{process=oui}
Inachevé.net

Site de création littéraire plus ou moins expérimentale

7

25 septembre 2020

Si l’on se place dans la perspective d’un édifice cultuel (ou cosmogonique), toutes ces hypothèses sont pertinentes et, avouons-le, séduisantes. On peut dès lors fort bien comprendre leur popularité dans les communautés scientifiques. Elles négligent toutefois un aspect essentiel sur lequel les dernières découvertes des historiens de l’Université de Viroclouj nous informent grandement.
Bien conscients du fait que le concept même de religion nous est aujourd’hui tout à fait étranger (de même que leurs infimes différences et distinctions qui, parfois, menaient les hommes aux conflits les plus sanglants), ces historiens ont publié l’an passé la première Histoire des religions — un ouvrage fondateur pour notre discipline, à plus d’un titre. Fruit d’une enquête de plus de trente ans qui les a menés aux quatre coins de la planète pour rencontrer archéologues et historiens et examiner eux-mêmes tous les artefacts disponibles, cette somme considérable, sans s’arrêter particulièrement sur notre sujet d’étude, permet de l’éclairer d’une lumière nouvelle.
Les hypothèses exposées ci-dessus appartiendraient ainsi à une forme de religiosité qu’ils qualifient de primitives (un culte assez flou, en lien direct avec la survie des populations au jour le jour ou d’une année sur l’autre) ou antiques (caractérisé par une allégorisation des phénomènes naturels et une amorce de récits cosmogoniques, ce que les auteurs d’Histoire des religions appellent « mythogénie »). Or, toujours d’après les auteurs d’Histoire des religions, ces pratiques cultuelles étaient en perte de vitesse à l’époque de l’édification de notre colonne. De surcroit, ni la sophistication de la structure, ni la complexité des techniques de construction mises en œuvre ne plaident pour un culte primitif — dont les lieux de célébration étaient manifestement primitifs également.
Reste l’hypothèse d’un culte antique, mais, selon qu’on se place au début, au milieu ou à la fin de la fourchette de temps estimée grâce à nos diverses analyses, il est très possible que ces cultes primitifs ou antiques aient totalement disparu, pour laisser place à l’avènement d’une pratique religieuse plus complexe et sophistiquée, dominée principalement par l’adoration d’un Dieu unique. Un Dieu façonné à l’image de l’homme, bien que, parfois, absurdement incarné triplement, voire plus encore — cependant, la religion n’étant somme toute pas un domaine placé sous le règne de la rationalité, cette démultiplication du « un » ne doit pas trop nous étonner.
Nos historiens des religions relèvent à ce sujet que les vestiges de ces bâtis consacrés à la célébration de ce Dieu unique et omnipotent sont extrêmement nombreux et témoignent tous d’une recherche architecturale remarquable et chargée de symboles. Ces édifices servaient à la tenue régulière d’un culte et se caractérisent tous par la présence, au sein du bâti ou légèrement à l’extérieur, d’un édifice plus haut que le reste, qui domine donc la contrée, et qui sert à rappeler les ouailles à la célébration du culte. Symboliquement, la hauteur de la tour se veut un reflet de la grandeur du Dieu et, surtout, de l’amour, de la ferveur (et de la richesse) que lui vouent les fidèles qui l’ont édifiée.
Il se trouve, à ce sujet que, par hasard, au cours d’une ascension entreprise dans le but de faire divers prélèvements et relevés géodésiques, les appels que nous nous lancions les uns les autres nous ont fait découvrir les propriétés acoustiques extraordinaire du bras ployant. Comme nous l’avons dit, la structure interne de la colonne est vide, et un bruit produit à un endroit précis du bras (situé à 11 milliarcs du point de rupture de pente) se trouve considérablement amplifié : on l’entend à des arcs à la ronde !
Notre tour est-elle donc en réalité une « annexe » d’un édifice principal qui aurait disparu (ou que les bâtisseurs n’auraient pas été en mesure d’élever) ?
Cela répondrait en tout cas à bien des questions : sa hauteur, sa situation, mais aussi une grande partie de sa symbolique…



Dernier ajout : 3 décembre. | SPIP

Si l'un de ces textes éveille votre intérêt, si vous voulez citer tout ou partie de l'un d'eux, vous êtes invités à contacter l'auteur.