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Je ferme les yeux.
Mardi 5 mai
mardi 5 mai 2026, par
Je ferme les yeux. Très vite, je suis surpris par le non-silence. Un corvidé, une mésange, d’autres oiseaux non identifiés — il en va pour moi des oiseaux comme des fleurs et des odeurs : j’aime jouer avec leurs noms, qui bien souvent n’ont pas besoin de leurs chants pour chanter à mes oreilles. Ma respiration aussi et, bien sûr, à présent que je me concentre pour mieux décrire ce vacarme discret, mes doigts qui courent sur le clavier. L’appel sans allégresse d’un train dans le lointain.
Sans objet, sans sujet, ce besoin d’écrire. D’enchaîner les mots, sans queue ni tête. Des images défilent devant mes yeux — ces yeux qui errent dans le vide devant moi, voient sans voir, ou quand la projection mentale d’une image se surimpose au réel devant soi.
D’autres jadis en auraient fait un poème. Auraient évoqué l’ouate de cette quiétude, se seraient peut-être plongés dans des abymes de perplexité afin de trouver le mot juste, la rime.
Pas moi. Encore moins aujourd’hui. Je ne veux pas le mot juste. Je veux le mot qui vient. Sans réfléchir, sans barrière.
Mais il est 10h. Il fait gris, il fait doux, l’indifférence domine. Je ne suis pas fatigué, encore mois épuisé. Voilà des années que je n’ai plus lâché prise. Fut un temps, en effet, où j’écrivais préférentiellement au cœur de la nuit — j’aimais cette qualité du silence, même au cœur de l’urbs, j’aimais ce calme, j’aimais l’idée d’être le seul ou presque à ma table à c’t’heure, j’aimais aussi sentir l’épuisement me gagner, comme une vague qui m’aurait porté sur le rivage, inanimé, c’était là que mes barrières inhibitrices tombaient enfin, là que l’esprit lâchait la bride au verbe. Où je pouvais oser, sans ce surmoi insupportablement snob.
Alors je tente de retrouver ce sentiment, artificiellement, le recréer, presque me forcer à tomber les masques. Au reste, j’ai développé tellement de techniques, de petits trucs, pour m’aider à m’endormir ou me rendormir par exemple, pour calmer mes émotions, pour passer à autre chose. Pourquoi ne parviendrai-je pas à mettre au point un truc pour mettre à bas ce qui me sépare d’une écriture fluide et sans obstacle.
Pour l’instant, ça passe par la discipline : me forcer à écrire deux pages. Une de pensée quelconque, ce qui me passe par la tête, parfois d’une bêtise sans nom. Une autre de roman. Avant tout autre travail d’écriture. Non pas des gammes — puisque, finalement, ces deux pages contiennent plus de littérature que tout ce que je pourrais bien écrire par la suite dans la journée. Direct, dans le bain, avant que l’esprit de s’embrume de toutes les petites vétilles et mesquineries qui viendront immanquablement dans la journée.
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