rêve est finalement plus ou moins extérieure à la personnalité du rêveur, ce n’est donc pas tout à fait le même phénomène.