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Je suis un écrivain idéaliste
Mardi 28 avril
mardi 28 avril 2026, par
Nulle question ici d’idéalisme politique — même si, hélas pour moi, je n’en suis pas dénué, ce qui m’amène bien des déceptions et des désillusions. Non. Ou alors d’une politique au-delà du jeu des partis et du pouvoir, une politique au sens noble, au sens premier. Et encore. Même pas.
Mon idéalisme, ici, concerne l’écriture — d’où l’expression « écrivain idéaliste ».
L’expression, aussi belle soit-elle, est toutefois bien trouble et le concept difficile à cerner. En vérité, il est en lien direct avec ce que j’écrivais hier, sur l’écriture comme succession de problèmes à résoudre. Mais plutôt que de me lancer dans une démonstration compliquée et sans doute abstruse, je préfère donner tout de suite un exemple : je suis incapable de doter mes personnages de défauts. Pas de petits défauts, de ces petites manies qui les rendent plus proches des lecteurs, plus identifiables, plus touchant aussi, souvent. Non. Je parle de gros défauts. De véritables défauts. De défauts véritablement rédhibitoires.
Alors oui, ils seront peut-être parfois un peu égocentrés, ou négligents, ou maniaques du ménage et du rangement. Mais toujours sur un fond de générosité et de bonté. Ils ne seront évidemment pas épargnés par les accès de colère — mais ce sera toujours justifié par les circonstances.
J’aurais par exemple du mal à écrire un personnage violent. Un homme qui frappe, qui viole. J’ai bien un narrateur qui tue — mais il tue ses psys, difficile de ne pas y voir un symbole. Et il n’a pas un tempérament violent. Il n’a absolument aucune envie de voir souffrir ses victimes, et de retire de son crime nulle jouissance, nulle satisfaction directe. Ses crimes sont un travail de deuil.
Les seuls personnages malhonnêtes ou malveillants, sinon carrément maléfiques, que l’on croisera dans mes romans sont directement inspirés de personnes réelles — et mentionnées de manière très lointaines, comme participant du contexte, du décor de l’action, comme lorsqu’on fait se dérouler une scène de jalousie au cours d’un orage : l’orage fait partie du décor, mais nullement de l’action. Leurs modèles existant bel et bien dans notre monde, je n’ai aucune difficulté à leur rendre leurs défauts manifestes.
Est-ce à dire que je manque d’imagination concernant les travers du genre humain ? Peut-être. Plus vraisemblablement, j’ai peur qu’ils apparaissent trop antipathiques.
Conscient de cette lacune, j’y travaille. Je me force. Dans le roman en cours, l’un de mes personnages se distingue par sa lâcheté et sa mollesse — là encore, il y manque une véritable intentionnalité, mais on ne peut pas se refaire d’un coup, si ? Promis, à l’avenir, je me pousserai dans mes retranchements, je me sortirai de ma zone de confort, et je donnerai à mes personnages tout le relief qu’ils méritent.
Inachevé.net