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Revenir
Mercredi 22 avril
mercredi 22 avril 2026, par
Je reviens beaucoup ces derniers jours sur des textes anciens. Le premier roman que j’ai achevé, par exemple. Que j’aimerais reprendre pour lui donner une forme plus aboutie. Il fut abouti. Mais, sur les conseils de divers éditeurs qui manifestèrent, tour à tour ou en même temps, leur intérêt, je l’ai travaillé longuement, selon des indications et conseils parfois légitimes, parfois même pertinents, mais généralement entrant en totale contradiction les uns avec les autres. Pendant un temps, j’ai ainsi eu quatre versions sur lesquelles je travaillais en parallèle, chacune destinée à un éditeur en particulier. Finalement, trouvant qu’il y avait des choses bien dans chaque version, j’avais voulu en faire une synthèse, dans une version unique. Laquelle s’avère aujourd’hui totalement boursouflée. J’ai l’habitude de la décrire comme un roman affligé d’un cancer généralisé : diverses tumeurs gonflent çà et là, correspondant chacune à une direction dans laquelle on m’a conseillé de le retravailler, mais déséquilibrant totalement le texte dans sa globalité.
Tout ça pour dire que ce premier roman fait partie de quelques textes sur lesquels je reviens depuis quelques semaines ou mois. Ce n’est pas un exercice facile. Un peu comme de regarder une photo de soi voilà plusieurs années : on se reconnait bien sûr, mais quel accoutrement ridicule ! Et puis cette coiffure…
Pas facile aussi car comment les reprendre : doit-on tout réécrire (c’est très décourageant) ? Élaguer seulement ? Mais alors jusqu’à quel point ? Réécrire seulement quelques passages, mais alors où s’arrêter ? Je n’ai pas de réponse toute faite. D’autant qu’avec le temps mon écriture a changé, je ne recherche plus les mêmes rythmes, les mêmes effets, la même musique. Le vocabulaire aussi évolue — les envies surtout. Alors comment réécrire sans dénaturer ? Et pourquoi pas, du reste, ne pas dénaturer.
Revenir sur un texte, même sans reprendre les fragments déjà écrits, c’est aussi continuer, prolonger. Et ça n’a rien de naturel non plus. Plus encore que dans la reprise d’un texte abouti, il faut veiller à rester fidèle au ton initial, à l’intention — ou pas, du reste. Y a pas de règles non plus. Mais quelque chose d’un peu frustrant à ne pas réussir à reprendre là où on s’est arrêté. On n’a plus les jambes. Il faut s’échauffer, se remettre en train, tenter de se replonger dans l’ambiance — réécouter des musiques ? Se rappeler des belles choses ?
Écrire est une torture de tous les instants. On se demander vraiment pourquoi on le fait.
Alors l’autre solution, qui pointe son nez : revenir sur un texte — le revoir, le réécrire, le prolonger — avec l’aide de l’IA ? Et son cortège de peurs : peur de se faire piller — fournir le point de départ, c’est aussi donner plus qu’on ne reçoit —, peur d’aimer cette paresse, ce confort, peur de douter de sa paternité, peur du regard des autres aussi, sans doute.
Alors je n’ai pas franchi le pas. Pas encore du moins, pour mes travaux strictement littéraires. Je n’insulte pas l’avenir, mais j’aimerais pour l’instant éviter. D’autant que je n’ai pour l’instant constaté aucune rupture esthétique, aucun éclair de génie venant de l’IA, dans quelque domaine que ce soit. Puissance oui. Consensus parfois brillant. Mais rupture, disruption ? Ça viendra peut-être.
La question est : une rupture esthétique purement IA ne serait-elle pas véritablement appréciable et appréciée que par l’IA et autres entitées de cet acabit ? Si l’IA se met à être artiste, pourquoi son art serait-il destiné à l’humain ? Ne serait-il pas destiné aux autres IA ?
Quand je pense aux mathématiques ou à la physique, j’apprécie particulièrement la beauté intrinsèque que peuvent dégager les démonstrations, les raisonnements, voire les développements structurels les plus théoriques à partir d’un système axiomatique apparemment simple. De même, je ne code plus depuis bien longtemps, mais je sais que certains codes informatiques peuvent être beaux et élégants.
La beauté est multiple et jaillit parfois de lieux inattendus. Il est fort probable que si (et j’insiste sur le « si »), un jour, l’IA devient IArt, cette beauté sera bien différente de celle qu’on connait. Sera-t-elle en mesure de nous faire vibrer, de toucher nos sensibilités humaines ? Pourrons-nous alors véritablement parler de rupture esthétique ?
Inachevé.net