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Illusions – Pareidolies

Mardi 14 avril

mardi 14 avril 2026, par Jérémie Szpirglas

De plus en plus de clichés de ruines encore debout, d’intérieurs éventrés sur l’extérieur… On croirait commencer à avoir l’habitude — multiplication des conflits, exponentialisation des reportages photographiques, invasion de ces images dans notre quotidien.
Pourtant l’œil, justement, continue à se raccrocher à l’ordinaire — paréidolie, parait-il que ça s’appelle : soit la tendance qu’a le cerveau à donner du sens à des formes abstraites. Si souvent il tombe, au hasard d’une page ouverte dans un navigateur, sur un énième cliché : celui-ci, par exemple, d’un salon balafré, comme si un sabre géant l’avait ouvert d’un grand coup en travers — Zorro absurde et aveugle, signant de son Z un immeuble innocent. Et mon œil s’efforce à voir dans la silhouette d’un autre immeuble, entraperçu à travers la brèche, une bibliothèque remplie de livres. Il faut y revenir trois fois, quatre fois, avant d’enfin me détromper.
Non, ce ne sont pas des livres : ce sont les balcons de l’immeuble en vis-à-vis, qui surgissent dans le champ sans invitation.
Non, ce n’est pas une bibliothèque en courbe, fruit d’un esprit fantasque de designer, c’est le mur ouvert qui menace de s’effondrer.
Non, ce n’est pas un amateur de livres, en train de chercher un titre en particulier pour en sortir une citation ad hoc, c’est le propriétaire des lieux, contemplant impuissant et stupéfait, la fin de son intimité, son existence même précipitée dans le chaos, comme une solution chimique se pétrifiant d’un coup par l’ajout d’un nouveau réactif. Qui gèle le temps en même temps qu’il l’accélère.