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Acceptation
Jeudi 16 avril
jeudi 16 avril 2026, par
C’est tout le drame. À moins que ce ne soit l’ambition. Voilà. C’est ça : le tragique est dans l’ambition. Et tout ce qui l’accompagne : émerveillement et jalousie, reconnaissance et humiliation, deuil et oubli.
On décolle en pensant devenir à jamais inoubliable, on atterrit en espérant que le souvenir ne sera pas trop rapidement effacé.
Sachant finalement que personne ne vous attend. Personne. Tout le monde s’en fout. Quand bien même votre propos serait d’une pertinence, d’une profondeur, d’un universel, absolus, on s’en passe très bien. Si c’est pas ça, ce sera autre chose.
Shakespeare ? Ce qui confond, c’est l’immensité de l’œuvre — mais, finalement, sans lui, n’aurait-on pas les mêmes histoires, racontées un poil différemment, par des auteurs plus variés. On pourrait presque affirmer que, sans lui, le paysage littéraire et théâtral aujourd’hui serait bien plus riche car, d’une part, avec un plus grand nombre de sources et, d’autre part, débarrassé de cette figure tutélaire qui en a tant écrasé (bien involontairement certes) ou inhibé. Ne se porterait-on pas mieux sans génie intersidéral et indiscutable ? Sans Bach, sans Beethoven ? Ne serait-on pas plus libres, moins complexés ? Ne serait-il pas plus facile pour les petits maitres de se transcender ?
Molière ? D’autres ont fait aussi bien ou presque — et les expressions idiomatiques qu’il nous a laissées sont aisément substituables.
Proust ? On s’en passerait sans problème — on se poserait d’autres questions, voilà tout.
Pérec ? Idem. Je lis ces jours-ci ses Lieux. J’aime lire qu’il fut parfois, comme moi, totalement bloqué. Qu’il se mentait à lui-même. Qu’il disait : je suis devant ma machine, donc je travaille, quand bien même ce que j’écris n’a absolument aucun intérêt.
(Sic !)
Inachevé.net