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17 septembre 2020

À présent que le tableau est dressé, examinons les diverses énigmes posées par ce monument. Et d’abord sa construction. À l’instar d’autres artefacts uniques en leurs genres, comme ces taciturnes et énigmatiques statues découvertes en 1560 Après Révélation au milieu du Grand Océan, l’édification de cette gigantesque colonne au milieu de nulle part interroge.
D’autant que, selon toute probabilité, les paléoclimatologues situent cette construction au cœur de l’une des pires périodes de chaleur qu’ait connu notre planète depuis sa terraformation. Notre chère Terre n’était alors qu’un gigantesque désert brûlant. La végétation était rare : on ne peut donc pas imaginer que nos bâtisseurs se soient aidés de grues fabriquées avec des troncs d’arbres, dans l’érection de leur édifice — comme cela est le cas pour d’autres vestiges plus anciens ou plus récents, au pied desquels on trouve d’ailleurs les restes des outils éphémères employés.
Profitons de cette mention d’autres vestiges pour rappeler à nouveau ce détail essentiel : le monument qui nous occupe ici est absolument unique en son genre. Nous n’en connaissons aucun autre de semblable. Si on a pu trouver çà et là des ruines qui y ressemblent — ne serait-ce que par le matériau de construction —, très peu sont verticales, et aucune n’atteint cette hauteur. Plus encore, aucune n’est isolée de la sorte : toutes celles que l’on connaît sont non seulement assez modestes, mais regroupées, au moins par deux, trois, voire dix ou douze.
La civilisation qui a produit ces édifices maitrisait donc des techniques de construction qui nous sont totalement inconnues. Sur le principe, le matériau de construction n’est pas si différent de ceux que l’on trouve un peu partout : des morceaux solides (en l’occurrence de la roche, quand bien même serait-elle ici de petite taille) collés entre eux par un ciment (sur la composition duquel on s’interroge). Ce ciment séchait vraisemblablement assez rapidement, pour assurer la cohésion de briques aussi petites — mais un moule était sans doute nécessaire. Ce qui suggère que les blocs qui constituent la structure était sans doute fabriqués non loin (impossible de savoir où dans l’état actuel de nos connaissances) puis déplacés pour être enfin mis en œuvre.
Eu égard à la masse de ces blocs, la question de leur déplacement, et surtout de leur hissage à l’altitude à laquelle chaque bloc était destiné, nous laisse sans réponse. La seule hypothèse plausible est une transposition de la méthode de construction des grandes pyramides, pourtant à plusieurs milliers de kilomètres de là, au sud de la Médifosse.
Nos bâtisseurs auraient ainsi construit une gigantesque pyramide qui leur aurait servi d’échafaudage pour le monument lui-même en son centre. Les blocs étaient ainsi amenés à l’endroit où ils devaient prendre leur place grâce aux pentes douces qui tournaient autour de la pyramide.
Problème : on a aucune trace de cette pyramide/échafaudage. Et aucune trace non plus de ce qui a servi à déplacer ces blocs sur ses hypothétiques pentes.
Cette hypothèse-là n’explique pas non plus la construction du bras rompu à l’horizontale.
Une autre hypothèse, que nous citons ici par acquis de conscience mais que nous considérons comme complètement folle, est que le monument serait le fait d’une civilisation extrêmement avancée (peut-être extra-terrestre), qui aurait maitrisé le vol. C’est la même hypothèse qu’une certaine faction du collectif des Perséides a avancée pour expliquer les statues du Grand Océan. Rappelons au passage ce que fut le collectif des Perséides dans l’histoire de l’Histoire : voilà deux petits siècles, au cours de la Reconnaissance, ce groupe d’historiens et scientifiques, au demeurant fort respectables qui, s’est donné pour mission d’en finir avec des siècles d’obscurantisme, comme pour tous les autres domaines de la connaissance. Cette démarche les a amenés à remettre en question toutes les certitudes que l’on croyait jusque-là acquises. Les ramenant au rang plus juste, et néanmoins non négligeable, de légendes ou de cosmogonies, ils ont tâché de reconstituer, avec le recul, un récit plus vraisemblable, donnant au passage des explications plus rationnelles aux divers vestiges connus. À bien des égards, dans le cas du monument qui nous occupe, le fait que cette explication échevelée ait été donnée justement par des scientifiques se réclamant des Perséides ne manque pas d’ironie !
Une dernière question nous préoccupe quant à l’édification du monument : l’état dans lequel nous l’avons retrouvé est-il celui voulu par ses créateurs ? Quelles vicissitudes les millénaires passés lui ont-ils infligées ? Faut-il croire, par exemple, que les brins de métal que l’on trouve irrégulièrement traversant la peau du monument ont toujours été ainsi ? C’est évidemment un problème crucial dès lors que l’on veut comprendre sa nature et son objet…
Cependant, mises à part les traces (nombreuses) d’oxydation et les quelques (incroyablement rares) dommages manifestement dus à la végétation, nos analyses et datations nous inclinent à penser que tous les éléments constitutifs du monument ont le même âge et ont été assemblés dans un laps de temps assez réduit (moins d’un siècle a priori). À moins que les créateurs eux-mêmes aient détruit leur œuvre (ce qui est possible mais poserait, là encore, des questions insolubles quant à leurs motivations), tout nous laisse à penser que l’œuvre telle qu’on peut la voir aujourd’hui est celle que ses concepteurs ont voulu laisser à la postérité.
Comme on le voit à nouveau : chaque question, chaque hypothèse, ouvrent de nouvelles énigmes. Incroyable artefact qui ne cessera sans doute jamais de nous interroger !



Dernier ajout : 3 décembre. | SPIP

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